A MATHILDE
Lorsque tu pris ton vol vers ces lointains climats Où le pavillon dort replié sur les mats,
Où le flot cliante sur la grève.
De ton aspect trop tard ta fuite m'a sevré. Car mon cœur qui te pleure, au désespoir livré.
Le jour te voit, la nuit te rêve !
Je j)leare et je n'ai pas encore déserté Le poétique ciel où tu m'as transporté
Parmi les séraphins, tes frères !
Ils me parlent de toi qui les quittas jadis Pour venir transformer la terre en paradis. Et la parfumer de prières.
Ne l'offense donc point maintenant de ces chants. Car ils sont les reflets de tes regards touchants.
Souris plutôt à mon hommage :
L'astre qui fend les cicux, devant sa gloire ouverts. S'offensa- t-il jamais de ce que nos flots verts
Reflètent sa divine image !
Autrefois, quand j'allais du haut de nos rochers
Voir passer les vaisseaux conduits par les nochers,"
La mouette cendrée effleurer le rivage ;
Quand la mer me chantait son opéra sauvage
Et jetait sur les bords l'écume de ses eaux,
— Comme un lion captif ébranle les barreaux
De sa cage de fer et les blanchit d'écume, —
Je m'endormais, enfant, sous ses rideaux de brume.
Et rien ne me semblait encor dans l'univers
Plus doux que le sommeil ni plus beau que les mers.
Plus lard, lorsqu'arriva l'âge où le cœur s'affame
De CCS parfums d'amour dont la fleur est la femme. Vu monde de bonheur, inconnu jusqu'alors, Dcroula devant moi mille nouveaux trésors.
Et je fus embrasé de poétiques flammes, Kt tout prit à mes yeux de magiques couleurs. Et, depuis ce beau jour, j'aime toutes les femmes Parce que le poète aime toutes les fleurs.
Mais parmi tant d'amours qu'en mon sein font éclore Les beautés de la terre et les beautés du ciel, Il en est un plus pur et plus doux que le miel, El c'est de cet amour que mon àme l'adore.
Aux lieux où tu posas ton pied svelte et charmant. Celte âme aux ailes d'or dont l'amour est Taimant,
Yole, fascinée et saisie.
Dieu cacha la splendeur de sa divinité Sous un voile de chair, et loi, sous ta beauté.
Tu nous voiles la Poésie.
Aussi j'encenserai toujours tes doux attraits.
Jamais en moi le temps n'altérera tes traits,
Et lorsque j'irai sur mes grèves Méditer et prier au bruit des flots confus. L'amoureux souvenir d'un bel ange de plus Passera, brillant, dans mes rêves î