‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 27 sur 62 · LA NÉGRESSE · texte numérisé non relu

LA NÉGRESSE

Connaissez-vous ces bords où l'homme vit sans maître,

Où pour lui le soleil féconde les déserts,

Où le fouet d'un bourreau ne meurtrit pas ses chairs ?

Connaissez-vous l'Afrique où le ciel me fit naître,

Où j'allais, libre enfant, cueillir sur les palmiers

La datle d'or si douce et les œufs des ramiers ?

Si vous la connaissez, parlez, parlez-moi d'elle. Parlez-moi de ma mère et de mes jeunes sœurs Que le sort, comme moi, livre à des oppresseurs. Ma pensée à jamais leur restera fidèle Car, dans mon pauvre cœur de tant de deuil rempli. L'esclavage jamais n'amènera l'oubli.

0 bord* dont la mer me sépare, 0 ma patrie, ù mes amours, Sous le joug d'un maître barbare Ma voix vous appelle toujours.

Toujours j'appelle celte rive Que mes yeux ne doivent plus voir Et d'où nul écho ne m'arrive Pour consoler mon désespoir.

Les bras meurtris par les lanières Aux rayons d'un ciel embrasé, Il faut labourer des rizières Le sol par mes pleurs arrosé.

L'affreux travail n'a pas de trêve Et ne doit finir qu'à la mort, Car le fouet cinglant me relève Dès que la fatigue m'endort.

Le soir, quand le ciel s'illumine, Dans ma case, je trouve, bêlas !

La faim, la fièvre et la vermine, Triple fléau de ces climats.

E* lorsqu'un songe me dérobe A mon supplice, au joug de fer, Le planteur maudit avant l'aube Me replonge dans mon enfer.

Dites, connaissez-vous mon Afrique si belle, Où j'allais, libre enfant, cueillir sur les palmiers La datte d'or si douce et les nids de ramiers ? Si vous la connaissez, parlez, parlez-moi d'elle, Car, dans mon pauvre cœur de tant de deuil rempli L'esclavage jamais n'amènera l'oubli.

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