A M. ORTOLAN, A PARIS
— * Le jjoùle maruii «laiis les lionne irs se perd. On va lui décerner bienlut un noneau titre. Il est dans maints procès désigné comme arbi're. Les tribunaux, Monsieur, l'ont choisi pour expert.
Nâiruère, il s'agissait iViin impurtani litige. H a lait le métré de tout un bitimenl, Sondé la qualité du buis et du ciment. Il mesure, il estime. — Il est perdu, vous dis-jc.
* Sa lyre, triste lin, daiis le cole a sombré.
Il prend des avocats Tair, Taccent et le geste. Il va vous demander des leçons de digeste, Un cours de procédure et de papier timbré.
« Yous^ vous êtes. Monsieur, un grand jurisconsulte. Vous êtes magistrat et poète C'est bien. A'ous n'immolez jamais Horace à Justinien. Des Muses et du Droit vous professez le culte.
« Mais lui, le malheureux, le voyez-vous d'ici Do l'arsenal des lois furetant les arcanes. Et, par les noirs huissiers, noyé dans les chicanes? Comprenez-vous ? Dalioz commenté par Poney !
'< Grenouille de la fable, un fol orgueil l'égaré. A quel but vise-t-il quand il règle un débat ? Peut-être aspire-t-il a la loque, au rabat? Peut-être rêvo-t-il l'hermine et la simarre ?
«< Désertant du chantier le maussade séjour. Il ne quittera plus son nouvel entourage. Il fuira désormais ses compagnons d'ouvrage ; Il croira déroger en leur disant bonjour.
« Sauvez-le; hatcz-vous. Monsieur; il se fourvoie.
Qu'un charitable avis le renfle à .son métier Pour délayer la chaux et pétrir le mortier. Vite aux murs, aux cloisons. Monsieur. qu'on le renvoie.
< Une verte semonce, et. . . tirez à boulet. Oue du plâtre et des vers il reprenne la roule. Le monde ne perdrait pas grand'chose, sans doute, Mais, lui. ga^rnera tout à rester ce qu'il est. »
— Cher maître, je conviens des faits qu'on vous dénonce. Je suis expert et juge : Eh bien ! quoi d'étonnant ? .le ne fus jamais plus maçon que maintenant. La truelle à mes doigts ne pèse pas une once.
D'uuvriers à patrons je suis fier d'arbitrer. En mes sentences, tous ont confiance entière. On sait ma compétence en pareille matière Et j'empêche les gens de s'cnlre-déchirer.
Vous savez, ilans Maitrat, cette admirable histoire Du Grand jiif/e, honoré du nom de sa vertu? Nul procès qui ne fut devant lui débattu. Il avait Dieu pour code et les champs pour prétoire.
Ce type me saisit, et je m'étais juré D'être, pour mes pareils, un autre Patience. Il iry faut que du cœur et de la coriscieuce. Cher maître, et sur ce point vous êtes rassuré.
Oui^ les faits sont exacts et tant mieux qu'on en glose. Je suis heureux du Lien que j'accomplis ainsi. Et si la muse en chôme, eh bien î je dis aussi Que la postérité n'y perdra pas grand'chose.