AU BANQUET HOMOEOPATHIQUE DE MARSEILLE
Je porte un toast en vers à Fhomœopathie. Messieurs, la muse aussi se met de la partie. Elle fête, avec nous, l'art de la goérison Dont on a tant parlé sans rime. . . ni raison. Le railleur immortel qu'en riant on écoute, Molière, osa jeter la peur et la déroute Dans le camp des Purgons et des Desfonandrès. Le temps n'a pas cassé ses foudroyants arrêts, f.ar l'homicide abus toujours se perpétue. Toujours Diafoirus et purge et saigne et tue :
La Fontaine indigné redirait aujourd'hui
Que de tous les fléaux le pire est toujours lui !
Mais de l'art augurai, pourvoyeur de la tombe,
L'étoile millénaire enfin pâlit et tombe.
Sur ses livres, le dieu qui règne aux sombres bords
Constate un déficit dans le chiffre des morts.
Nul n'en sait la raison à sa cour étonnée.
La raison c'est, Messieurs, que la science est née ;
(l'est qu'Hahneman, à qui j'applaudis et je bois,
De guérir sans tuer a découvert les lois.
Portez bien haut, messieurs, son nom et sa bannière.
Vous qui ne fermez pas les yeux à la lumière.
Le femmes sont pour vous : le globule argenté
Vers l'homœopathie attire la beauté.
Un tel concours pour vous décide la victoire.
Proscrivez la tisane et le vésicatoire,
Et l'affreux cynapisme et l'huile de ricin,
Et les vampires froids qui perforent le sein.
Prouvez qu'à la douleur il est d'autres issues
Que la purge fétide et les noires sangsues.
Faites qu'avant dix ans, — et dix ans c'est bien long, —
Clysopompes, bocaux, fioles, mortier, pilon,
Enfin tout l'arsenal de nos apothicaires,
Figure aux cabinets poudreux des antiquaires.
Fleurant est mort. Tant mieux! Qu'on en fasse cadeau
Au musée où Lesage empailla Sangrado.
Mais pour hâter ce temps trop paresseux d'éclore, .Messieurs, pour achever l'erreur qui lutte encore, Pour que toute souffrance ait en vous des vainqueurs Unissons dans ce toast nos coupes et nos cœur- !