AU PEUPLE
Mes frères, il est temps que les haines s'oublient. Que sous un seul drapeau les peuples se rallient ; Le chemin du salut va pour nous s'aplanir ; La grande liberté que l'humanité rêve, (lomme un nouveau soleil, radieuse se lève Sur l'horizon de l'avenir.
Alin que ce soleil de clartés nous inonde. Afin que chaque jour sou feu divin féconde Nos cœurs où l'Eleniel sema la vérité,
]l nous faut acliever l'œuvre que Dieu commence ; Jl faut cjue nos sueurs et notre amour immense Enfantent la fraternité.
Il faut que l'Union entretienne ta flamme, 0 peuple ! Arbore aux yeux de tous son oriflamme. Voilà ton étendarfl, ta seule déité.
Consomme avec la haine un éclatant divorce. Sois uni : l'union te donnera la force, Et la force, la liberté.
La force, l'union, tout s'accomplit par elles. 0 mes frères ! voyez les pauvres hirondelles, Escorte du printemps, revenir vers nos cieux ! Voyez combien d'amour ces doux oiseaux contiennent Pour qu'ainsi sur la mer ensemble ils se soutiennent Quand la tempête fond sur eux?
Qu'importent les éclairs, la hache et les tonnerres A nos grands bois peuplés de chênes centenaires? Sur leurs troncs resserrés se brisent les aulnns ; Et ces vastes forêts, vieilles comme le monde, Défiant des hivers le vent qui les émonde, Reverdissent chaque printemps.
Voyez, quand la mer veut reculer ses rivages : Elle évoque des fiols les escadrons sauvages;
Les flots à son appel accourent le front haut. Sur la sombre falaise ils tombent tous ensemble, Et sous leur choc puissant la chaîne des rocs tremble, Et s'écroule au second assaut.
Voyez encor les fleurs, les pauvres fleurs des plaines : De miel et de parfums leurs corolles sont pleines ; Leur calice vit d'air, de rosée et d'amour. Longtemps sur leur front pur rayonne une auréole. Tandis que toute fleur qui de ses sœurs s'isole, Naît et meurt, flétrie en un jour.
O mes frères, suivons ces sublimes modèles. Unissons nos efTorls comme les hirondelles. Comme les bois, les flots, comme les pauvres fleurs Unissons nos esquifs pour traverser la vie, r.etle orageuse mer où toute Ame est suivie D'un long sillage de douleurs.
nue nos cœurs, éclairés par ces nobles exemples. Adorent l'union et deviennent ses temples. Le peuple vient d'atteindre enfin sa puberté. Les droits qu'on lui ravit sont encore à reprendre, Mais la sainte union est là pour tout nous rendre : Gloire, bonheur et liberté.
Frères î entormons tous Thymne cle la concorde. A nos chants inspirés que toute voix s'accorde. Nos glorieux efforts par Dieu seront bénis. Des plaines du couchant jusqu'à celles de l'aube Mille échos répondront des quatre coins du globe : Soyons unis^ soyons unis !
Oui, répétons ce chant d'une voix unanime ; Plus nous le redirons, plus il sera sublime : Sur les chênes des monts, dans l'ombre des ravins, Le rossignol aimé du ciel, l'oiseau-poète N'a qu'un hymne à chanter, mais plus il le répète. Et plus ses accents sont divins.
Soyons, soyons unis, pour braver nos souffrances î Dieu va réaliser nos saintes espérances : Le sang des opprimés comme un cratère bout. L'union pour cuirasse et les vertus pour glaives. Marchons vers l'avenir où tendent tous nos rêves, Marchons, le triomphe est au bout.