‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 28 sur 62 · LE VOYAGE IMPÉRIAL EN ALGÉRIE · texte numérisé non relu

LE VOYAGE IMPÉRIAL EN ALGÉRIE

La Muse peut brûler ses menteuses annales. Arrière désormais les louanges banales.

Plus de lyrisme à froid ni d'insipide encens. Le poète, entraîné dans l'élan unanime, S'en inspire à la fois par l'àme et par les sens. Il n'a plus qu'à chanter la vérité sublime, Les faits réels, éblouissants.

Nos princes d'autrefois s'entouraient de mystère. Le Louvre était pour eux un cloître héréditaire Voué par l'étiquette au somnolent ennui.

Un ignorait leurs traits, leur voix, leur existence. Inconnus de leur peuple, ils avaient peur de lui. Les temps sont bien changés : l'Empereur et la France Ne font qu'un seul cœur aujourd'hui.

C'est ainsi qu'il fallait que la France s'unisse

Des grèves de Dunkerqueaux verts jardins de Niée,

Des neiges du vieux Rhin au Sahel algérien.

Sa force qui partout, calme, se développe,

Dicte une page d'or par jour à l'historien ;

El sa prospérité, que jalouse l'Europe,

N*a rien à craindre et ne craint rien.

Voici le souverain que la patrie acclame. Paris a salué d'un cri sorti de l'àme Le royal voyageur à l'heure du départ.

Devant lui les cités ont fleuri leurs approches, Le bronze des canons rugit sur leur rempart Et, dans l'air pavoisé, les bravos et les cloche- Ont éclaté de toute part.

Voyez? — Ce ne sont pas des hommages servîtes. C'est le peuple des champs, c'est le peuple des villes Sa marche est un triomphe, un prodige inouï. Jamais ovation ne fut plus spontanée, Ni telle explosion d'allégresse n'a lui.

La France, en l'Empereur, tout entière incarnée, S'admire et s'applaudit en lui !

À Lyon, une foule eu délire l'embrasse. Les flots de l'Océan que la tempête brasse, Sont moins nombreux, sont moins tumultueux surtout, Que ces flots d'ouvriers accourus par cent mille. Lui, dans leurs rangs pressés, passe calme et debout. Il sont que c'est leur cœur même qu'il s'assimile, Qu'avec un tel peuple on peut tout !

Il repart; il poursuit sa glorieuse voie. A Marseille, voici la même immense joie, Voici la même ivresse et les mêmes transports. Marseille, dont le monde entier est tributaire, Se souvient que I'Empire est la paix; que ses ports Par la mer libre à tous, reçoivent de la terre Tous les produits, tous les trésors.

Puis son vaisseau rapide à d'autres bords l'emporte. C'est l'Algérie. — Elle ouvre à deux battants sa porte Au visiteur illustre, héritier des Césars. L'empereur y rencontre une seconde France Dont les ùls blancs ou noirs, sous les palmiers épais, Ont vu s'évanouir deux mille ans de souffrance Devant notre épée et nos arts.

Partout dans la gourbi, la mosquée ou lu tente, Le biblique désert, l'oasis éclatante, On l'accueille, on l'exalte, et ses pas sont suivis. Et, dans ces champs, d'hier conquis à la patrie, Dans ces cœurs primitifs par sa bonté ravis, Ï/Empcreur a trouvé la même idolâtrie Que dans la France de Clovis.

Au retour, c'est la Corse où le flot bleu se brise, Berceau du conquérant dont le nom électrise. Puis Toulon, que la France appelle son bras droit, Formidable arsenal et formidable escadre, Qui suffoquait, étreint par un mur trop étroit, El que l'Empereur fit, sous le mont qui l'encadre, Aussi splendide qu'on le voit.

Noble exemple qu'il donne aux rois... et qui les frappe! Un grand acte, marquant chaque royale étape, Comme une perle d'or est tombe de ses doigts. Temples bâtis, canaux creusés, fleuves qu'on dompte, Docks au commerce ouverts, tout se crée à la fois, Et l'histoire dira que sa main ferme et prompte Fit 1 œuvre d'un siècle en deux mois.

Ces voyages par qui tout abus, tout obstacle Tombent, sont pour l'Europe un instructif spectacle.

Ces acclamations qui s'élèvent en chœur, Ces populations à vos pieds accourues, Celte armée en ses bras vous portant, ô vainqueur î t'.'xi la France des camps, des métiers, des charrues Oui palpite en vous d'un seul cœur.

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