LIED ESPAGNOL
Si j"élais reine de Navarre,
Je vous défirais tous de voir
Une majesté moins avare
De ses faveurs, de son pouvoir.
D'abord, je voudrais de beaux pages,
De belles dames à ma cour,
Des palais et des équipages
Etincelants comme le jour.
Je voudrais des jardins splendides,
Illuminés toutes les nuits,
Et qui, rivaux des Hespérides,
Seraient pleins de fleurs et de fruits.
Je voudrais un peuple qui m'aime,
Je comblerais tous ses désirs
Et l'éclat de mon diadème Serait le soleil des plaisir-.
Si j'étais reine, que de choses, Que de fêtes, que de gai té, Que de diamants et de roses Naîtraient cie mon sceptre enchanté î Au rythme entraînant des quadrilles Je dicterais toutes mes lois.
Je marîrais toutes les filles Avec les époux de leur choix.
Les chansons, les rires, la danse Retentiraient à chaque pas.
Partout régnerait l'abondance.
Mais reine. . . je ne le suis pas.
Bah ! mon lot doit bien me suffire.
J'ai la jeunesse et la beauté, Et qu'on me dise quel empire Vaut cette double royauté !
A Mme MARIE LAURENT
Nous en qui l'on salue et l'artiste et la femme, Vous qu'appelaient ici tant de cœurs et de voix, Sous l'azur lumineux de noire ciel, madame, Voua voici revenue après quatorze mois !
«Quatorze mois perdus pour notre obscure vie Qui restera demain ce qu'elle était hier , Pour vous, quatorze mois de gloire qu'on envie, Dans ce Paris où seul la gloire se conquiert.
Vous venez : et depuis nos Hespérides d'Hyères Jusqu'au Sicier que l'onde étreint avec amour, Tout, soleil radieux, plages hospitalières, Jours d'or, cœurs empressés fêtent votre retour.
l»i es-nous? pour revoir noire chère Provence Où votre souvenir est inscrit désormais, Vous avez donc passé, Madame, par Jouvence Que vous nous revenez plus jeune que jamais !
Oui, plus jeune et plus belle : et chacun le proclame El le talent divin que vous tenez des cieu\, Alimenté sans cesse au foyer de votre âme, Plus grand et plus complet resplendit à nos yeux.
Dieu, prodigue envers vous de sa munificence, Comme on l'est de baisers pour un enfant gâté, En vous a réuni la grâce à la puissance, Los fruits mûrs du génie aux fleurs de la beauté.
Sur notre vieux théâtre où par vous tout s'anime, Où l'admiration en foule nous conduit, Venez donc voir encor notre ville unanime Saluer votre nom que le triomphe suit.
Venez, vous êtes reine aux jeux de Melpomène : Venez : pour couronner votre front applaudi, Nous mêlerons, cueillant les fleurs que Dieu ramène, A \os lauriers du Nord les roses du Midi.