SCÈNE NOCTURNE AU SAHARA
Il fait nuit au désert sans borne.
Le lion sonde d'un coup d:œil L'immensité muette et morne, L'horizon plus noir que le deuil.
Il rugit. — Sa langue écarlate Pend à son muftle frémissant.
Sa narine qui se dila!e Semble aspirer To 'eur du saig.
Ses ongles labourent le sab'e Et es cris rauqve; et stridents,
De sa mâchoire formidable Montrent les formidables dents.
Qu'a-t-il?. . . Son regard dans l'espace A lui comme un tison d'enfer.
— C'est l'autruche fauve qui passe Aussi rapide que l'éclair-
Secouant avec violence Ses longs crins roux flottant au vent, Soudain dans la nuit il s'élance Ainsi qu'un ouragan vivant.
En vingt bonds il atteint sa proie Dont il a dépassé le vol, Et dont sa large patte broie Le corps pantelant sur le sol.
Et le monstre, dans les ténèbres D'où monte un sourd craquement d'os, Dévore tout : crâne, vertèbres Et chair palpitante en lambeaux.
Puis, saoul de sang, léchant sa bave Qu'il savoure comme un dessert, Il va boire lent, calme et grave, Au lac saumâlre du désert.
Et jusqu'à l'ueure où l'aube blonde Change le sable en mer de feu Il dort dans une paix profonde, Sons le ciel étoile* de Dieu ! !