LÉGENDE BERRICHONNE
Je sais une jeune fille Dont le regard calme et pur
Scintille Comme une étoile d'azur :
Dont la joue est rose et fraîche, Comme l'est au mois de mai
La pèche Sous son duvet parfumé.
Sur sa bouche virginale Sa candeur de séraphin
S'exhale Dans un sourire sans fin.
Elle est vive, alerte et preste, Et jamais son pied charmant
Ne reste En repos un seul moment.
Elle court les herbes hautes, Les papillons diaprés :
Doux hôtes De nos fleurs et de nos prés.
Sa voix a des harmonies Plus suaves que les voix
Bénies Des rossignols de nos bois.
Seize ans vont pour elle éclore Heureux âge où la douleur
S'ignore, ( >ù la vie est tout en fleur !
Tous les garçons du village A ses pieds ont mis en vain
L'hommage De leur cœur et de leur main.
Vous la connaissez sans doute, Car elle franchit souvent
La roule Qui d'ici mène au couvent.
Oc voyage est un mystère Qu'elle voile avec un soin
Austère, Et dont Dieu seul est témoin.
Moi qui longtemps l'ai suivie, Scrutant d'un ceil indiscret
Sa vie, J'ai découvert son secret.
Et je veux à tous le dire Pour que chacun en ces lieux
Admire Son but touchant et pieux,
Chaque malin, quand la plaine De fleurs écloses la nuit
Est pleine, Seule aux champs elle s'enfuit,
Et, s'assurant que personne Si loin n'a pu l'épier,
Moissonne Ces fleurs à plein tablier.
Eglantine rose ou blanche, Muguet, narcisse, jasmin,
Pervenche, Clématite du chemin ;
Bassin d'or et marguerite, Violette que le bois
Abrite, To nbent fauchés sous ses doigts.
Longtemps, longtemps elle en cueille,
Aussi légère que l'est
La feuille, Ou l'aile du roitelet.
Lorsqu'au ciel le soleil monte, Elle s'assied au buisson
Et compte Son odorante moisson.
Et, de toutes ces merveilles,
Ses blanches mains font deux parts
Pareilles, Qui charmeraient vos regards.
Mais, à l'ombre elle les cache, Xe voulant pas que jamais
On sache Pour qui sont ces beaux bouquets
Puis, vers l'église du cloître.
Dès qu'on voit l'éclat du jour
Décroître, Elle vole avec amour.
Elle s'arrête à la porte, Un instant, comme l'oiseau
Qui porte Au nid quelque vermisseau.
Là, son âme enthousiaste El son œil limpide et doux,
Si chaste Qu'un lis en serait jaloux,
Vers l'Eden que nos cœurs rêvent.
Où vont nos vœux incessants,
S'élèvent Comme un invisible encens.
Là, sa prière naïve,
Jusqu'à Dieu, comme un parfum,
Arrive Pour le bonheur de chacun.
Puis, dans le temple adorable, V 6
Elle entre, émue et sans bruit.
Semblable A la biche qu'on poursuit.
Sur l'humble autel de la w Appuyant son tablier
De serge, On l'y voit le déplier.
Elle en tire les deux; gerbes Où son art, de mille fleurs
Superbes A marié les couleurs.
Elle en donne une à Marie, La mère que nul en vain
Ne prie, Et l'autre à l'Enfant divin.
Aux grands jours, sous ses doigts d'ange, Cet ex-voto gracieux
Se change En couronnes pour tous deux.
Et, dans sa ferveur si grande,
Elle vient leur faire encor
L'offrande De son cœur plus pur «rue l'or.
Puis, du chaume qu'elle habite Elle reprend le chemin
Bien vile. . .
Pour recommencer demain î
Si vous la voulez connaître, C'est le Berry crai jadis
Vit naître Cette fleur du paradis.
C'est la belle jeune fille Dont le regard calme et pur
Scintille Comme une étoile d'azur ;
Dont la joue est rose et fraîche Comme Test, au mois de mai,
La pêche Sous son duvet parfumé :
C'est la bergère Solange Dont le cœur est tout amour
C'est l'ange Qui sera sainte en retour.
C'est notre auguste patrône A qui Jésus garde aux cieux
Un trône Parmi les plus glorieux!