‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 23 sur 62 · RESSEMBLANCE · texte numérisé non relu

RESSEMBLANCE

Lorsqu'à te contempler, malgré moi, je m'oublie, Au point que mon regard t'intimide parfois ;

Quand mon âme est toute remplie Des rayons de tes yeux, des accords de ta voix, Ne crains pas, chère enfant, qu'une flamme vulgaire Pour ton chaste visage ait embrasé mes sens. Non, l'attrait qui vers toi m'attire est un mystère,

Une terreur que je ressens.

« Hi! ce! étrange amour que ta beauté m'inspire, Qui date de bien loin quoique né d'aujourd'hui,

11 me faudrait, pour te le dire, Avoir la voix d'un ange et parler comme lui.

Mais un tel sentiment se dérobe au langage. En vain de sa lueur l'esprit est éclairé. Il t'ait toute analyse, ainsi que le mirage Fuit le voyageur altéré.

Ecoute : un jeune ami, je devrais dire un frère, .M'aima de tout son cœur autant que je l'aimais.

Dieu, comme à moi, lui prit sa mère.

Nous jurâmes de vivre ensemble désormais. Une même carrière était par nous suivie, Tout nous était commun, les bonheurs et les maux: Et l'étroite amitié qui lia notre vie

.Nous berça comme deux jumeaux.

Quand septembre pour nous ramenait les vacances, Sur les algues du golfe, où dorment les pécheur-.

Sur les rochers, où dans leurs anses, Nous allions de la mer respirer les fraîcheur-. D'autres fois, nous allions, épris de botanique, Sur la montagne, avec le pâtre et les brebis Dont la cerne s'enroule en volute ionique,

Vivre de lait et de pain bis.

Il mourut. Ce jour là Dieu manqua de clémence. Depuis qu'il disparut dans la tombe, mes jours

Ressentirent un vide immense.

Mais ce vide, plus sombre et plus profond toujours,

Tu le remplis soudain, loi, sa vivante im Car en te contemplant c'est lui que je revois. Ton visage adoré ressemble à son visage Et ta voix ressemble a sa voix.

Comprends- tu maintenant quelle cendre sacrée, Quel souvenir éveille en moi ton regard clair?

Pourquoi ma tendresse est navrée Et ravie à la fois par ce tranquille éclair? Et pourquoi ton visage où tant de grâce brille M'inspire tour à tour tant d'extase et d'effroi, Comme si j'y trouvais, ô blanche jeune fille,

Un être aimé qui n'est point loi?

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