INFLUENCE DU TABAC SUR MA POÉSIE
Lorsque je veux philosopher, Ma pipe me fournit de fécondes images ; Et je me perds dans des nuages, Où d'autres pourraient étouffer.
Quand j'improvise des bluetles, Comme il ne faut alors qu'effleurer le sujet, Elles sortent, en un seul jet, De mes piquantes cigarettes.
Quand je peins les rocs de granit, La mer qui les étroint, le soleil et la brume. C'est le cigare que j'allume, Et la pièce avec lui finit.
Ainsi le labac s'associe A tout ce que je fais, et dès qu'une douleur Glace mon esprit, sa chaleur Ranime encor ma poésie.
Quand l'hiver ramène les froids, La pipe, dont mes yeux suivent les flots magiques, A pour moi des douceurs physiques :
J'y chauffe ma bouche et mes doigts.
Quand le. tabac de la Havane M'entoure de ses flots, je crois voir dans les airs Le Nouveau-Monde et ses déserts, Et les serpents de la savane. ]
En fumant celui du Levant, Je vois des minarets, chevelures des villes, Qui, fatigués d'être immobiles.
Se balancent au gré du vent.
Malte, la Corse, l'Algérie, Viennent se dessiner à travers ces flots bruns, Et je respire leurs parfums Dans ceux de ma pipe chérie.
Ainsi, contemplant tour à tour Les différents pays qui s'offrent à ma vue,
Je passe le monde en revue
Sans voyager, et dans un jour ! . . .
Oh î je voudrais, ma vieille pipe, Fondre dans ton creuset toutes mes passions, Et saisir ces illusions Que ta vapeur crée et dissipe . .
Mais, hélas ! comme les flots bleus Les songes de bonheur n'ont qu'un cours éphémère Une moitié tombe en poussière, Et l'autre s'enfuit dans les cieux !