‹ ŒuvresChapitre 47 sur 72 · SUR LES TOMBES DE LA MIÏIDJEAH · texte numérisé non relu

SUR LES TOMBES DE LA MIÏIDJEAH

Le ioi du jour s'abîaie aux limites du ciel. A ses rayons mourants l'Atlas et le Sahel

Embrasent leur cent belvédères.

La plaine avec les deux à l'horizon se fond. Et l'Arabe attardé dans le chemin profond

Presse le pas des dromadaires.

Las de l'éclat du jour que son front a subi, Le pasteur des tribus regagne sa gourbi Pour y dormir jusqu'à l'aurore :

Et la terre, parée ainsi qu'un reposoir, S'enivre avec bonlicur Je la fraîcheur du soir Qu'elle aspire par chaque pore.

Le palmier, secouant ses fruits de miel et d'or, Incline mollement sa branche où l'oiseau dort

Sous la brise qui le caresse ; Et le vent du désert promène sur les camps Des nuages de flamme, aériens volcans,

Chargés d'amour et de paresse.

Tout sourit et tout aime à cette heure où le jour Nous jette un long a lieu, gage de son retour :

L'oiseau chaote clans la broussaille.

L'étoile luit au ciel, le travailleur s'endort. Et la Création prise d'un saint transport

Jusqu'en ses profondeurs tressaille.

El dans la Mitidjeah le jour qui va finir,

De tous nos frères, morts pour fondei' l'avenir,

Dore les tombes bien-aimées ; Et landis que la nuit étend son voile éjjais, Des paroles d'amour, de pardon et de paix.

Sortent de leurs lèvres fermées.

Autour de ces tombeaux mille sauvaues fli-urs

Qu'arrosèrent longtemps et leur sang et nos pleurs. Rayonnent d'étranges prestiges.

Il semble qu'au milieu de ces champs désolés,

L'espérance et la vie en rayons étoiles S'épanouissent sur leurs tiges.

La nature amoureuse épanche dans les airs. Pour guérir les fléaux qu'exhalent les déserts,

La sève au sein de Dieu ravie.

Il semble que, pour mieux braver leurs assassins, Du fond de leurs tombeaux tous ces cadavres saints

Pour la mort leur rendent la vie.

Ainsi î)ar le parfum de ces royales fleurs.

Par leurs sucs bienfaisants où souvent nos douleurs

Puisent de souverains dictâmes.

Dieu, le seul dieu de tous, sous ces cieux éclatants. Entre les fils du Christ et les Mahométans,

Accomplit un échange d'àmes.

(loîons morts en creusant le sillon nourricier. Héros que mutila l'yatagan d'acier, Cadavres glorieux qui doimez dans ces plaines Cliriudes des feux du jour et du fang de \os vfjines,

Ombres de nos amis, sortez Je vos tomLeaux î Venez voir, aux clartés des célesies flambeauX;, S'élever dans la plaine où la sève fermente. L'œuvre de ravenir que voire sang cimente.

Regardez Boufifarick, cette ville au berceau î Trois mille peupliers disposés en faisceau, Aux mortelles chaleurs que l'Algérie endure. Opposent un rempart d'ombrage et de verdure. Les ruisseaux abondants qui descendent des monts Arrosent à ses pieds les fleurs que nous aimons, El pour ses habitants ont commencé de naître Des jours trop mérités de calme et de bien-être.

Voyez Blidali, plus loin ! Elle nous coûte, hélas î Plus d'hommes qu'il n'a lui de printemps sur l'Atlas ; Mais déjà nos moissons couvrent ses flancs arides ; Elle a vu refleurir ses vertes Hespérides ; D'élégantes maisons que Paris envirait Remplacent dans son sein l'antique minaret ; Leurs murs, que baptisa la sueur prolétaire. Sont bien enracinés dans les flancs de la terre Et peuvent déucr les bonds sourds et fréquents Qu'impriment à ce sol d'invisibles volcans.

Revenez explorer la plaine autrefois nue ; Ici, c'est un clocher qui dentelé la nue ;

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Là-bas, c'est un hameau que révèlent au loin

Les cris des blonds enfants, la saine odeur du foin ;

Ce sont des grands chemins où les locomotives.

Pour la prospérité des ci 'es inactives

De la mer à l'Atlas voteront dons vingt ans ;

Puis enfin, sous les fleurs, éloi'es du printemps.

Ce sont les blancs tombeaux dont lanuU vous renferme

Et que nous vénérons, car l'avenir y germe ;

Car le sang qu'en ces lieux vous avez répandu,

Sans fruit pour vos enfants ne peut être perdu ;

Car le peuple, touché de votre beau martyre,

Cède au cri de ce sang qui près de vous l'ai tire.

Oh ! qu'il vienne, le peuple, et que ses bras brunis

Imposent la culture aux marais assainis.

Pour les travaux géants ses forces sont nubdes.

Ces ondes dont les flots croupissent immobiles,

En sillonnant ce sol altéré par l'tUé

Y porteront la vie et la fécondité.

Qu'il vienne, Dieu le veut ! Dans celle plaine vierge.

Aucun fruit n'a mûri. La sève la submerge.

Tout dit qu'elle est féconde et que ses j)remicrs blés

Par six mille ans de sève y seront centuplés.

Qu'il vienne, et qu'abjurant des craintes puériles

Il ose retremper dans les veines viriles

De ce peuple indompté que l'Afrique a nourri. Son sang par la misère et le froid appauvri. Et l'on verra jaillir de l'hymen des deux races Des générations robustes et vlvaces Qui, premiers rejetons de la grande unité, Resplendiront de foi, de force et de beauté.

Oh ! que les parias qui n'ont point de patrie ;

Que tous les malheureux dont la vie est flétrie

Par le manque de paiii, de travail et d'amour ;

Que tous ceux dont l'essor est brisé sans retour ;

Que ceux dont nous avons méconnu le génie.

Qui traînent dans le deuil leur tristesse infinie.

Qu'ils viennent ici tous, et tous y trouveront

Du travail pour leu'^s bras, de l'ombre pour leur front.

La voix de l'avenir dans ces vastes domaines Appelle le trop plein des familles humaines. Lacunes du désert, ceux qui vous peupleront D'espace et de soleil jamais ne manqueront ! Car depuis quatorze ans, par nos efforts célèbres. De ce monde inconnu nous c!iassons les ténèbres ; Car à ses froids bis ers comme à ses chauds étés, Nos vaillants laboureurs se sent acclimatés ; Carde belles cités, fruits de travaux prospères. Ont de la Barbarie effacé les repaires. Et des derniers combats le succès solennel Nous prouve que ce sol est pour nous éternel.

Ces Liens ii)allendus dont le ciel nous inonJe, Ombres de nos amis, voire sang les féconde. La France est reihc ici : les vaillantes tribus Déposent dans ses mains leurs armes, leurs tributs. Vous voulez^ n'est-ce pas, que leur baine se brise Et qu'avec ces tributs la France fraternise? Vous voulez que la paix, dans le môme sentier, Réunisse aujourd'lmi le genre bumain entier? Regardez, auN. lueurs des premières étoiles, A riiorizon des mers poindre ces biancbes voiles ! C'est la France qui vient déposer sur ces bords. Pour atteindre ce but, ses fils et ses trésors. Ecoutez, écoutez ces cbants, ces bruits de fêles. . . Ombres de nos amis, vous serez satisfaites ; Le radieux soleil qui s'est coucbé ce soir Demain, en renaissant, comblera votre espoir !

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