‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 29 sur 62 · PALINODIE · texte numérisé non relu

PALINODIE

Palinodie ! Allons le grand mot est lâché.

Caton a pris la mouche et Brutus s'est fâché.

Hier, l'idole était d'or, nous l'avions encensée.

Elle est fange aujourd'hui; nos mains l'ont renversée.

Et vite, on nous compare aux vents, aux flots changeant,

Et nous avons cessé d'être d'honnêtes gens.

On dit : « Voilà comment la probité naufrage,

« Comment ceux qui du peuple ont brigué le suffrage,

« Sans pilote et sans lest, au mât de leur vaisseau

<■ Arborent chaque jour un pavillon nouveau. »

Ainsi quand dans le sein ou dans la voix d'un homme. Le cœur de la patrie a battu : — qu'il se nomme

\ Mars, Mirabeau, Ney, Lamartine, Arago,

Qu'il soil Napoléon, qu'il soil Victor Hugo, —

Que le verbe de feu sur sa lèvre s'allume,

Qu'il tienne le compas, ou l'épée ou la plume,

Qu'il enfante un chef-d'œuvre ou que, ceint de rayons,

Il ait conquis le monde avec ses légions ;

La nation par lui sauvée ou rajeunie

Abdiquerait le droit d'applaulir son génie"?

Sous l'inspiration, vent qui souffle des cieux,

Le poète devrait rester silencieux ?

La muse, disséquant tout ce qu'elle célèbre,

Devrait, soumise aux lois d'une certaine algèbre,

Ne tresser de couronne et n'élever d'autel

Qu'à des héros du choix de monsieur tel ou tel ?

Par ordre, il lui faudrait consigner à sa porte

Ce qui la passionne et ce qui la transporte ?

Ainsi l'enthousiasme et ses explosions,

L'élan, l'espoir, la foi, l'essor des passions,

La spontanéité, l'éclair, le jet de l'àme,

Le passage du dieu dans le cœur qu'il enflamme,

Tout ce qu'on sent de grand, de saint et d'étoile,

Devrait être proscrit, contenu, refoulé ?

C'est le caporalat prussien, c'est la torture, C'est la loi des suspects dans la littérature, C'est le garol au cou, le bandeau sur les yeux, C'est le grotesque, c'est l'absurde. . . et l'o'licux î v 9

Une fois, — une fois n'est certes pas coutume, — Le nom de l'Empereur s'est trouvé sous ma plume. J'arrivais de Lyon où, passant ébloui, J'avais été témoin d'un spectacle inoui : L'Empereur, au milieu des foules accourues, Traversait triomphant les quais, les ponts, les rues. D'unanimes vivats éclataient sous le ciel Et couvraient des canons le bruit officiel. Le peuple, le vrai peuple en qui vit la patrie, Acclamait son élu de retour d'Algérie, Et je sentis, ému par ces cris, ces pavois, Un sincère bravo s'échapper de ma voix.

Il m'en a cuit auprès des puritains farouches. Le mot de trahison est sorti de leurs bouches Et mon hommage obscur souleva les abois Des prêtres de Saint- Just et de Collot-d'Herbois.

Pourtant, combien d'entre eux, graves fonctionnaires,

Emargent au budget d'opulents honoraires!

A la Bourse combien, spéculateurs véreux,

Appellent de Plutus les tendresses sur eux

Et, sans que leur vertu leur en fasse un reproche,

Des ruines d'autrui gontlent leur vaste poche !

Voilà leur politique et leur religion!

Leur idéal, leur dieu s'appelle million.

Pour eux, tout or est pur, n'importe l'effigie.

Mais si d'un prince auguste on fait l'apologie,

Si l'un vaute Austerlilz, Fleurus, Denain, Rocroy, On est maudit : on a crié vive le roi ! L'histoire à leur pudeur doit même un sacrifice : Les lis de Jeanne d'Arc en sont rayés d'office : L'aigle est déshérité de l'empire du ciel Et l'abeille n'est plus la buveuse de miel. Leur pensée est un chiffre : elle ne se recueille Que pour voir si la chance enfle leur portefeuille. Silènes qui, gorgés de truffe et de vin fin, Prêchent le brouet noir de Sparte aux morts de faim ! Renégats qui n'ont plus voulu voir ni connaître Les parias parmi lesquels Dieu les fit naître !

Eh bien ! sans vanité, je vaux, mieux qu'eux, ma foi î

J'ai gardé de l'honneur l'austère douce loi.

Je n'ai pas exploité mon nom de démocrate.

Nul ne peut accuser ma muse d'être ingrate

Et, de ma dignité, poète soucieux,

Je n'ai point renié mes amis ni mes dieux.

En mes jours désastreux comme en mes jours prospères,

Je suis resté fidèle au culte de mes pères;

Et dans mon cœur, cercueil où mon deuil l'a muré,

Mon idéal, intact et pur, est demeuré.

Il est de mes vieux jours l'infaillible boussole,

Et de qui ne suit pas son aimant, je m'isole,

Sachant bien que, marchant en d'opposés chemins,

Xoas r.e pourrons jamais nous élreindre les mains.

.le ne dévirai pas de celte ligne droite.

La route est, je le sais, pierreuse, dure, étroite,

Mais 1rs hommes de cœur y passent librement.

A ceux-là, quels qu'ils soient, mon applaudissement

El l'hommage public qu'à tous je leur dédie !

Eb ! les autres ! ''riez à la palinodie !

tf£*o)

Vous abhorrez l'hiver et le mal qu'il vient faire, Vous qui grelottez même assise près du feu. Il vous faut les longs jours, l'air tiède, le ciel bleu: Il vous faut de l'été le grand calorifère, Il vous faut le soleil, ce sourire de Dieu.

Eh bien ! fuyez Paris dès que novembre arrive. A Cannes, pour l'hiver, venez vous faire un nid. Là, jamais des beaux jours l'éclat ne se ternit, Et ciel d'azur, air chaud, fleurs, soleil sur !a rive. Tous les biens souhaités, Dieu les v réuni I.

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