‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 52 sur 62 · L.N ANONYME · texte numérisé non relu

L.N ANONYME

Du Judas lâche et vil donc rien ne nous défend ? Donc, il faut au lion le coup de pied de l'àne, Le soufflet de l'orage àl'aigle-roi qui plane, L'outrage de l'esclave à César triomphant ;

La fange éclaboussée à la robe des anges, Au front d'Olympio les dédains insultants, Le ver immonde au cœur des roses du printemps, La bave du reptile au doux nid des mésanges ?

Partout le mal au bien s'incruste , affreux cancer ! Il faut au firmament les sulfureux nuages, Aux flots bleus, recueil traître et les sanglants oaufi Les fauves carnassiers au placide désert ;

Aux pics voisins du ciel les éclats du tonnerre. Au génie inspiré les zoïles haineux ; Il faut le champignon difforme et vénéneux Sous les mousses, au pied du chêne centenaire,

La lubrique ironie à la virginité,

Au Christ martyr, le rire infernal de l'impie !

Ainsi tout don divin, toute grandeur s'expie,

Tout, gloire, honneur, vertu, tout, même la beauté !

Calomnie, haine sourde, ingratitude noire ! Du cèdre du Liban l'obscur chardon jaloux ! La gazelle et l'agneau dévorés par les loups ! De la terre et de l'homme épouvantable histoire !

In virus délétère ainsi s'étend partout. Le monde en jette au ciel sa plainte lamentable, L'homme aime à s'avilir ainsi dans son semblable. Sa langue, ses pensers, sa main gangrènent tout.

0 pauvre humanité : Dieu mit son cœur en elle.

Salan l'a transformée en farouche Babel. Le poignard de Caïn toujours y guette Abel, Toujours saigne à nos fronts la lèpre originelle !

C'est contre les plus grands, les plus purs, les plus forts C'est contre les meilleurs et les plus respectables Que, dans l'ombre, aiguisant ses flèches implacables, L'envie épuise ainsi ses obliques efforts.

Or, si ceux qu'a sacré l'amour des multitudes, De cet amer poison ont dû boire le flot, Ceux qui des biens du ciel n'ont eu qu'un mince lot Seront-ils abrités contre ces turpitudes?

Je suis loin d'être un aigle, un héros, un martyr. Non, nulle fierté sotte a mon cœur ne s'attache. Je suis un travailleur qui, Bdèle à sa tâche. Du nid que Dieu lui fit n'a pas voulu sortir.

Dans mon pauvre berceau qui fut, — dois-je le dire Je n'en veux ni rougir, ni tirer vanité, — Un tiroir de commode. . . orné de vétusté, Dieu généreux daigna cacher une humble lyre.

Qu'ai-je fait, dites-moi, du divin instrument 1 .l'ai, d'une voix qu'aucun mot impur n'a flétrie, J'ai chanté le travail, le devoir, la patrie, La liberté, l'honneur, l'amour, le dévoûment.

Et j'ai prêché d'exemple, et sans crainte j'exhume Mon passé que n'atteint nul blâme et nul affront, Qui mena tour à tour et bien souvent de front Les bras et le cerveau, la truelle et la plume.

Après trente-quatre ans de ce rude métier, Une croix, que je n'ai jamais sollicitée, Une croix que je n'ai même pas souhaitée, Comme une étoile a lui sur mon double chantier.

Et de près ou de loin, amis pauvres ou riches, Tous ont battu des mains, tous m'ont félicité. Et Y ouvrier-poète à cette heure a compté Plus d'applaudissements qu'il n'a fait d'hémistiches.

Et certes, plus confus qu'heureux en ce moment, Cet honneur, dont jamais je ne m'étais cru digne, Je n'ai pas osé même en arborer l'insigne Et j'ai fermé mon âme à tout enivrement.

Cependant, ee concert de louange unanime, Tne voix qui criait bravo, l'aura troublé. Une main qui m'avait d'étreintes accablé, Me lance un pamphlet bête, une insulte anonyme.

L'anonyme, vil masque où d'un visage absent Le crachat du mépris en vain cherche la joue ; Poitrine de carton qu'en vain la balle troue Et derrière laquelle il n'est ni cœur, ni sang !

L'auteur, mal abrité sous cet ignoble voile, A-t-il dans ce haut fait trouvé quelque bonheur? A-t-il frappé son but? Croit-il que de l'honneur On puisse ainsi salir la flamboyante étoile ?

Eh bien non ! L'honneur c'est l'immaculé glacier Que de fouler jamais le chasseur désespère. C'est l'idéal du bien. — La dent de la vipère Jamais n'entamera cet immortel acier.

Oui, c'est signé d'un nom de guerre : Chrisostome, Copié par les doigts d'un enfant; et cela Vous arrive un beau jour par la poste. — El voilà Ce qu'est l'amitié sainte et voilà ce qu'est l'homme !

Pourtant, quelles leçons de dure humilité Nous inflige la mort ! et comme ce squelette De son aile funèbre incessamment soufflette Notre orgueil indomptable. . . et si vite dompté !

Sur celte terre en deuil que de pleurs l'homme arrose, Qu'a-t-il à lui ? son or ? sa santé ? sa maison ? Ses enfants ? — Il n'a rien, pas même sa raison ; Peut-être sa raison moins que toute autre chose.

N'est-ce donc pas le cas d'être humble et fraternel , Et d'aimer le prochain, d'être heureux de sa joie Et de sourire aux fleurs qui poussent sur sa voie, Au lieu de les souiller de venin et de fiel ?

Ne sommes-nous donc pas une assez vaine argile, Notre néant n'est-il donc pas assez profond, Sans que de notre sein Satan ronge le fond, Sans qu'il étouffe en nous la voix de l'Evangile ?

Pauvre ruban ! je l'ai chèrement acheté. Il m'en coûte le deuil de votre main amie, Monsieur, car votre épitre est plus qu'une infamie, Plus qu'une trahison. . . C'est une lâcheté !

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