FLEURETTE DES ALPES
Elle était née au pied des Alpes maritimes,
Au suave rays du soleil, où le Nord
De la phlisie abrite et sauve les victimes.
C'est d'elle cependant que ce pauvre ange est mort.
•Jui, sous ce ciel d'azur, sur ces heureux, rivages Où les parfums salins, la résine des monts De cet horrible mal arrêtent les ravages, La phtisie implacable a détruit ses poumons.
Elle avait quatorze ans lorsque je l'ai connue. Lorsque je la revis, elle avait dix-sept ans, Mais si pâle déjà, si frêle, si tenue, Qu'elle ne pouvait pas survivre à son printems. v 5
Cotait la perle dor, c'était l'âme sans tache, La sainte du foyer, la tendresse de tous, Celle à qui le cœur s'offre et la pitié s'attache : Car ses jours sont comptés par le destin jaloux.
Pauvre enfant ! je l'aimais du cœur et des entrailles. Que d'ombre dans l'éclat de son œil enfiévré ! Son sourire faisait songer aux funérailles, Et par sa gaîté douce on était tout navré.
Son père, son aïeul robuste comme un chêne,
Sa mère, tout le monde à l'envi l'adorait.
— Par un beau jour d'avril, sentant sa fin prochaine,
Vers elle, à son appel, ma famille accourait.
Le soleil embrasait les brumes qu'il attire.
Les oiseaux gazouillaient, par couple, au bord des nids.
Tout était fête autour de la jeune martyre,
Tout s'épanouissait sous les cieux infinis.
Frissonnante, elle était blottie auprès de l'àlre. Elle ne lit qu'un bond pour nous embrasser tous. Puis elle s'affaissa. La toux opiniâtre L'avait prise. La mort préludait par la toux.
Ses compagnes, le soir, disaient : Marie est morte. Et de leur main pieuse elles avaient planté
Des rameaux d'oranger sur le seuil de sa porte, Symbole d'hyménée avec l'éternité.
Le lendemain, chacun pleurait à son cortège. Dieu, qui la réservait pour ce céleste hymen, La rappelait à lui pure comme la neige, Comme un lis virginal, comme un frais cyclamen.
Dors dans ton lit de fleurs, blanche fleur bien-aimée, Etoile du matin éteinte avant le jour.
Dans notre souvenir nous t'avons embaumée Avec tout notre deuil, avec tout noire amour.