‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 31 sur 62 · MOHT A L'ENNEMI, DEVANT SÉBASTOPOL, LE 8 SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

MOHT A L'ENNEMI, DEVANT SÉBASTOPOL, LE 8 SEPTEMBRE

La brumeuse Albion, la France au ciel riant, Et le Piémont neigeux et l'Egypte torride, Ont uni leurs efforts pour vaincre la Tauride : Leurs vaisseaux par milliers cinglent vers l'Orient.

Ils sont partis, portant clans leurs vastes entrailles Nos généreux soldats, prodigues de leur sang,

Et rien qu'à leur aspect, le Russe menaçant A couru s'abriter derrière ses murailles.

Il fallait le chasser de ce nid de vautours

Où l'aigle à double tète aiguisait ses deux serres,

De ces murs de granit hérissés de tonnerres

D'où le fer et la mort pleuvaient du haut des tours

Par dix mois de travaux, de siège et de bataille, Nos soldats préludaient au grand jour de l'assaut. Ils luttaient, le sourire aux lèvres, le front haut • Ces géants rencontraient des rivaux à leur taille !

Enfin, le signal tonne : en avant, généraux ! Rivet, Breton, Saint-Pol,de Pontevès, Marolle ! A vous les premiers coups, à vous le premier rôle, La palme du triomphe ou la mort des héros !

En avant Mac-Mahon, Salles, Bosquet, Chassaignes ! Contre vous Malakoff et les sombres redans Avec sis cents canons ouvrent leurs feux ardents. Il faut aller planter sur leurs murs vos ensei.:.

Eli bien ! c'est fait. Redans, forts et tours sont à nous. Et maintenant, devant notre invincible armée, On voit les assiégés fuir la ville enflammée Comme devant la meute on voit partir les loups.

Mais après la victoire, hélas ! le deuil arrive. Il faut compter les morts restés sur le chemin Avec la balle au front et l'épée à la main, Pour qu'en son livre d'or la gloire les inscrive !

A\eccinq généraux, ses vaillants compagnons, Ponlevès est tombé sous le feu des canons, Tombé quand le succès jetait son cri suprême, Et comme enseveli dans le triomphe même ! Lacérant sa poitrine où son noble cœur bout, Le trépas l'a frappé par devant et debout. Et parmi les guerriers dont la patrie est veuve, Parmi ceux dont le sang a coulé comme un fleuve, Ses soldats consternés, des sanglots dans la voix, Ont emporté son corps sur le sanglant pavois. Sous la terre conquise à celte heure il repose : Mais une mort pareille est une apothéose Et son cœur, son grand cœur par la France attendu, A sa ville nalale est aujourd'hui rendu.

Salut, foyer de vie, ô funèbre relique Que Je pieuses mains recueillirent pour nous, Et qu'un vaisseau rapporte à ton ciel Massilique, A ta famille en deuil qui l'embrasse à genoux.

Salut à toi ! Semblable à l'oasis féconde

D'où germent tous les fruits dont l'homme se nourrit,

De ton sein rayonnait la lumière profonde

De toutes les vertus qu'on admire ou chérit.

L'armée applaudissait ton élan militaire : Tes soldats dévoués adoraient ta bonté.

Leurs mains ont confié tes restes à la terre Et conservé ton cœur à la postérité.

Ton courage avait lui sur tous les champs de guerre Où, depuis quarante ans, nos drapeaux ont flotté : En Espagne, en Afrique, à Rome, notre mère, Rien ne t'avait jamais abattu ni dompté.

Mais ton heure arrivait ! — Fatale elle s'approche Au cadran du destin. . . Le trépas l'a touché.

Tu meurs comme Bavard, sans peur et sans reproche,- Tu meurs calme, en chrétien, sur tes lauriers couché.

Salut au héros mort ! des pleurs à la mémoire Du martyr du drapeau qu'a tué le canon Et qui lègue en mourant à la France, sa gloire, Son cœur à sa famille, à l'histoire son nom î

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