LES ÉCLAIRS
Pourquoi donc, feux orageux.
Revenir avant l'automne.
Effaroucher les doux jeux Que le doux été nous donne?
Pourquoi troubler nos cieux clairs De vos soudaines lumières ?
Repliez, rouges éclairs.
Vos ailes incendiaires.
Dans les champs, le laboureur, Le matelot, sur les oncles.
Se signent avec terreur Devîint vos clartés profondes.
Effroi de l'enfant des mers Et de l'enfant des chaumières, Repliez, rouges éclairs.
Vos ailes incendiaires.
Que de fois on vous a vus Appeler sur un village La foudre aux bonds imprévus.
Qui court dans votre sillage !
Des cieux par vous entr'ouverls Son vol franchit les barrières.
Repliez, rouges éclairs, Vos ailes incendiaires.
Lorsque vous passez sur nous Comme une brûlante haleine.
Le bœuf lourd tombe à genoux, Et le coursier fend la plaine. L'oiseau perdu dans les airs Fuit vos lueurs meurtrières.
Repliez, rouges éclairs, Vos ailes incendiaires.
Les foudres d'airain qu'hélas î
Nos rivalités inventent ;
Les volcans aux sourds éclats,
Muins que vous nous épouvantent.
Retournez donc aux enfers.
Conjurés par nos prières.
Repliez, rouges éclairs.
Vos ailes incendiaires.
Surtout ne revenez pas Évoquer au front des dômes Ces bruits de voix et de pas Qu'y font, la nuit, les fantômes.
Sur les maux qu'il a soufferts L'homme, alors, clôt ses paupières.
Repliez, rouges éclairs, Vos ailes incendiaires.