AU CAP SICIER
UN SOIR QUE MÉRY s'i PROMENAIT.
Promontoire aux flancs bruns, dont les vives arêtes S'effilent dans le ciel, et dont les pieds géante. Des monstres de la mer monstrueuses retraites, S'allongent dans les flots, coursiers des océans ;
Chapelle des marins, qui brilles comme un phare Dans nos jours éclatants, et vois dans ton ciel bleu Le tonnerre, sonnant l'infernale fanfare. Mitrailler l'Océan révolté contre Dieu ;
Gazons tout constellés de blanches pâquerettes. Frêles et douces fleurs ! où nos petits enfants, II 13
Pour froisser dans leurs doigts vos fraîches collerettes. Bondissent, gracieux comme de jeunes faons ;
Volcaniques rochers, dont les masses énormes Des chênes, dans leur chute, entraînent les vieux troncs ; Puis, altérant des monts les primitives formes. Agrandissent leurs pieds des débris de leurs fronts ;
Mers aux gouffres profonds où se perdent les sondes, Où la lame s'insurge en hérissant ses crins. Qui jonchez de trésors les rives des deux mondes. Et secouez les monts sous l'effort de vos reins ;
ÎHoir rempart de falaise, infranchissable digue, Oui brisez les fureurs de la foudre et des mers ; Merveilles que le ciel largement nous prodigue, Chantez ! un grand poète écoute vos concerts.
Chante, voix inconnue, ineffable mystère Oui, depuis six mille ans, sous ces abîmes dors ! Pour que sa grande voix les traduise à la terre. Chantez, monts, pins et flots : il note vos accords.
Que la vague, l'oiseau, le rocher et la feuille D'harmonie et d'encens inondent ce séjour. Pour que son noble front en une heure y recueille Toute une éternité de parfums et d'amour.