‹ ŒuvresChapitre 28 sur 32 · SERMON A MESSIEURS · texte numérisé non relu

SERMON A MESSIEURS

Carissimi fratres^yous avez toujours raison d'aimer un homme qui souvent a tort. On est enlevé par la force de son éloquence, et c'est un héros, s il ne faut que de la force pour le constituer : il a celle du génie, car il est créateur; il a celle de l'esprit, car il a fait passer tous les paradoxes; il a celle de l'âme, car il cherche des simples dans les montagnes du Dauphiné. Il n'a jamais fait le mal ; il veut le bien. Vous m'avouerez cependant que Jean-Jacques n'est pas un héros.

Quelquefois sage dans ses égarements, et plus dangereux alors , il ne se laisse pas aller tout à fait au feu divin qui semble l'embraser. Ici, par exemple, il ne va pas au point de refuser de l'éclat au héros. Mais qui peut donner plus d'éclat que les vertus

pas toalotim lês armes à la

[es à leur accorder ce nom?

; Ir kicn da monde..,. Trop de

Le héros est pQ^^.,

Entendez- vous , enlen-

£l puis le sage pense

fe autrement...- Le

le pcaiile...»; eh bien, je suis

m : Cc^ è la léle de cent mille

{ li tett 4tt géoîe et de Tâme; on

ftoB prené pour être vaiii-

' les ressources dictées par

mteen. Il ne fôut pas être

ètf SA héros; le prince d'Orange

^'^ " , : -'- * ^v :e Luxembourg.

■ ftst Nnnmip plie aisé dTétre un héros à tête

rvpu^^f^ ians 5011 cnibtnet : je n ai jamais vu César

îv^nr vur. :i«:^ ;u ^ en dise. Je Tai vu céder aux

rMî>xU '.:^<. cc .e l'unie autant, passant la mer à

vi î^-^ \ ;..te :r-« cnrd^in: des Anglais, des Français,

:e< A-oà s cc des l:alieiis- Je ne m'étais jamais

:n.ur irf :;^An^j:sce tut un héros, pour avoir eu

ic^'S^^ -e :u:r\? ocMier des horreurs par des bien-

li:::s. S ;, ivu:: codbciuu à Actium, où il laissa tout

a :^ i <<s c^cenux: s'il na\-ait pas paru à Phi-

- pcvs vrvsvTue iussî peureux qu'Horace, qui y jeta

s<-ci x-uc- :er. il eût peut-être eu des droits à Thé-

Ce îresî poùu par des vertus de sang-froid qu'on > luoiuo; il était plus aisé de pardonner à Cinua que

SERMON SUR l'hÉROISME. 341

de combattre tout seul dans la ville des Oxidraques, comme fit Alexandre. Ce n'est point la valeur que je considère dans ce parti-là, puisque je ne veux pas qu'elle seule constitue le héros; c'est le parti d'une grande âme qui voit des ressources où d'autres n'en verraient pas. Qui a jamais prétendu que Marins, Tamerlan, Totila, dont il parle, et Attila, dont il ne parle pas, aient été des héros?

Aura-t-on toujours la fureur de nous ôter ce que nous avons de mieux? Lorsque du sein des plaisirs nous passons au sein des alarmes, et que nous nous exposons à terminer tout à coup une carrière brillante, par les espérances flatteuses dont nous sommes enivrés, entendrai -je toujours dire : Le grand mérite que d'être brave? Qui ne l'est pas? D'autres, comme Rousseau, répètent le mauvais propos des Espagnols.

Il est malheureux, mes chers frères, que parmi ceux qui peuvent juger de cela, dans ces brillantes occasions de guerre et de combats, il y ait aussi peu de gens qui réfléchissent sur eux et sur les autres, et encore moins de gens qui aient pu dessiller les yeux du monde entier, qui nous juge tout de travers.

J'ai vu les mêmes généraux, les mêmes officiers, se distinguer dans une affaire, et se déshonorer dans une autre. Je n'ai jamais dit : Cet homme fut brave

à la bataille de J'ai dit : Il a voulu faire fortune,

il était examiné, il s'est bien conduit.

Belle raison encore que le physique de la journée! Il en est des dispositions du corps, un jour de

ÛEl VRES DU PttmCM OE LIGNE.

wt ^ le courage, comme de celles de Tesprît]

^aiis lit au été ; celui qui en a beaucoup n'y passera jamais pour un sot pour avoir mal dîgërc, et celui à qui Thumeur pesante de la journée ôtera peut-êlre un peu du brillant qu'il est accoutumé d^'avoir ne cessera jamais d'être brave.

J'ai souvent trouvé que le temps, la saison, la santé, donnait^ni un air, une volonté

qu*on n*a pas quai n, qu'on est fatigué,

ou qu'on se porte lorsque tout cela est

réuni, qu'on tieni Des bons propos qui

l'engagent li mourit

La nuit inspire i erreur qui peut dimi-

nuer la fierté des cumuaiLantH. Elle arrêtera tout à fait celle de ces Espagnols , que Jean-Jacques prétend, si mal à propos, excellents connaisseurs ; mais elle n empêchera pas la vraie valeur; et ceux qui, sous mes ordres, se jetaient sur les Prussiens, surpris dans leur camp à Hochkirclien , ont couru risque, pendant plus de trois quarts-d'heure, de ne point être remarqués, puisque ce ne fut que lorsque le jour parut que je vis ce qu'ils avaient fait de si valeureux contre le régiment de Retzow, à qui nous avions aflaire sans le savoir.

Le courage le plus sûr est, sans contredit, celui du tempérament, lorsqu'il est soutenu par l'honneur. Celui-là ne peut jamais se démentir; il n'y en aurait pas d'assez incorporé à notre existence, si ce n'était l'amour de la gloire qui le conduisît, puisqu'on répugne à sa destruction ; mais la crainte de ses

SERMON SUR l'hÉROISME. 543

remords mène le guerrier honnête homme au haut de la brèche à minuit, comme s'il était à la face du soleil.

* Je ne veux point renouveler cet ancien parallèle du grand homme et du héros, qui a été aussi épuisé que les parallèles continuels de Turenne et de Gondé, de Bossuet et de Fénelon, de Corneille et de Racine, d'Eugène et de Vendôme. Mais pourquoi Rousseau laisse-l-il presque passer Gromwell pour un grand homme? Ce ne peut être tout au plus qu'un héros. C'est bien lui qui avait la force du génie et de l'âme '(1) !

On était autrefois moins délicat sur ce titre-là. Je, sais bien que Rome et Athènes comptaient pour héros leurs premiers brigands; on devint ensuite plus difficile ; et , laissant là ceux qui n'étaient que des guerriers, des conquérants illustres, ou des tyrans heureux, on a voulu de braves gens qui fussent honnêtes. On sait bien que les héros font des malheureux ; mais ce n'est pas dans le dessein d'en faire. Ce sont des ambitieux qui, en allant à leur but, sont obligés de porter souvent le trouble et la désolation.

Non, mes chers frères, je ne crois point que Caton

(1) Deux pages plus bas J.-J. a dit qu'avec quelques crimes de moins, il n'eût été qu'un homme, ainsi que Gatiliua; et qu'avec quelques vertus de plus, ils eussent peut-être été des héros. l\ a de la peine même à en convenir. Jean-Jacques ! ô rhéteur sublime et le premier écrivain du monde, pourquoi voulez-Vous si souvent vous écarter du vrai ?

; 3 a^ait plus dlmmeur que de I heas dûie, il faut des bauitles.

Paras tien éîail poini an»

mTalois, ni Caligat; Frâûc^iîs I^ a*àiil el Cluries-Ûtiîiil qu'un

finira, Césatr û'eô£ jamais élé oi >; d sîe itMi^ts assurer massî, si jeo ava»

ee gniid prosatear, je dirais . pts été César. Ce ne sont que des de me prouver Tun; il m*esl i de pfoaver l'autre.

Je mt Ycax pas qoe le héros soit tia fliodèto di li b'csI pas néoessaîre; Eûais je ne veoi pas ftl soit im iB0iis&«. tin peu mom ie dans Annibal lui feratl perdre daz:s nh>a esprit la qualité de héros dont il jouit.

(^e Jeau-Jacques, au moins, s'accorde avec lui- Bième. lî prétend d^âbord que l'héroïsme est la quali;ê de rime la plus nécessaire pour bien gouverner ; et* vers la an de son discours, il se plaint de ce que rirecaent les héros sont justes, prudents, modérés. n ÈLÎt craindre même sur leur compte de la prudeace; f aurais cru que rien n'était plus utile que d^eti avoir, quand on est au-dessus des autres; et que, si c'est avoir de l'héroïsme que de bien gouverner, la prudence en est la vertu caractéristique.

Taî peur que ceci ne soit qu'une dispute de mots, cv^nme presque toutes les disputes ; c'est affaire de ilèfinition.

SERMON SUR l'hÉROISME. 345

Mais jusqu'à ce que je me trouve condamné par vous mêmes, carissimi fratres, à qui j'en appelle de vous-mêmes et de votre protégé , je croirai que l'héroïsme exclut la perfidie, qui, étant un petit moyen , prouve non seulement de la faiblesse, mais un homme faible. Je croirai, avec Jean- Jacques, qu'on peut se passer de sagesse et de modération ; je croirai, sans lui , qu'on ne peut pas se passer de courage, et qu'il n'y a pas de plus grande marque de force à donner. Je croirai avec lui qu'il faut celle du génie et de l'âme; je croirai sans lui que si l'on est bien cruel, bien méchant, on n'est pas un héros : c'est la classe des monstres , comme je l'ai dit tantôt, lorsque j'ai reconnu aussi celle des conquérants. Je croirai, avec Jean-Jacques, qu'ilfaut être célèbre ; je croirai, sans lui, qu'il ne faut pas avoir une opinion tout seul sur tant de sujets différents. Je croirai, axeclui, que les hommes sont plus aveugles que méchants. Je croirai, sans lui, qu'il y en a qui ne sont ni l'un ni l'autre : lui , par exemple. Mais, s'il n'est point aveugle , il en a bien fait dans sa vie ! tous ceux qui, à genoux devant lui, s'imaginent voir clair sur tout ce qu'il dit; ils veulent toujours accorder avec lui-même un homme qui ne l'a jamais voulu ; ils s'imaginent qu'on peut très bien arranger des contradictions manifestes, et deviennent de mauvaise foi , de la meilleure foi du monde. N'êtes-vous pas un peu de ces gens-là, mes chers frères? sans doute que, le principe posé, il aura toujours raison; mais examinez le principe auparavant. On est séduit

ou mâgiâtnJ;

! que per-

reebarchée,

se rendre

sèche auprès de

[ style le plus Iml-

ne le croyez qui

: tout i ovrmgeleeoiiiraine fr-xiMs de ses fà «v pé les eiMii«alioEES génééemmimei celle des autres -^ V -ternie»

psir re50cii mi(s£et qm le «K)OTerDe. Cest à cela : 1 ;•' 7*f'r: irr^^cer 5*es ennemis et ses malheurs ':jc ^i-^s- :. Tii 50.:: ir:ve::us de réels, puisque :^ - : ^- S: :;■; : :i-il:.ie ie devic:::. Les bypocondres f :::c >. , i:i-5 : :e^: se Scivir de cette expres- >•; s; : vr^.::^:: %5rvus : je les plains. Qu'il yij.^-'T V'-x :u: le 1::: re ::dn:'aî p;is justice, s'il y en i. :-:a > .f ,::: v; > :.:: ^eu: le d'enthousiastes, j'en >„ s :.„ .::•:>::.•:- ::.e- Je les d-jùe tous d'être plussen- >...->. l::^::::- se douue la peine de l'être. Mais, •: - .• ::e v«: l: :ir:v:er ma dovction à son é^ard, j'aime :i :::e ^ir:i::::r ôcS t'i^^es qu'il m'a tendus sans le vouV r : il s"e:i es: ie::dL; à lui-même. 11 e>.t de bonne -oî: une chose vivement sentie par lui trouve une aN.^ndance de choses pour la soutenir. Mais quand est-il ass.ez de SiUiç:-troid pour examiner la matière

Page 1