‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 41 sur 96 · LE SOIR · texte numérisé non relu

LE SOIR

Quand l'angle que les cieu\ forment avec les ondes, Semble se rétrécir tandis que le jour fuit ; Quand l'adieu du soleil qui luit sur d'autres mondes Plonge le nôtre dans la nuit ;

Lorsque ses derniers feux, sur les cimes chenues, Bien que déjà la nuit règne dans les vallons, Jettent des flots de pourpre, et rougissent les nues Que promènent les aquilons;

Quand la mer retentit du morne bruit des rames Et que ses flots, tournant autour des noirs éeueils, Semblent, au sein de l'ombre, un vol de blanches àme> Dansant autour de leurs cercueils:

Quand l'univers s'endort dans d'épaisses ténèbres, Que des torrents lointains on dislingue la voix Et qu'on entend, aux monts, les murmures funèbres Que la nuit pousse au fond des bois ;

Oh! n'avez-vous jamais, à cette heure suprême, Marché silencieux près d'un ange qu'on aime ; Contemplé dans ses traits les vertus de son cœur; Ravi dans un baiser, son âme enthousiaste, El lu dans ses regards, pleins d'une flamme chaste. Tout un avenir de bonheur?

Ou bien, sur quelque mont couronné de nuées, Où les foudres du ciel cent fois se sont ruées, N'avez-vous jamais, seul, et le monde à vos pieds, Scruté l'orageux cours de celte pauvre vie, < Ki l'on voit constamment sous le pied de l'envie Les plus beaux fronts humiliés ?

N'avez-vous pas songé qu'en ces ruches humaines, Sous ces milliers de, toits, souvent de tristes scènes. Quand, gorgé du festin, le riche est endormi, Troublaient des nuits d'hiver les heures si tranquille.* N'avez-vous pas songé que, dans les grandes villes. Vous n'aviez pas un seul ami ?

El quand votre pensée est rentrée en \ous-mêine, N'avez-vous pas lancé quelque horrible anathème

Contre ce monde où tout n'est que tristesse et fiel?

Et tandis que vos pas s'égaraient dans les ombres,

N'avez-voos ras senti, comme les brumes sombres,

Vos soupirs monter vers le ciel ?

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