‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 11 sur 62 · LA CROIX DANS L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

LA CROIX DANS L'HISTOIRE

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A César empereur Rome s'était soumise.

Nul peuple à qui sa voix en reine ne parlât. Son sceptre commandait du Nil à la Tamise. Elle avait, à cette heure, atteint tout son éclat.

Elle avait des grandeurs dépassé l'apogée. Ses aigles, ses vaisseaux s'élançaient rayonnai»

De l'Océan breton jusqu'à la mer Egée.

Ses mille légions couvraient trois continent.

Telle était sa splendeur, telle était sa fortune Que rien, dans le passé, ne pouvait l'égaler Et que jamais, depuis, le monde n'en vit une Aussi prodigieuse! — Elle allait s'écrouler.

Qui donc la menaçait? Qui pouvait battre en brèche Ce colosse de force et de prospérité?. . . C'était un pauvre enfant couché dans'une crèche El -relouant tout nu sous la paille abrité.

Il naquit sans berceau ni lang Par une froide nuit d'hiver :

Mais sur sa crèche un groupe d'anges Descendit du. ciel entrouvert. Et Pnumble bourgade inconnue Où ses doux yeux ont vu le jour Pour l'univers est devenue Un phare de paix et d'amour.

Il grandit. — A douze an?, de sa voix enfantine. Il prêchait aux docteurs une étrange doctrine. Il disait qu'être libre est le droit de chacun ; Qu'il n'est au ciel qu'an Dieu de qui l'homme tient l'être: Que l'esclave est l'égal et le frère du maître Devant Dieu, leur père commun.

Plus tard il disait aux apôtres,

A tous ceux qu'attirail sa loi :

« Aimez-vous tous les uns les autres,

• Ayez l'amour, ayez la foi.

« Ouvrez votre esprit aux oracles

« De Dieu dans vos cœurs descendu.

« Vous aurez le don des miracles

« Et le mal sera confondu. »

Puis, il allait, suivi des foules sympathiques. Guérissant les lépreux et les paralytiques, Consolant les maudits, apaisant leur remord, Bénissant les enfants, sanctifiant les âmes, Conjurant la tempête et marchant sur les lame.- Ressuscitant Lazare mort.

Et, sous les portiques du temple,

Au bord des lacs bleus, sur les monts,

Il donnait sa vie en exemple Au peuple épris de ses sermons.

Il conquérait ainsi le monde, N'ayant pour glaive et pour soldats Que sa pitié tendre et profonde Pour tout ce qui souffre ici-bas.

Alors les magistrats, les préfets et les prêtres, Tous ceux qui gouvernaient et voulaient rester maitn Se dirent : • Il est temps d'étouffer cette voix. » On l'arrêta, priant seul dans un champ d'olives, Et, comme un vil bandit, Jésus, sur deux solives, Fut supplicié par la croix.

Mais c'est vers Dieu que la croix monte. Les bourreaux ont manqué leur but.

Ce signe de mort et de honte Sera la vie et le salut.

0 prodige ! le sang du juste Revêt l'infâme bois qu'il teint D'un resplendissement auguste Que vingt siècles n'ont pas «-teint.

Si haut que Ton remonte à travers leur histoire, Les chrétiens pour drapeau prirent le crucifix. On leur en fit un crime, ils en firent leur gloire. A ce signe sacré Dieu reconnut ses fils.

D"où leur venait-il donc, ce signe qu'on révère? Jésus le leur avait enseigné de sa main. Ils l'avaient recueilli sur le sanglant calvaire Comme un appel suprême à tout le genre humain.

Errants, persécutés, ils prêchaient, doux lévites, L'Evangile inspiré que Jésus leur dicta, Bénissant par sa croix les nouveaux prosélytes Comme lui les avait béuis au Golgolha.

Pendant quatre cents ans de deuil et de torture, Dans les cachots infects, sur des charbons ardents ; Dans le cirque jetés en vivante pâture Aux monstres qui broyaient leur chair à pleines dents

Souriant aux bûchers, aux tenailles rougies

Qui de leurs corps brisés dispersaient les lambeaux :

— Pour éclairer l'horreur des nocturnes orgies", Consumés sous la cire en guise de flambeaux ;

Lapidés, égorgés, aux échafauds en pruie : Ecorchés vifs, noyés, — effroyable destin î — Dans les viviers royaux, pour nourrir la lamproie Que César savourait aux labiés du festin ;

Dans le fer, dans le feu, sous la hache et les verges, Bravant les proconsuls, lassant le tourmenteur, Pendant quatre cents ans les martyrs et les vierges Proclamèrent partout le signe rédempteur.

Ils marchaient à la mort comme au triomphe même. Néron, Dioclélien les massacraient en vain : Pouclier sur leur sein, sur leur front diadème, Toujours étincelait le symbole divin.

Dieu de leur lèvre enfin détourna ce calice. La croix, que proscrivaient tant d'atroces fureurs, De la nuit des cercueils, des charniers du supplice, Passa victorieuse au front des empereurs.

Ainsi, du sang du Christ tout entière inondée, La croix, gage d'amour et d'espoir immortel, Par les pleurs, par la mort des martyrs fécondée, A jamais lia l'homme à Dieu, la terre au ciel.

Dej»uis, ce saint emblème est adoré des hommes: Partout sur leur passage ils ont planté la croix. Elle domine tout : les monts, les tours, les dômes, Les clochers, les palais, la couronne des rois.

Elle e^t tracée au front de l'enfant qu'on baptise El ce signe sur lui reste à jamais empreint. Il le suit jusqu'à l'heure où le trépas le brise Et le vieillard mourant sur sa bouche l'étreim.

Le soldat, au milieu des hordes ennemies, Rallume à ce foyer son courage éperdu ; La sœur de charité, dans les épidémies, A son flanc virginal le porte suspendu

Sur le juge elle plane au dessus du prétoire. De\ant elle, à l'autel, le prêtre vient prier. C'est elle qui décore, étoile de la gloire, La lè!e du pontife et le cœur du guerrier.

La barque du pêcheur, le haut vaisseau de guerre L'arborent à leur proue, insigne pavillon.

Avant Je confier la semence à la terre, Le pieux laboureur ouvre en croix le sillon.

Aux angles des chemins le voyageur la trouve. — Dans les flots orageux le matelot perdu. Sur les rescifs où l'œil du naufrage le couve, Se cramponne à ce bras vers l'abîme tendu.

Aux lointains archipels peuplés de cannibales. Elle guide, pieds nus, insulté, bafoué, Sans toit, sans pain, malgré les flèches et les balles L'humble missionnaire à son culte voué.

Elle trône aux cités, parmi les multitudes, Aux camps tumultueux où flottent les drapeaux, Dans les déserts, au fond des mornes solitude-, Et dans le champ des morts, gardienne des tombeam

Héritage sacré du Christ et des apôlres, Elle est l'unique espoir des cœurs désespérés, La prière de ceux qui n'en savent pas d'autres. La colombe apportant les pardons implores.

Image de Dieu même, elle résume en elle Ledévoùment, l'amour, l'austère vérité

Et pour quiconque vient s'abriter sous son aile C'est la clé d'or du ciel et de l'éternité !

U croix que l'orgueil même avec respect salue, 0 croix, terreur du crime, astre de charité, Toi qui, du monde entier souveraine absolue, Caches tant de splendeur sous tant d'humilité ;

Rayon, flamme, soleil qui sans cesse illumines L'esprit à son déclin, le génie en sa fleur, L'azur du firmament, les ténèbres des mines : Toi qui fais accepter et chérir la douleur ;

Toi qui seule as le droit et le pouvoir d'absoudre Tous ceux que la justice humaine a condamnés ; Toi qui des cieux vengeurs suspends seule la foudre Sur les fronts repentans devant toi prosternés :

Phare de liberté, vivant écho du Verbe ; Toi qui, sous le regard serein de l'opprimé, Fais baisser l'œil altier de l'oppresseur superbe : Toi par qui le maudit se sent encore aimé ;

Source des biensqu'à l'homme un Dieu clément M ssagère du Christ descendu jusqu'à nous : Doux gage de tendresse et de miséricorde, Au pied de qui les saints ont usé leurs genoux :

< i croix: ! sur l'unis ers règne enfin sans conteMc. Oui, rends l'athée à Dieu, rends au doute la fofc Sois de l'humanité le labarum céleste : Que, par toi rachetés, nous nous sauvions par loi !

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