‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 45 sur 62 · DU CHEMIN DE FER DE MARSEILLE A TOULON · texte numérisé non relu

DU CHEMIN DE FER DE MARSEILLE A TOULON

(Test la locomotive! elle entre clans la ville. La population couronne les remparts.

Nous sommes accourus plus de cinquante mille. Des bravos, des pavois, destleurs de toutes part> !

Nous avons tous voulu saluer cette voie Où nous et nos enfants passerons tour à tour ; Nous sommes tous venus prendre la part dé joie Qui revient a chacun dans la fête du jour.

I,.- \uilà Jonc fini ce travail gigantesque Qui s'élance, à travers notre sol tourmenté, De la falaise abrupte au vallon pittoresque. Pont sublime entre nous et Marseille jeté !

Qu'il coûta de sueurs ! que d'acier, que de poudiv î Par le mistral glacé, par le brûlant siroc, Le pic aigu, la mine image de la foudre, S'enfonçaient à la fois dans l'argile et le roc.

Pendant plus de quatre ans, la nuit, le jour, sans trêve, Dans les puits ténébreux, dans les noirs souterrains. Dans les bois abattus, sur la torride grève, Partout s'accomplissaient ces travaux souveraine

Et l'œuvre de géant qui, faite par nos pères, Eût demandé jadis un demi-siècle au moins , Se termine en quatre ans par les efforts prospères Dont nous avons été les assidus témoins.

Autrefois il fallait, pour voyager par terre, Que l'on retint d'avance une place au bureau.

A l'heure du départ, c'était tout une affaire Pour obtenir un coin avec son numéro.

Puis le cachot roulant s'ébranlait... et les crampe.^ Tenaillaient nos genoux clans leur cage courbés ; Puis il fallait à pied grimper les rudes rampes , Puis tirer d'un fossé les chevaux embourbés.

Puis pour dîner venait, pleine d'odeurs d'étable, L'auberge de village aux bouillons écœurants, Aux poulets de carton, à la boiteuse table D'où l'on sortait à jeun moyennant quatre francs.

Maintenant plus de noms inscrits sur de vieux livres, Plus de fangeux chemins, de chevaux essoufflés ; Plus d'éreintants cahots, plus de postillons ivres, Plus de flots de poussière en nos yeux aveuglés.

Maintenant, par dessus les plaines nivelées, Sur les abîmes sourds où s'engouffrent les eaux, Sur la voûte des ponts aux massives culées, Sur les hauts viaducs aux gracieux arceaux:

A travers les forêts qui du loup cachent l'antre, v 13

Sur les torrents franchis, sur les gouffres comblés, Sous les monts de granit que le tunnel éventre, Aux champs où le soleil dore et mûrit les blés :

Partout le tender court dans les rails parallèles, Bruyant comme un tonnerre et prompt comme l'éclair Et n'ayant de rival que l'aigle, dont les ailes Battent d'étonnement dans les hauteurs de l'air.

Avec quels vifs transports de plaisir on écoute Retentir le sifflet aigu de la vapeur ! Ce n'est pas le sifflet que l'artiste redoute, Ce n'est pas le sifflet dont le théâtre a peur.

C'est le cri du progrès qui réveille dans l'âme Des populations d'ardents tressaillements Et qui fait de leurs mains jaillir, comme une flamme, Le bruit plus doux encor des applaudissements.

Les voici les wagons brillants comme des phares. Ils viennent, de lauriers et de drapeaux couverts.

Us \ iennent, et soudain d'éclatantes fanfares Accueillent parmi nous leurs notes trois fois chers

Qu'ils soient les bienvenus, Talabot, Tassy, Borde. Leur génie a scellé sur les bords de la mer La voie aux longs contours qui l'étreint et la borde Et qui noue à ses flancs sa guirlande de fer.

Qu'ils reçoivent ici la part de gloire insigne Que nous distribuons à tous d'un même élan : A ceux dont la pensée a tracé cette ligne, Tomme à ceux dont le bras réalisa leur plan.

Grâce aux chemins de fer la Pro\ ence féconde, Devançant leurs printemps à la paresse enclin, Des primeurs et des fruits dont le soleil l'inonde Sur les marchés du Nord versera le trop plein.

Grâce aux chemins de fer notre ville nouvelle Voit l'avenir pour elle à deux battants s'ouvrir. Un horizon sans borne à ses yeux se révèle ; De riches monuments son sol va se couvrir.

Pour voir s'épanouir ces nobles destinées,

— îyo —

Nous n' aurons pas besoin d'attendre un temps bien lon^r.

Elles dépasseront avant quelques années

Les rêves les plus beaux que l'on fait pour Toulon.

Car de sa force immense il faut enfin qu'elle ose. Par nos vaisseaux, la France étendra son bras droit Du Gibraltar antique à la jeune Peluse : Elle commandera l'un et l'autre détroit.

Pour ces prospérités le ciel l'a bien placer. Elle a la mer, par qui son commerce a grandi : A l'Occident, elle a l'opulente Phocée ; A l'Est, Suez et l'Inde et l'Afrique au Midi.

De ces promesses d'or soyons tous les prophète-. L'avenir millionnaire à notre espoir offert, De tous côtés envoie ici ses estafettes ; Tenons-nous prêts : il vient par le chemin de 1er.

FATME G.

C'est vous, enfin, c'est vous, ô tardive hirondelle. Vous voici de retour et, d'un dernier coup d'aile, Regagnant l'humble nid où nous vous attendons. Oh ! combien le soleil d'Afrique a de sa flamme Bruni votre beauté, fortifié votre âme « Déjà si riche d'autres dons !

Votre retour, madame, est pour nous une fête, Car nous vous retrouvons plus belle et plus parfait. Car en bravant ainsi les flots et le mistral, Deux forces qu'on redoute et que Dieu seul refrène. Vous a\ez complété votre grâce de reine « Par un courage d'amiral. »

Celle à qui j'adressai, — souvenir qui me brise Ce naïf madrigal, Paris nous l'avait prise. El je disais : qui sait quel destin l'y suivra ? l'n soir que je rêvais de cette jeune femme, Le facteur m'aborda. J'ouvris le télégramme. Trois mots : « Morte du choléra ! »

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