‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 31 sur 77 · LUTTE · texte numérisé non relu

LUTTE

0 combat inouï ! lutte désespérée!

Réveille ton courage, ô ma vierge adorée î

De la force ! aujourd'hui qu'un violent amour

Peut, dans un court transport, nous perdre sans retour.

Mes yeux ont secoué sur toi tant d'étincelles,

Qu'ils ont de ta pudeur failli brûler les ailes

Tes baisers dans mon sein ont versé tant de miel

Que l'ivresse y rugit comme la foudre au ciel.

Ah ! pour sortir vainqueur de ce danger suprême.

Il ne fallait rien moins que cet amour lui-même;

Mais l'effort m'a brisé : le sang s'arrête en moi.

Glacé par le plaisir autant que par l'effroi.

0 mon Dieu ! c'est ainsi que le plus fort succombe î

C'est ainsi que l'éclair consume la colombe.

Qu'un voile de fleurs cache un abîme de mort, Qu'une heure d'oubli coûte un siècle de remord ; Que l'amour, dans l'enfer, du haut des deux nous plonge Quand nous osons calmer la soif dont il nous ronge, Et que le bonheur luit à peine sur nos fronts, Que, dans notre néant, foudroyés, nous rentrons.

Oui, ma force est à bout ; veille bien sur la tienne. Afin qu'elle te sauve et qu'elle me soutienne. Qu'elle écarte de nous le désespoir profond Que, le calice bu, la lèvre trouve au fond ; Que les yeux et tes bras contre moi te préservent ; Que, pour des jours exempts de remords, ils réservent Tout ce qu'ils m'ont promis, tout ce que j'attends d'eux. Du courage, aujourd'hui, de la force pour deux.

Page 1