‹ Œuvres choises de BalzacChapitre 18 sur 38 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

ses meilleurs amis, à table , en conversation, dans l'église, et jusqô'aQpied ées autëlS. les ridicules subtilités étoîent proposées par fui sérieusement et avec une gravité de consul romain. Tantôt il vouloit prouver que la neige étoit noire, quelquefois que le feu n'étoit pas chaud , et souvent ({{te Mm père arvoit ëès copns» « et ^pm sa jnère â'^orv de la hkthe. Fùus ^«js^,: Lenr disoîMl, ce qUtévous h^à^i^paipé^}vàusnSxamafc6$p^Brdà dé^ cornes ùuâela ba^ef 'ùcais ^jaMès donc,

Aprèâ âvbir épotïV^nté ^ t^esi termëâ captieux deux p^r^mieâ dimpfee, qm ks firchoietïff pbvr des' enchàtfterÂéi!i^ ôtt^ pùnr dès prodiges, il (ai Biïè lé poii^t d^ chat^gHt' dé WÈOin et de p%e$ cï de ^è feire dèseétid^è^d^AM^ette^nligne directe. Au ràoittë lui' séinbiai>-t*il ^'il ]»épitDit de pxrcâtre ëti un éièclë pltis habile ^ue U tràkrb , piansr aroirj dié phis digne^ afd^ifateur^, et qu^il deVoîl Botîià d'ailé tkcé plus ^vani^ que h:6ieiine , afin qci'oi vît que la nature n'avoit pu venir à lui que pa à<â tong onfee d« grsfidcte pérdèfanagses.

Celiie tioiilesse lai ihatupatnt, et mal dés ttlôditimodités diMhesliqués, il se rôtdtt y isttoité de âdn coorage, contre Finjasitce am destin* Il né oéda jàmatô à là ntttxr iK^Uâ^ ; et dé ^edcfoe disgrâce ^ue le tnon lé inàttiËiiSt ^ il conserva toofours la fierté qu' âvoifc appalt^ dé VéoéAcé, Dans le. bdt%e où

(»95) étoil logé, U ne patloii que de P empire naturel (hùsage, cpikcde lasoiM^erminâtédelaméson^ €pm de la toat^pmssanee du syliogisme. Avec teb et semblables mots, qu'il- proférok d'ua \xm de commandemeiily il veptocha ftourent àson père nionnfior qu'il hii Êûaoit d'être sud ^fib. Il crut avoir droit de mé{>risertau|ela £uii^pi»terÉielie, et dil; €!n »oiipiran1^\ que la Maeédoime éunt un trop petà royawne pour Alextmdref^

Soa pauvre ee^it ^ qàe le latiii g&tat^ et que le grec acheva de perdre ^ ne se raco^oHimodà pas, comnitt tous voyeat^ dans la logiqve. Ge fiit dlle qui le flBik au nonabi^ des incturabèesy et luat^ d*e^érance de tant salut EHôe entra dans sa tâte par la brèche , et \k irenversa du pceimeB dSSdvt ^ et de sessimples fHTcdiégQinèaes.fiepiU8 eatEBopslà^ il n'a employé l'art de raisonner ^ttk (défendre sft Cdiie, et né s'est aevVi des l'usant djs^ la parole f|iie poui^ n^édre ezstendo de\|>e])S0n»e« Eb qaoâ il a si. heureusenent iféus^4icp]('anîiyut'4 d'hui il n'est pas-mbins connapaiFikioiinfuâion et les témebreB de^son «sprit, que pbp Ifédët et l'enhiminure de son visagéi, que par œi' pcxid de neK, et pasr un^ a«ne et densb-de^liari^è; .* ; Qaelle eanfusicm, beoa'lpieai^-til quelles] t)én&p 'es! Vous awiB oui pbrlcrtdbG det<^ii»»'iu(dejrt idigeafte qui précéda la^dîspf siiâoBr^elt J» beauté choses que nous vbipBns : :voiià J'iimige» .^e

Tesprit et de là doctrine du barbon. Il y a moins de différence entre le chaos et le monde, qu'entre la manière dont il sçait et celle dont il faut sçavqir. li a de quoi alléguer mal à propos cinquante ans durant. Madame Desloges disoit de lui^ que c'étoit une bête qu'on auoit chargée de tout le bagage de V antiquité. Pour moi, qui ne lui veux pas dire des injures, si j'avois à faire sa définition , je dirois que c'est une bibliothèque reni^ersée et beaucoup pbis en désordre que celle dun homme qui déménage.

.La belle chose que ce seroit^ si on avoit trépané cette grosse téte^ et qu'on en pût découvrir les raretés par une seconde brèche ; la première, à mon. avis., devant être maintenant fermée! On y verroit une guerre intestine et perpétuelle ^ un tumulte et une sédition , qui n'est pas imaginable , de langues , de dialectes , d'arts , de sciences/etc. Là dedans le punique heurte le persan; l'hébreu choque l'arabique , pour ne point parler de la* mauvaise intelligence du latin avec le gre Là 'dedans les vers cpmbattent la prose, la tr; dition s'oppose à l'histoire , les fables étouffeo| la vérité. Là dedans les rabins querellent les philosophes, les philosophes se brouillent ense ble,4^ physique incomniode la morale ; les autre connotssancés se pressent et s'embarrassent elles veulent toutes sortir à la fois.

Tout se souille, tout se corrompt dans cette tête : il appelle néanmoins cette tête le Capitale de Pmtelligenc€j et V Acrocorinthe de la doctrine^ quoiqu'il fut mieux de l'appeier, en termes plus simples, régoût de V université y et le bourbier où tombent lés livres. Platon, Aristote et saint Augustin, aussi-bien que les autres, y sont chus malheureusement, et ne sont pas reconnoissables quand il les en^ tire. Il ne leur reste rien de leur première figure. Ce lieu est si contagieux et si dangereusement infecté , que les saines opinions y deviennent hérésies, pour peu de séjour qu'elles y fassent.

Personne pourtant ne peut l'accuser d'être hérétique , parce que personne ne peut distinguer, en ce qu'il dit, l'affirmative d'avec la négative : elles sont si proches l'une de Fautre, et le pour est tellement mêlé avec le contre^ qu'ils n'ont pu jusques à présent être séparés. Ainsi il n'y a rien qui n'ait son usage , et à quelque chose le mal est bon. Sa concision défie la Sorbonne et les jésuites de le pouvoir convaincre d'erreur : elle est cause que ses mauvais dogmes ne craignent point les inquisiteurs de la foi, et qu'ils passent au-dessus du tribunal du saiiit office. Par là son esprit ne reconnoit de juridiction que celle du Ciel , et relève immédiatement de Dieu. Il ne sçauroit

étoe jugé que par celui qnia défcrouaié la masse piieoQÎère, et q«i est le scxtntateur des coeurs, li liiie doDC le joKHie ^^aatase du mtide clarté

sé€s. Il n'y a point d« aïoyexi d'.attoqper sm in* temtien danfi ses dbcours. Qa\(m les pauraiive tadot qu'on voudra, il est assuré de sa iiefcraifee; ii se Mii^e parmi les téfièbres , il échappe à ia &•* veurdè la «lit.

M9M il laul; bien s'empecker de éaixie de comparaison. (Qnerpersonae ne an'aUegue le poéûdeot qui a fait une hngue pour son usage fiarticaiier, ni l'ambassadeur qui en a corrompu tDok «dans les harangues qu'il m'a montisées. & homme du inonde. a le don d'obsomâlë, avouons que c^'est celui-fci. Il dit ^ui^neme de hiHKnéine (fu'il n^ ni de pareil ni de second , nan plus içue la ville éternellfi, la déesse de l'univers , la Rome de MoEtial: et je dis, poiH* r«x|diqaer, q»e quoique le ^sftdent et l'ambassadeur, en quelque autre iM quWm lies puisse metitre^ scâetut çlus ^éoâ^T.^^ (ffje h Tartave , ak paroitroirt ^hts lummeuK qi^ le CieL, ils (deviendront idni»>leils sriièt'^'oD les 4ipfiradbera du î)arbûn.

•Que ai de fortune A se tx&avmt quoique mW barbon dans les collèges de France ésm sur les théâtres d'Italie, il faudroit de nécessité «qu'il «ût eu communication avec le nôtre. Il seroit obligé,

s'il «e voulut )>aâser pour iof^nl, 4e le vecon* novtr€y€|t pour le chef de son onitre>«t pouviFidée de $(» ^o^pieiioe. La gloire d^suroir icommeiucé ne i«H peut ^tre disputée par qui que ce sait. Il est l'ongmal du plus ^angejargeD qu'ôa ait ouï sur k tenpe 'depuis <{u'il y a 4es tances d âes oreilles ;U est le premier dans le monde^i a ea^ trepris de parler en G^iif&e; et son fraïu^is mâme, je idis celui de sa cob v^rsatioD ordinaire , ne 4sçau<roit être eiil^ndu en France, sans être H^aduit et commenté.

Qui le. croira néanmoins? Après tout cela, ii écrit mçins daârement qu'à ne parle; mais en voici, ce «sie semble, la raison: c'est que le soin sjo^ie toujours au naturel, et qu'il y aides deg^ pour arriver à la perfection des dioses. Ne pou^ vant être clair que par hasard , et quand il n'a pas loisir , de se l>arbo%iiUer, le texpps qu'ilprejnd pour écrire, et l'art qu'il emploie en émvant, ne Im laissent pas ceUe liberté ; son étude ^^pais^t laifii^ mée et les nuages de son esprit ; la pro£onde iméditation ne iait que lui creuser des abîmes dans lesquels il se perd en composant, et de tdle sorte que, dès la première ligne, il n'est plus possible de le trouver.

G est ici «son fort et ^'endroit fatal où ii presud de nouveaux avantages sur **, où l'obscurité se retranche pour la dernière fois, se mroque de nos

vaines eiitrepri8e&^ regarde avec mépris IHndastrie, le travttl, la. persévéraoce de l'esprit humain, qui la veut forcer. C'est ici qù, plus particulièrement qu'ailleurs, et du commun consentement de tous les sçavans, il ia mérité le nom d^incomprébensible. Ici le texte est armé contre la violence de toutes les gloses , çt la pensée de l'auteurx est à l'épreuve de toutes les conjectures des lecteurs. Notre incomparable Saumaise , qui se joue des gryphes et des énigmes, qui ne trouva jamais de lieu difficile, en quelque part de la république des lettres qu'il ait mis le pied , qui a fait des chemins dans les précipices, qui a pénétré partout, s'arréteroit ici, sans espérance de passer outre. Lui qui sçait les secrets de Lycophron et de Perse, avoueroit que cet homme est beaucoup plus couvert et plus dissimulé«qu'eux; . qu'il n'y a point de gène dans la critique qui lui puisse faire dire ce qu'il pense ; que pour deviner le galimathias de son livre , il faut des magiciens et non p^s des interprètes.

Toutefois, de quelque avis que soit là-dessus notre incomparable, ne condamnons pas absolument la manière d'écrire du docteur. En cea il peut faillir avec raison, et se tromper sur de bons principes. A cause que les embûches qiû paroissent ne font point d'effet , et que l'art défend de découvrir l'art , ne voudroit-il point le

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cacher de telle façon qu'il n'y eût pas moyen de l'apercevoir? Et parce que le noir, l'ombre et les ténèbres ont je ne sçais quoi de vénérable qui saisit les esprits d'une horreur religieuse et d'une crainte de dévotion , n'auroit-il point choisi tout exprès robscurité , pour être la dépositaire de ses mystères?

Il croit peut-être que ce n'est pas assez à un homme extraordinaire, comme il est, d'imiter les anciens orateurs oi^ les anciens Pères; il monte bien plus haut, et se propose bien une antiquité plus éloignée. Il forme son style sur celui des sybilles et des prophètes. C'est pourquoi, quand il est impossible de tirer de sens littéral de ses écrits, et quand le sens moral même ne s'y peut accommoder et ne leur donne aucune lumière, ayons recours à l'allégorie, qui ne manque jamais au besoin , et ne refuse son assistance à personne ; mais s'il est le seul qui soit abandonné d'une si charitable figure : en ce cas-là , le dernier remède des mauvaises fables et de la poé- .fiie déplorée , lui étant inutilement appliqué, tout ce que peuvent faàre ses amis pour sauver l'honneur de ses paroles , c'est de prier le monde de croire que son intention a été bonne, et que....

Il fit un jour un effort pour parler comme les autres hommes. Il voulut s'accommoder à notre commune intelligence , et bégayer, à ce ,

qu'il disoit , avec ses en&nft. <je fiit dans mit harangue qu'il composa peur le juge 4e la ville où il étott, à l'enlrée qu'y devcMt fiiire le gouverneur de la pro^nce. Xja pièce se trofitê de l'édition de Troye , jouxte ia copie imprioEiëe i Chaumont en Bassigni, et j'en ai dboisi le plus raisonnable article pour contenter. la euriosité des beaux esprits.

Après s'être égaré dès le premier pas , et avoir couru à travers champs d'ma coté et d'autre , H se jette' enfin à coips per^ki sm* les affîdres d'Etat^ dont il n'étoit point q[ues€îon dans ia harangue de M. le j^ge. Il dit que ^ depuis que le temple » de Janus a été ouvert par ie xnéi^éere cbevela »qui menaça le genre liumain i'ai]knée 1*619,00 »a 1^ 4es iliades de maus: et des oataoijismes de 3»aang, non moins es Gaules qu'en <]i(ermanie; i>que le grand Dapifer de sa majesté jCésarée se y> iât bien pas^ 4e remuer cette dangereuse ca- » marine de ia couronne 4e B^béme; que^ ^RS )> ce (mauvais conseil qui lui lut donné par le doc* » teur des Ardennes , nos jours fieroient encore 00 des jours halcyoniens , et leavcolonibes niche- » roient encore dans les casques deç gendarmes, » consune elles ^siisoient sous Fempipe fortune »de ilenrimagne ; qu'il ne fout pas pourtant dé- *sespérer de la chose publique chrétienne, ni ^ «plaindre devant le temps, que notre ffion »

vété, et 4pkç Aous iumes Ti'oyens ; que les so* iJ^iUde toutes les jouraées ne sont pas couchés; »(|M'il m>u» f^este quelqi^e rayon de bonne espé^ ^vmo^^im fom mieux dire q^ueique fevorable ^negiirdi de<CAt^ ^^îupf^hle déesse , qqi demeura »a« iioyiid de }a boite de Pmadore ; qu'il' sçait de >hoimi^ f$Tt f et «qu'uri iaterppète des dieyx l'en >a asHvéj vfu'il 6e va iorm^ dans le ctel u^e >£(MQJoQotion fde certains autres bénins, qui doi- ^^^ zpîtiger la rîgueujr de toutes les étoiles ^fi^aisantes et fléchir ^ cœur de iq»s les^Mcip* H)es irrité» ; qu'à l'aviepir J^s i^andes piuissAnces >&eroQl justes let les petites seront modestes ; et >pour commencer par le JK^ule d'Austrasie et 'par le Tétrarque des AUalHroges , qu'ils se con- 'tiendroQt dans les bornes de leurs États, au lieu 'de se perdre dans l'infinité de leuns pensées ; >)ue l'un et l'autre A(e se fiera plus ^ux pro^iQesses des ^nétbUaques ; que l'im et l'autre <Joutera.de l'omn^t^ape duxoi catholique; sue l'un et l'a^Mre observera oomUer la majesté ^ roi jtrès-qfcfféti^. ... « U ^pelle cela descendre du - ciel en terre ^ ^>^.saus wie forme humaine, s'apprivoiser ^^ les pauvres mortels. Il ^arle ainsi quand il ^ut parler populairement; et il est certain qu'il fi s'est pu encore résoudre à dire le duc ni la ^hesse , beaucoup moins la Lorrmne m la Sa-

voie. Il sent en ùes mots je ne sçais qiielfe amei* tume de nouveauté cju'il ne peut goûter, et quC] les siècles n'ont pu corriger. L'usage ne les a pas assez mûris pour la bouche du barbon.

Il n'y a point de nom propre connu , de ville, de province, de peuple qu'il ne traite de la sorte. Il ne sçauroit souffrir les Flamands ni les Hollandois; il ne les reçoit dans son commerce que sous la bannière de la vieille Rome , et en qualité de Belges et de Bataves. Il voudroit changer de cette façon tous nos alliés et tous nos voisins; U s'opiniâtre même pour l'Hespérie contre HtaJ lie , et pour l'Albula contre le Tibre ; il ne connoît ni la Sicile ni Constantinople. L'une est toujours Trinacrie pour lui , et l'autre toujours Bysance.

Je vous laisse à penser si un homme de celW humeur date ses lettres du premier et du ving^ tième du mois, ou bien des calendes et des ides. Peu s'en faut qu'en pareilles occasions il ne renonce tout-à-fait au style chrétien , et que dans les actes publics, si on lui en présente quelqu'un à signer, il ne fasse mettre Jbt fondation de la ville au lieu de Fenfantement de la Vierge. Il compte son âge quelquefois par lustres et quelquefois par olympiades. Il suppute son argent tantôt par sesterces romains, tantôt par drachmes , et tantôt par mines attiques; mais

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tout cela ea fort petit nombre , à cause du malheur du temps , ennemi juré de la vertu;. car si elle étoit reconnue comme auK siècles héroïques, il recevroit plus de talens de la justice des prin-, ces, qu'il ne tire de drachmes de la médiocrité de son revenu.

Cette maladie , qu'il prit au collège, et dans laquelle il a vieilli , n'altère pas seulement la pureté de sa langue naturelle ; elle passe plus avant, et se communique à ses autres actions. Il est .si amateur de toute sorte d'antiquité, qu'il ne porte jamais d'habillement neuf; il a sur sa robe d:e la graisse du dernier siècle , et des crottes du règne dç J^r^nçois P'. On tient qu'elle fut autriqfois à Laurens Valle , qui la légua par testament i Cœlius Rodiginus , et le barbon n'en est que le quatorzième possesseur : mais il n'a garde de la nettoyer jamais, de peur d'effacer ces titres et <} être injurieux à l'antiquité , dont il croit qu'il aut conserver religieusement les moindres ino- Dumens et les moindres marques.

La lampe du philosophe Epietète et le bâton BU Peregrin de Lucien ne se trouvant plus dans la nature des. choses , xie peuvent plus être Tob- P- de sa passion. Ce seroient aujourd'hui des souhaits perdus : il vàudroit autant chercher le **^ du phénix où la pierçe philosophale ; mais }ûe ne baillwoit*il des p^Qtoufles de Turnèbe ,

des' tun^tle» d'Érasme , du bonnel cm^é de Ramus, de Téctitôirè de Lipsc ; s'il y aifoit flioyen dé trouver de si rares pièces dafts k* ca6i»et (fe quelque curieux , qui Peu voulue aceotmïHMfer à jjrix raisonnable ?

L'histoire lui a appris que la femm^ de Cicérôô parviùt à uiie extrême vieillesse , et (ju'un galant homme du siècle suivant fut amoureux de ses rides et lui offrit son serviee, g'iriaaginant qu'une si belle passioti l«i porteroil bcmhcur dans le dessein qu'il avoit d'être -éloqtient II tf est point de bonne fortune qu'il eftvie à l'égal de celle-là ; et combien de fois a-t-îil soupiré pour uiie Tèrentia ou pour une TuHi» ; mk% bien da* vantage pour une Papytia ou pour ttflè^ Scribo nia , à cause du papier et de ré€t4eorè?Çâr, qooiqu^il aime l'éloqttence et qrfil 6simt6 Ckéron , et la femme et la fille de CieérOfii ^ il aitiie et estime encore pk» les allumons et les étymologies.

Ayant recherché inutilement l'alliance des anciens Romains, doitt le saiig est ^i c^mfonduaTec cèh^ des bsÈTbares , qu'il n'y guroit iâmàt si aisé que de se mépreôdre, e» prenant une Gothe potir une Romaine , il se ravisa à la fiû , et eut i»e af«tre pensée qui hii potftvoit plu* ÉKSilement réussit, n voulut ...

Pour épouser é&^c cette délèbr^, oe«te ^^^ de répixtàtion el ëoftertiè de totit lepetipte, 3

se réaoiut de Taller ehoisir au ménie lieu où Jos< linien et Bélisair^ choisirent les Wiws» S'il n'eût lu noQvelleifte&t l'histoûre médîsaiite de Pfo* o(^e^ U manuscnt de laquelle lui avoji été prêté par le seîglieur AUemaai, je ne erois pas <|u'il- se fôt avisé de lui-aieisie d'une si eoui'ageuse luo-^ bon. Mt'is n'ajrant irierï tl^ouvé de tnkux daAf toiÉe rhistoire €fa%, ce graud asemple de ces deojiL gorandsr hommes ^ il- )e saâ: à part pour son usage particulier! J'allégucriEii > diinil^ , les autres passages du maitiisfarit ; maii jie veoic ilaiterj ce^ lui-ci piar la plusc «lobile iHîUïièffe d'imitittiott , et c'est amai qu'il finît Ik^e tes bous livs^s.

En ccftte jenûMÉre:^ néaiKitooim ^il oe reçut fns de ^ ckojieBs l'approbation^ etides apfAandissemem qil'ièen espéroit. L^ pareimères. journées de son mariage furent troublées par le btruit des vahidevilies. I>ifti^ttt. quel^uesl nuits il se fit p^i désordre deraut I9 porte de son logis i on y érigea des tne^dtée» de ce^rnes.; e^ plOs d'waé V^scfaiBade efa^an. attadia au derrièiie de sa cdbe, bi reprocha l'expérfaenoe et la r^ulati^n d^ sa femiae. Cette disg^'àce loi défdufc wa pe^ ; mais ^ son ordiciarâ^e il se fortifia bientôt de ecms- (ftBde coBftre les xnauvais siiceè^^ Soulfrànt- a^ee bphilosophieyqEii étoit ofiensée en sa personne, d se eoosdla aussi aVee elle. Pai^e qpoe ce n'est P^^ dire des mjuresA kumeft* et aut rivières , au

soleil et aux étoiles , de dire que ce sont des biens communs et destinés à l'usage '^de tout le monde, il crut d'abord que Xattlq)pe pouvoit être publique sans étref déshonorée. Il crut ensuite que c'étoit quelque chose de- phis mémorable et plus digne de l'histoire de ùire une femme de bien que de k trouver ; qu'un coup de hasard et un présent de )a fortune étoiect beaucoup moins à estimer qa'un ouvrage de la raison et une acquisition de la vertu; il crut enfin , s'étant confirmé en sa première opinion par un long examen 4le la chose contestée, (jp^ Justinien, Bélisaire et lui avoient fait xme action héroïque, et que d'avoir triomphé des Vandales et des Goths , d'avoir traîné des rois csqiitifs dans

les rues de Constantinople , n'éiûit point une si ' belle chose que d'avoir vaincu l'opinion du monde , que de s'être élevé au*-dessus de la coutume , que d'avoir mis sous les pieds la mauvaise honte. De sorte que se eomptaxit pour le troisième brave, de cette nature , et glorieux d'une ci illustre Société, il n'ordonna pas seulement qu'on chanteroit à ses noces Thalassio etHjmenj 6 Hymens! pour ne pas perdre les bonnes coutumes de la vieille Rome ; m^ais dé plus , durant la [M*emière année dé son mariage ^ il ne coucha jamais avec sa femme , qu'il ne fit crier par son valet et qu'il ne criât lui-^méme, se mettant au

( ao9 ) lit : lo triumphe^ io pœan , magno^ pio, felici et tmmphatori semper Augusto.

De ce mariage sont venues deux filles, qui furent nommées au baptême Marthe et Geneviève. Mais en dépit de son curé et de leurs marraines , il leur a changé de nom. Marthe s'appelle présentement Corinna , et G^eneviève s'appelle Sapho. Il ne trouva pas les deux premiers Boms ni assez rares ni assez anciens pour la postérité de l'homme extraordinaire, de l'unique héritier de l'antiquité, de. . . Il répondit au curé, qui se scandalisoit de l'innovation , et aux marraines qui se plaignoient du mépris , que les productions des grands auteurs dévoient être bien intitulées ; que

U avoil eu quelque temps auparavant une semblable fantaisie pour 'le nom de sa femme Nicole , à qui il donna celui de Xantippe. Mais il changea encore celui-ci en changeant d'inclination , et quand il voulut passer de la philosophie morale à la philosophie naturelle. Lés at- ^ts , comme il disoit , de cette belle physique ayant charmé son esprit , il lui prit envie de péïiétrer plus avant dans la nature , et de s'ériger en médecin. Et après avoir fait une revue générale de tous les beaux noms qui se trouvent dans les poètes amoureux , pour en choisir un à la femme de celui qui seroit le ressusciteur des

morts (c'ei^t été trop peu de dire le gaérisseur des malades), il crut qu'il s^e de voit arrêter à k Délia de Tibulle ou à la Cynthia de Properce, à cause du dieu de la mjédecine , dont il s'imagina qu'elles étoient sœurs , ou pour le moins cousines-germaines. Toutefois il fut encore inconstiai^t en cette occasion : il lui vint une seconde pensée qui corrigea la première. Tout bien considéré^ le nom de Glycère lui sembla digne d'être préféré aux autres noms. Il se persuada qu'il lui étoit envoyé immédiatement du Ciel; qu'il seroit b^reus^ et de bon augure à sa nouvelle profession ; qu'il enrichiroit sa pauvre famille; qu'il... Mais pourquoi, à votre avis 'ipqrcequen France Glycère rime à clystère^ et qu'il avpit observe que de tout tej;nps en France la rime avoit plus de crédit que la raison, etc.

Sa barbe est si large , si épaisse , et d!une longueur si démesurée , que si on y avoit rais le feu cela s'appelleroit un embrasement, et celui qui

auroit fait le coup , se pourroit nommer un iflcendiaire. G'e&t la chère et la bi.en-aimée partie de son corps. Il se ^feroit plutôt couper une jambe et aimeroit mieux être estropié que de soufirir qu'on en rognât seulement les extrémités. S» manquoit de cette pièce , il ne croiroit pas être homme achevé ; car toujours , dans la définition de l'homme, il ajoute barbu à raisonnable. Il croi-

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roil avoir changé de sexe s'il s^étoit accommodé a la mode ; et comme F A,tis de Catulle , après qu'il se fut taillé pour plaire à la déesse Cybèle , il se plaindroit par un galliambe ( ce ne seroit pas assez par une élégie), ou d'être devenu femme, ou de n'être plus qu'une partie de soi-même.

Ego Mœnas, ego meipars, ego virsterilis ero.

Il dit qu'il en est des barbes comme des oraisons de Démosthène , et que la plus longue est la meilleure ; que les œnobarhi de l^ome , les bar^ ^flr/ de Venise et les harharini de Florence, ont été l'essai et l'apprentissage de la nature , avant que d'entreprendre le grand barbon j, avant que

de venir à ce chef-d'œuvre de Il dit encore

que ce n'est , ni par le clin de ses yeux , ni par le mouvement de ses sourcils ^ mais par le branle de sa seule barbe que Jupiter fait trembler l'Olympe, et donne de lapeiir aux dieux et aux demidieux; qu'il n*est rien de plus .certain que cela, quand Homère , Virgile et les autres poètes ne k voudroient pas ; qu'il a appris cette vérité historique d'une hymne d'Orphée et d'une ode de Linus, comme c'est (le la traduction d'un de ses disciples que nous avons appris tout ce que nous avons dit et touf ce que nous dirons d'intelligible de lui. Il dit de plus , passant de l'histoire à la Dîorale, et toujours sur le sujet de sa biën-aimée, qu'en la personne du sage la frugalité se sçait

accorder avec la magnificence; et par conséquent qne comme les festins qu'il fiait doivent être ii viandes non achetées , il faut aussi que les orne mens dont il se pare soient pris sur son propre fonds , sans qu'il y ait rien d'emprunté ni d'étraa ger, etc.

Ayant "été convié à des fiançailles, après que le contrat fut passé et que les confitiu^s furent présentées , il demanda audience à la compagnie, et entreprit un long discours à la louange de la virginité ; mais il s'enfonça si avant dans ce discours, que de la recommandation du célibat , où l'on pensoit qu'il dût s'arrêter, il passa jusqu'à la condamnation du mariage. Il n'oublia rien de ce qu'Euripide a écrit contre h femmes mariées , et le prononça plus tragiquement que s'il eût voulu représenter Hippolyte. Il laissa bien loin derrière lui saint Jérôme et Tertullien , qui , à son avis , avoient flatté le parti de leurs adversaires , ne s'étoient pas asse3 échauffés dans ladéfense du leur, et avoientoublie la moitié de ce qu'il y avoit à dire , pour rint^j rêt des anges et de l'esprit , contre les animau^ et contre la chair.

Quelques-uns crurent que cette boutade avi une cause domestique, et qu'il falloit, ou q Glycère lui eût fait quelque nouveau désord ou qu'il eût trouvé Corinna en quelque lieu s

peet^ ou. que Sapho , qui rimoit souvent s^r Is barbe de son père et le menaçoît quelquefois de ses ciseaux: et d'une métamorphose aussi célèbre que celle de S.ylla et de Nisus , eût rimé ce jouiv là plus injurieusement qu!à raccouti;iniée. Mais ceux qui le connoijBSoient, ne cherchant point bors de lui-même la cause de son extravagance, assurèrent que les^ conjectures des autres étoient mal fondées ,. et que ,. par la même raison qu'il avoit blâmé le mariage à des fiançailles, il le loueroit upe autre fois à la profession d'une re^ ligieusc

On feroit un livre de semblables contre^temps qui se racontent de. ... Dans la chambre de Iules César il eût révéré la. mémoire de Gaton; eu présence d'Auguste et de Marc-Antoine , il eût fait l'oraison fnnèbre de Brutus et de^Cas-, sius, il eût dit qu'ils avoientété les derniers des Bomains,.et que la. bataille de Philippea avoit été le dernier soupir de la liîberté mourante. Et pour cela il n'eût cru rien dire qui pût offenser le gouyememept présent, ni> qui dût déplaire à deux si terribles^ et sLredoot^bles auditeurs.

Il ne fut pas deux fois vingt-quatre heures à la cour de France , n'ayant pu s'accommoder en ce pays-là avec un certaiii peuple qui ne croit jamais , et qui est ennemi naturel de la philosophie et des philosophes. , Mais .en ce peu de se-

Jour que «é fit-il point ? Il se fit mener au cercle, pour y proiivet que la solitude étoit saris comparaison meilleure que la société , et qu'un moment de rènf retien du sage avec soi-même, vàloit mieux que tout ce qui se débiteroît à la Gouir.jùsqties à fe fin du ttiotide. Il eut envie de

réciter au'hiéiïië lieu une siiâsoire quil avoir

composée autrefois au collège dé Moritaigu, pour lai consbiàtîbh dels pauvres Càpetes-, iel qui avoit été admirée de Pétrus Valens et de Théodorus Marcîlius. Dans cette déclamation il fcoriseîHoit à Alexandre-le-Grand de se défaire de sa grandeur, de troquer sa pourpre et' ies feoteoniies pour des Haillons et une besace , et d'aller discouriif de la vertu avec Diogèné ' et les autres phrlosopHés giièux dans les places publiques de Grèce. ' ''•"•' • ■'

Ce n'est pas tout , néanmoins, et îl paàsôit bien diltre, s'il n'eût été retenu sur le point qu'il alloil parler au Roi! Un boii'et charitable seigneur, à qui il communiqua son dfesSèiri , eut ^itié de la fortune que codrbit sa barbe (dont il né lui fût pas rest^ un seul pofl7}'^t de plusieurs autres disgrâces qui lui étoieht assurées , tombant, comme il 1eût*fâit infailliblement, entre lés liiains des pages et des laquaill fl vouîoit soutenir datant le R(ii que l'État populiaire étoit là plus parfaite tje toutes les/formes dé gofùVërùement ; (p^

i ( ii5 )

Dieu «voit donûé des princes aux peàptes ^tatrt en colère , et pressé par leur impottumié ; et- de la même sorte ^u'il leur avoiléA^oyë auparavant des pestes et des stétilités pour se venger d'eux et pofor les punir ;- que les Ibk devbiènt être partout les reinfes des- hôitimes , et qi<e, dans les monarchies , les hommes étoient les tyrans des lois; que.. .i.- -

On ne lai permit pas de faire cette harangue devant le Roi ; mais il n'y eut pas moyen de l'empêcher d'aller chez Mv le garde des sceaux y cner de toute sa force Jcetiirç" le temps et ôontre les mœurs , se plaindre que le droit divin et hu* raain étoit violé , et lui «demander raison du plus gïand désordre de PÉtat. Ce grand' désordre ^ dont hii^niéme, M; le garde dési sceaux y étdtt le premier coupable y c'étoit de dire et d'écri»- ^' Lettres ropiax et '•ordonnances royaux y itt ^^ p«5 lettre» royales et omlonnancès^rojrale^. "Quelle honte! (ee sont ses propres termes, de- ^ la traduction de son disciple) queHe vilainie que '^ tout un grand peiiple commette impiino'ment * tous les jours ùiï si exécrable y un si aljomi- 'ûablë solécisme, et[qtie nOn-seulement il soit 'souffert par t'indûlgènce de Tautôrité publique, »tnais que l'autorité publique l'approuve , ftiais '^qtfeUè y prête la main, niais que les juges "^^lent les criminels? Il ne faut rien espérer

( ai6 Y

» de bon de l'avenir, si on laisse durer cet abus, % si on souffre, cette corruption dans la source D même de la justice. La grammaire est le ion* 3> dément du commerce et de la société , et si on s sape le fondement ^ l'édifice peut-il demeurer 9 debout ? La. politique peut-eUe subsister sans 3> la grammaire ? Avant que les hommes puissent » être heureux , ils doivent cesser d'être bar* 3> bares, puisque Aristote , psorlant des Barbares» j> a dit que les bêtes et les Barbares.. .. . U iaut p donc commencer par là la ré£Drmatiou de » l'État, Il faut apprendre la France à parler^

2>av2mit que de »

Il avoit entrepris d'élire l'hisloire des premiers troubles , et si, de bonne fortune, une fluxion qui lui tomba sur la main, droite neùt arrêté l'impétuosité de sa plume, iLn'y eût pas eu;assez de papier en France pour continuer ce qu'il avoit commencé. Il étoit déjà au quinzième ou au seizième v^ume , et u'étoit pas encore a la cinquième ou à la sixième année. Il eraployoït les sept premiers livres en la seule conjuration d'Amboise, et la moindre chose que faisoit la Renaudie dans ses assemblées secrètes , étoit de faire bpire du «ang humain à ses compagnons, en jurant par les mânes de Gatilina et de Cethegus. Le colloque de Poîssy emportoit la naoïtie d'une décade , bien que le ministipe Bèze s'excusât

de ce qu'il avoit parlé si peu , et que le cardinal . de Lorraine remît la partie à une autre fois. La harangue du connétable de Montmorency en la plaine de Saint-Denis, duroit beaucoup plus que ne dura la bataille. Entre autres présages de sa inort,ilracontoitque le matin de la fatale journée, voulant lire une dépêche , ses lunettes eurent de la peine à s'ajuster à son nez , et que le jour auparavant, dînant en festin, ils se trouvèrent treize à table, et qu'un plat fit verser une salière. 11 ne se contentoit pas de dire qu'on lui fit de magnifiques obsèques , et une éloquente oraison funèbre; il étoit plus exact que le maître des cérémonies , et plus long que l'orateur qui parla. Il roesuroit et coupoit lui-même toutes les aunes de velours noir dont on tendit les parois de Notre- Dame. Il comptoit et allumoit tous les cierges de Jachapellçiîirdente, et au lieu de faire l'abrégé de ce qui fixt récité à la louange du grand connétable, ce qui fut récité n'est que l'abrégé de ce qu'il en éci:ivoit , etc.

Il salil généralement tout ce qu'il manie; c'est le corrupteur de, toute sorte de bien; et, depuis peu encore , il a violé la poésie , .comme le reste des connoissances honnêtes. Je ne sçais pourquoi le» docteurs Heins, les pères Bourbons, les pères Baldes, les,., ne se sont opposés à cet Wental; pourquoi ils souffrent qu'il aille ainsi

troubler leurs fontaines et jeter de la boue sur Içùrs lauriers.

On n*a gardé de pf'fenare ses vers pour le langage des dieiix. il semblé ' plutôt que ce soient des invocations de dëmbns, oh dés blasphèmes contre le Ciel. Le son en est si rude et si mal plaisant, voire si funeste et si effroyable, qu'il mettfoit en fuite des auditeurs un peu déHcats , et feroit peur à des âmes qui ne seroient pas extrêmement assurées. Ce n'est pas tm des cignes de' nos canaux , c'est uïie ôtfraye cle nos cimetières. S'il'y a quelque muse qtli se mêle d'une si étrange espèce de pdésîè, êïte est d'un' ordre inférieur à celle qui composé ce qui se chante sur le Pont-Neuf. Elle n'est ni sbeiit^Hiparentedes neuf autres, ou bien c'est ledéshontieur et Tinfamie de leur race: c'est celle indiibitiDletoent qui inspire les mauvais vielleurs , qiiî*ftut faite les faux tdns dans la musique, qui tntet les ineilleurs maîtres hors dé câdehce.*...

Il a fait un amas des mailVaiseè choses qiiî sont échappées' âû^bôris poètes, èf ce sbnï le^setiles choses qii'il imité qxiâriâ il cdràjjbfefe àék Vers. Il a rempli tout ilrî sac dé leuris chevilles et îlihét ce sac sur sa table avec l'encre et lé pâ^iéf,' avant que de mettre la mairi à la pïumé. J'at trouve dans son portefeiiiîlé un reciiëil frèfe-èiîacl et très-

( ^ï9 ) curieux de leurs épithètes oisives et perpétuelles ;» (leleurs comparaisons extravagantes etridicales;. et il ne se sert que de celles-là , et de celles-ci, il ne choisit que ce cjui a' été rejeté» A cause de vihs'itxlç À.';^\Xxsif, il n'èst poiiil de grand capi*taine rjûi , dans les poèttres: dti Barbon , ne soit féger à ta course et vite de pihS. Sans excepter Antoinède Lève, bien qu'il eût^là goutte , et qu'il se fit porter en litière qùaiid il àrflmt a la guerre; sans excepter levîeùx riîaréèlfeVde Btron , qu'ont appeloit le boîteiix', et les atttrês*%ra»ves dotit nous avons oîiiï parler, qtli , avè(î> des jatwbésde bois, n'ont pas laissé de cdhiinttïldèi» des^rnilées. Par la même vicieuse ifcitàtion ^ » il ' aiine niien» comparer les- ^oïdaltsf 'acharnés 'sUi* Vèntietni^ U <les mouches quTà^ dèè biseiiUx de* proie 5 etAl'i- «iage d'un âne dans un blé vert, M plaît bieil- ^ntitage que c^rfle dfuo Fk^i dé Liibye après nn troupeau dû même pay«. ' • • * * '

B tient que l'enthousiasme de" la poésie 'frtini^ Çoise a cèsaé ,' dépuis qd'on ne dit plus la teTfv P^rtemoissoris i, et lecieiporteftambeàux , depuis* î^'on n'usé plus die lajtoftottàrtte fner et àb là ^loclotànèé potile:ïi lie trouvé rien dé meilleur ^^Qs les œtivtœdé Rolisard, que fea chèr^ En- ^*c/«c, quaiW "il f arlé à sa tilâît'rê^è; ijûfe sa déesse viergdlèment\^lonne, qumd' il pàthè dé '^ déesse Pallas ; que soii 'ahtelèté Bbtiààrdetète

( aao )

quand il veut chsmger de caractère, et passer du grave au délicat.

A son avènement dans le inonde, au lieu de votre excellence ou de votre seigneurie illustrissime, il se faisoit donner de votre doi^ine, de votre éloquence sj de votre philosophie , etc.; et on a souvent ouï de la bouche de ses familiers: sa doctrine étoit hier malade; son éloquence est aujourd'hui enrhumée ; sa philosophie prendra demain niédecine. Mais sitôt qu'il lui eut pris envie de faire des vers, le soufle de la poésie lui ayant enflé le cœur de moitié, il eut de plus hautes prétention^, il aspira visiblement à la monarchie , quoiqu'il se fiit déclaré contre elle dans rantichambre du Roi et voulut, être traité de sa majesté de Parnasse y p^r tous. ceux qui traitoient avec lui.

Il est vrai que cette longue barbe qu'il nourrissoit avec tant de curiosité, lui donna un peu de peine dans son dessein, parce qu'elle ne convenoit pas bien au dieu Apollon. Mais pour remédier à cet inconvénient^ il s'avisa que les Grecs et les Romains n'avoient connu Apollon qu en sa première jeunesse^ que ipaintenant il étoit

devenu homme fait , et que sa voix s'étant grossie et fortifiée , il ne devoit pas manqifer des aufres^ marques extérieures de virilité. Qu'ainsi np fot, poyr ce qui est de la force de. la voix , qu'on fil

( ^al )

comparaison de ses carmes à ceux des anciens , dont il n'estimoit que l'antiquité, on yerroit qu'il y a autant de différence entre sa poésie et la leur , qa'entre une trompette et un siflet.

Voilà donc un changement d'État dans le monde raisonnable, voilà toutes les belles cl]toses sous la puissance d'un seul. Il ne faut plus dire, comme auparavant, la république des lettres ; il fout dire le royaume de la science. Dans les at« testations et les témoignages qu'il donne à ceux qui sortent de sa discipline et qui veulent aller courir le monde , ses qualités remplissent tou« jours la première page, et j'ai lu en plus d'un parchemin : Le Barbon^ par la grâce de Dieu, grammairien , rhétoricien, philosophe ^ médecin j jurisconsulte , poète couronné de la propre main de Jupiter, depuis le poème qvùila composé de la Gigantomachie. Et certes U exerce si souverainement cet empire doctoral

Toutefois, quoiqu'il ne propose rien qu'en termes affirmatifs , il a l'âme si querelleuse, qu'afin de pouvoir exercer sa mauvaise humeur, il n'est pas fâché quelquefois d'être contredit ; il désire que chacun lui cède, mais il est bien aise que ce devoir vienne après quelque sorte de ré- ' âstance. Il aime la souveraineté , mais il aime encore plus la contention. Et bien qu'il ait dessein d'introduire dans le monde , pour toute rai*

( aaa )

son^ le Barbon ta.dU^ et qu'il exige de tous les hommes une défî&eiice aveugle à ses opînioos, s'il y avoit moyen, il voudrait que cela se fit par la voie de la dispute, et que oe fut sa victoire qui établit son autorité.

Je le reconnus un «jour à ma confusion; car m'imaginant qu'il ne falloit que battre des mains et approuver de la tête, ou que pour le plus c étoit assez de répéter ses derniers mots en les admirant, et d'élre l'écho de ses sottises, cette molle complaisance le fâfdbia , et haussant le ton de sa voix beaucoup plus qu'à l'ordinaire : Par les dieux immortels f s'écaria-t-il,/e^tt/> Zcw déparier ai^ec moi-même; niez-moi quelque rohose , afin que nous soyons deux\ défetidez-vous ^ afin que je vainque et que je triomphe...! Ainsi il veut régner, comme vous voyez; mais c'est en conquérant, et non pas en roi pacifique; c'est par la violence de son esprit et par le tonnerre de ses paroles, et non pas par lasouini^ion de l'esprit d'autrui, ni par le silence de ceux qui l'écoutent, etc.

Qu'on lui présente un vieux manuscrit, il ne dira pas seulement s'il est du règne d'Auguste ou de celui de Tibère; mais ii marquera précisément l'année, le mois, la semaine de sa conception , sans se méprendre d'utr jour à la date. Il sçaura si l'auteur qui l'a composé étoit Italien

OU provincial , étoit de deçà ou de de-là le Pô , étoit de Rome ou de ses faubourgs^ du mopt Palatin ou de TAventin ; car il assure qu'il y ayoit des quartiers à Rome où l'on parloit plus romaiaçment qu'aux autres. Et comme encoj?e aigpurd'hui en ce pays de subtilité l'opinion des hommes sépare l'air d'ime même fue, et trouve que celui de la main droite est plus pur, et que celui de la main gauche ne l'est pas ta^t; ainsi distingue -t-il les styles et les langages^ et voit le contraire et le différent, où nous ne croyons voir que le même et le semblable. .

Ce sont des conxîoissances bien déliées, et c'est juger des livres bien finement. Dans une même pièce il conpoît ce qu'uni auteur a retouché , et ce qui a trouvé d'abord ^a perfection ; il remarque les endroits où l'ouvrier a quitté sa besogne , et ceux où il l'a, reprise; îfr discerne les pensées du matin d'avec celles du soir, et l'inspiration des muses d'avec l'esprit du poète. A son dire il y a un vrai et un faux Virgile , un Hprace courtisan d'Auguste et favori de Mécénas, et un Hol'ace estropié par les .copistes», entre les mains desquels il tomba à la sortie de la cour d'Auguste et du. palais de Mécénas. Dans le corps de l'un et de l'autre poète, il ne trouve que blessures et qu'emplâtres; il trouve presque autant de vers supposés que de légitimes.

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Pour Ovide, ce n'est que de Teau toute claire: ses vers seroient trop chers à cent pour un sol; ils ne valent rien qu'à faire l'amour aux chambrières ; il n'a écrit que pour la lie de Romulus et pour les crocbeteurs du marché de Rome. Car en effet, dit-il, se mettant en fougue jusqu'à jeter de l'écume par la bouche et des flammes par les yeux : « A quoi bon cette basse et populaire » familiarité qui engendre le mépris , pour ne » rien dire de plus Ëicheux? Quel moyen qu'un » homme grave puisse souffrir une mollesse sief- » féminée; ne se rebute point de cette lâche fa- 3» cilité qui s'abandonne indifféremment à tout » le monde, qui est exposée à la première pensée » du lecteur, qui ne met point de différence en- » tre moi et le vulgaire ignorant ? »

Il s'est offert plusieurs fois à me montrer dans les histoires de Tite-Live la patavinité qu'Asinius Pollion y remarquoit, et à me faire sentir eu certains lieux des tragédies de Sénèque cette graisse des poètes de Cordoue, de laquelle parle Cicéron. Il m'a voulu faire voir dans les œuvres mêmes de Cicérott cette débilité et ce tour de reins, que son ami Brutus. ...

Il a copié douze fois d'un bout à l'autre les histoires de Thucydide, afin de l'emporter à quatre sur Démosthène , qui ne les avoit copiée» que huit. Et ce qui est au-delà de la vraiseïo-

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blance, non-seulement il a compté tous les vers d'Homère, de Sophocle et d'Euripide; mais encore tQus les alpha et tous les oméga de V Iliade , iit\ Odyssée y de YAntigone ^ des Trachynies ^ de \(Edipe tyran ^ de la Médée^ de VHippolytej de Upfugénie, elc. Il en sçait le nombre jusques à un, et trouve dans les nombres des mystères inconaus à Platon, et dont Pythagore ne s'étoit poiât avisé. O la belle et l'admirable patience ! 0 Futile et Tagréable travail !

Voici quelques-unes de ces rares choses qu'il a cherchées avec tant de curiosité, et qu'il étale avec tant de pompe ; voici de quelle façon il est sçavant. Il sçait combien il y avoit de nœuds à la massue d'Hercule; combien tenoit de pintes lacoupq du vieux Nestor; à combien de points se chaussoit le roi Priam ; il sçait les noms des cin- ^luante princes, fils de ce monarque infortuné; ilconnoît toute la maison royale, depuis le cèdre jusques à l'hysope (c'est ainsi qu'il a accoutumé déparier), depuis Hector jusques à Troïle; il sçait de quelje couleur étoit la barbe d'Ajax; de <ïuelle sorte étoit le bonnet ou la dsrfotte d^Ulysse : car il soutient qu'Ulysse, ne pbrtoit point de chapeau, et cite là-dessus V Etjmologioum Magnum^ ^ une légion de scholiastes , dont le plus connu «'appelle Tzetzes.

Faites-lui les questions que faisoit ce prince

romain aux grammairiens de Grèce et d'ailleurs qui le venoient voir en son île 4© Caprée , il vous satiafera sur-le-champ, et sans consulter ses lieux communs. Enquérez-vous de lui qui fut la mère d'Hécube, la nourrice de Léda, la gouvernante de Clytemnestre, Técuyer d'Agamemnon et le secrétaire de Méaélas , il vous le dira sans délibérer. Demandez-lui qu'est-ce que les syrènes chantôient à ceux qui s'amusoient à les écouter : si c'étoient des louanges ou des promesses, ^ c'étoit le bien qu'elles disoient d'eux ou celui qu'elles leur faisoient espérer auprès d'elles? De* mandez-lui comment Achille s'appeloit lorsqu'il étoit déguisé en fille, s'il s'appeloit ou Pyrrha, ou Issa, ou Cercysera?

Voulez-vous sçavoir la généalogie des autres héros ; l'âge , la taille , les inclinations , les forces, les alliances de ces princes qui ne furent,jainais?| VouSiappreridrez tout cela de lui. Il vous découvrira ce qu'il y a de plus secret et dç plus exqui^ dans l'histoire fabuleuse; il sçait si c'est à la main gauche où à lèbmaiii droite que Véniis fut blessée par Diomède; ^t si i>on fils Énée^ prenant terre en Italie, y mit le pied droit avant le pied gauche Palémon tenoit que ce fut le gaudie; Orbilio^ que ce fut le droit. Le. barbon affirme que c( ne fut ni l'un ni l'autre, parce qu'Énée tomû!

( ^27 ) de son long, et la tête la première, à la descente de son vaisseau.

Ici, comme slilleurs , son dessein est de se faire remarquer par la singularité. De deux opinions différentes, il n'embrasse pas la meilleure ni la plus suivie; il s'attache à la moins commune et à la plus délaissée : en quelque lieu qu'il aille, il ne veut jamais aller par le grand chemin. lia cru autrefois, aussi-biefn que nous , que Pénélope avoit été femme de bien : et je lui ai ouï réciter ces pa*-'' Jt)les d'un ancien en la langue de l'atitiquité, qui peut-être ne déplairont pas en la langue vulgaire : i^es baisers de Pénélope à peine étoienuih connus û TéJénaque sonyUs ^ parce qUeaon' fils étoit un mreque son mari y à qui eile^ réservait tous ses ^^isers,.Le barbon est maintenant de contraire avis. 11 fait combattre fable contre fable , poète C(«itTe poêle, et Grec contre Grec, pour perdre ^ réputation cette bonne et vertueuse princesse. "fais il ne court pas seulement après les nouvelles opinions ; entre les nouvelles , il choisit les plus 'ûjurieuses; il ne se contente pas de croire , avec P»elques-uns, que ce fiit le dieu' Mercure qui ^^ part aux bonnes grâces de Pénélope (l'au- *^ du péché seroit une excuse pour la pëche- '*^^);tt publie malicieusement , avec quelques otres, que les trdis' cents amoureux qui la re-

cherchoieDt,car il y en avoit autant, selon k supputation d'Eustathius, couchèrent tous avec elle, et que de cette multitude de pères naquit i un monstre, dont la théologie des païens a fait un dieu.

Retournons en Asie, d'où nous ne faisons que j d'arriver. Il n'est point d'homme si nouveau dans le monde, et nouni dans une si épaisse ignorance des choses passées, qui n'ait ouï parler des guerres deTrme, et des querelles d'Achille et d'Hector. Les nourrices bercent et endorment les en&ns en leur contant ces vieilles nouvelles. Ceux qui ne sçavent rien sont sçavans en cette ■ matière, et il vaudroit autant dire que dom Philippin tua en duel le maréchal de Créqui, que dei dire qu'Hector eut de l'avantage sur Achille dansi le combat qui termina leitrs querelles. Notre doc-j teur néanmoins s'est déclaré en faveur de cettti dernière opinion : pour elle il a fait schisme en| plus de trois universités. A toute l'antiquité grecque et romaine il oppose un certain prêtre d'É- ^pte qu'il a rencontré par hasard dans un endroit écarté d'un livre que personne ne lit. E quoique prêtre ou prophète égyptien ait passé i y a long-temps en proverbe pour imposteur e ' charlatan , il ne laisse pas de se fier ji celui }mme à un trèsHhomme de bien, et qui ai tit mieux mourir que de déguiser la vérité

( 2^9 ) Il assure donc , après cette vénérable personne , qu'Achille fut tué par Hector en défendant les vaisseaux des Grecs, où Hector vouloit mettre le feu; que les Grecs, s'étant accordés avec les Troyens, levèrent le siège par un traité, et se retirèrent en leurs pays ; qu'après la mort de Priam, Hector régna long-temps en Asie; qu'étant parvenu à une extrême vieillesse , il laissa son fils Scamandre successeur de son royaume , et ce qui s'ensuit.

Il ne fait pas mieux son profit du commerce qu'il a avec les historiens , que de la connoissance qu'il a des poètes. Un mot de Tite-Live est cause que , contre le sentiment universel et la créance publique , il débite pour chose assurée que c'étoient les trois Curiaces qui étoient origmaires Romains, et qu'un équivoque a mis en leur place les trois Horaces , quoiqu'ils fussent ou parti contraire. Ainsi votre histoire, nous oit-il, a fait un faux pas dès sa première sortie! ^insi les choses ont été corrompues dans leur source! ainsi est servie la pauvre vérité, par ceux çii se disent ses prêtres et ses ministres !

Un autre mot mal entendu de l'histoire de Dion , l'a obligé à calomnier la chasteté de Lucrèce, c'est-à-dire à jeter de la boue sur la plus J>elle fleur de l'antiquité, et à salir le principal ornement de Rome naissante. Et bien que la ré-

piitation d'une si honnête dame soit venue pure et entière jusques à nous, cet accusateur de la vertu a l'effronterie d'agir tout seul contre le témoignage de tous les siècles 9 et de disputer à cette héroïne la possession de sa gloire , par un procès intenté mal à propos. Il prétend que Tarquin commença véritablement par la force , mais qu'il acheva par la persuasion ; que Lucrèce refusa son consentement au crime, mais qu'elle apporta quelque complaisance à la qualité; qu'a^ près avoir été vaincue , elle fut gagnée , et que le remords de la faute qu'elle avoit faite, autant que le regret de l'affront qu'elle avoit reçu , la fit résoudre à ne pas survivre à «on déshonneur. Par malheur il lui eist tombé entre les mains un manuscrit du faux Calli$thène , auteur de nul prix et de nul mérite , qui a composé un mauvais roman de l'histoire d'Alexandre; ensuite du roman, beaucoup plus ample que celui que j'avois vu dans la bibliothèque vaticane, il y a encore un commentaire d'un autre Grec qui n*a point de nom et qui enchérit presque toujours sur l'impertinence du premier. Depuis cette découverte , le barbon ne fait autre chose que parler du trésor qu'il 4 trouvé. U rompt la tête à tout le monde des aventures prodigieuses d'unNectabis ou Nectanebo, roi d'Egypte, qui, par le moyen d'une herbe inconnue et de quelques

fleurs eDchamtées , dont il bailla un bouquet à la reine Olympias, lui fit accroire qu'il étoit Jupiter Hammon, et entra sous ce masque dans sa plus étroite et dernière confidence. Il a toujours été le fléau des oreilles et la tempête des conversations; mais il faut avouer qu*il ne fut jamais si ennuyeux, si importim, si peisécuteur, que sur le sujet de ce prince magicien. Il n'en conte que des choses impossibles et impertinentes ; et entre autres celle-ci, par laquelle on pourra juger de tout le reste.

Le roi Nectabis ayant été averti de la venue d'une grande flotte ennemie, qui parois^it- sur les côtes de son royaume, sans armer pas un de ses sujets, sans donner seulement l'alarme aux officiers de sa maison , sans partir de son cabinet , ni même de sa ruelle de lit , coula lui seul à fond cette grande flotte qui menaçoit ses États, et voici comment. Il se fit apporter une bous-

suie d'ébène, un bassin plein d'eau du Nil, et ^ûe masse de cire vierge, de laquelle il forma quantité de marmouzets, qui représentoient la flotte en petit ; et à même temps qu'avec la boussine il renversa les marmouzets dans le *^sin , l'armée navale dès ennemis fit naufi:'age sur la mer. Le barbon rapporte quantité d'histoires dépareille étoffe sur la foi de Callisthène, Mais particulièrem«iit. . .

Je le surpris un jour bien ému et bien échau£(îé avec deux docteurs du mont Sainte-Geneviève, qui l'étoient venus visiter au collège de Harcourt Il suoit à grosses gouttes, quoique ce fut au mois de janvier; et ses adversaires n'étoient guère* plus froids ni plus tempérés que lui. Aussi dis^ putoient-ils pour une vérité très-importante à la république, et de laquelle dépendoient apparemment les destinée» de la Grèce. La question étoit de sçavoir si Bucéphale avoit été ou cheç^al entier, ou hongre j ou jument. Après plusieurs autorités des bons livres , apportées de part et d'autre , le barbon alla quérir finalement son répertoire de nouveautés, je veux dire son histoire ridicule, où il est écrit en termes formels que Bucéphale n'étoit rien de tout cela. Nous pensions, nous arrêtant à l'origine de son nom, que la forme de sa tête eût été semblable à celle d'un bœuf. Callisthène, qui le voyoit tous les jours, nous apprend davantage. Il tient affirmativement que Bucéphale étoit un véritable bœuf, mais que de bonne heure il avoit été dresse au manège , et qu'Alexandre lui faisoit faire merveilles, aussibien que Porus à son éléphant : tant est puissante , s'écrie en cet endroit ce moral et tragique historien, la bonne et soigneuse éducation, puisqu'elle sçait vaincre la nature , puisqu'il n'est point de dureté, de paresse^ de résistance, de

contraire inclination, qui ne cède à la force de la discipline ! etc.

Il traite les princes avec cette belle familiarité . Il ne porte pas plus d'honneur aux Romains qu'aux Grecs, et parle des uns et des wtres d'ime plaisante façon. Tantôt il appelle Alexandre, ce bienheureux étourdi , quelquefois ce jeune fou, et le plus souvent ce brave bâtari ou ce généreux

fils de p Car il ne doute point que Nec-

tabis n'ait été le naturel et le véritable père d'Alexandre : et n'en déplaise à l'usage , qui règle toutes les langues , n'en déplaise à Plutarque , à Arrien et à Quinte-Curce , qui sont un peu plus croyables que Callisthène, il aime bien mieux dire Alexandre ^ fih de Nectabis^ roi d Egypte ^ ^^ Alexandre j/ils de Philippe , roi de Macédoine. Cela s'entend, quand il n'est pas en mauvaise humeur contre la reine Olympias, et quand il a dessein...

Ayant à nommer Jules César, au commencerait d'une harangue qu'on le pria de faire à Cahors, où il enseignoit la rhétorique en françôis, il usa de ces termes étranges, et dont tout son auditoire demeura scandalisé : Ce vieux rufflen , ^ ne fit pas moûts de c... que d'orpheUns et de veuves. Il crut traduire par ce vieux ruffien , ^ paraphraser par qui ne fit pas moins de c... que d'orphelins et de veuues , le Calpum Mœ--

chum adducimus^ que chantoient les soldats de César le jour de son triomphe des Gaules.

Mais c'est le matin qu'il parle de cette sorte, ! et quand le sompieil a radouci les aigreurs de son esprit ; car qt and , après avoir déjeûné , son | humeur de républicain le prend, et qu'il est possédé du démon dt la libertés alors il tient bien un \ autre langage* Il parle de César comme de Catilina, comme d'un enneny public, comme d'un sacrilège , d'un parricide , d'un homme qu'on devoit mettre dans uqsac avec un serpent, un coq et un singe, et le j0:er au fond de la mer.

Toutefois, se ressouvenant que ce même homme qui a été tyran, a été aussi grammairien , et qu'avant que de s'être souillé du sang de ses citoyens à la bataille de Pharsale, il avoit fait un livre de l'analogie , dans lequel il prenoit

^ soin de l'instruction de ces mêmes citoyens , il est en doute s'il ne révoquera point le cruel ar-

" rêt qu'il vient de donner ; il délibère s'il ne faut point ici peser le bien et le mal.

Se fondant sur un texte de Salluste, il conclut que c'est grand dommage qu'un si bel esprit se soit amusé si long-temps au métier du corps. Pa^ là il entend la profession de la guerre. Il est bien fâché qu'il ait préféré la partie inférieure et matérielle, qui nous est commune avec les bêtes , à celle qui s'élève par la conooissance au-dessus

du Ciel, et qui nous donne rang parmi les dieux immortels. «Il valoit bien mieux, ajoute -t- il, «chasser de la terre la barbarie, par Tintroduc- »tiond'mie grammaire régulière, que de faire

* entrer les Barbares en Italie par la porte des » guerres civiles. Au lieu de chercher avec tant «de bruit et tant de diaiîger une mauvaise repustation, un nom envié et odieux, une autorité 'qui ne dura pas trois mois et demi, il eût bien ^ mieux fait de travailler doucement et en repos

* à l'acquisition d'une gloire qui n'auroitpoiht été » contestée, à rétablissement d'une puissance qui ^nauroit point eu de fin, telle quest la gloire "^t la puissance de Diomède,* de Carisius, de 'Priscien, et de Despautère. Car en effet, ne *soat-ce pas ces gens- là, qui, à proprement

* parler, et en quelque sens qu'on le puisse pren- '«re,sont des dictateurs perpétuels? Ce sont des

princes qui ne meurent point, qui comman-

^ ^ont, qui régneront, qui seront obéis jus-

î^^s à la fin du monde. Il faut que les enfans

^s empereurs et des rois, voire même que les

^^pereurs et les rois, deviennent leurs sujets

let 1 • •

^eurs tributaires, se soumettent à leurs lois

à leur autorité s'ils veulent apprendre le la-

1 • Us ont fait donner le fouet plus d'une fois

[ pour avoir contrevenu à leurs ordon-

^^* N'en doutez pas , ce sont eux qui

» sont ces maîtres des choses , qui sont ces sei- » gneiirs romains du premier livre de V Enéide; y* c'est cette natibn de robes longues, à qui Ju- » piter a promis un empire sans fin et sans bor- » nés , quand il a dit à Vénus :

A ceux-là je ne mets ni termes, ni limites, Les terres et les mers pour eux seront petites.

ou selon l'original de l'oracle,

Hîs ego nec meteu rerum, nec tempora pono, Imperium sine fine dedi,

» Cette prophétie ne se peut vérifier qu'en la «personne de ces seigneurs, dont il semble que «l'empire ne connoisse ni vieillesse, ni déclin; » ne soit point sujet à la révolution des choses

» humaines ; ne et si le Jupiter de Virgile u'en-

» tendoit parler de tels souverains et de tels mai* »tres, ce seroit un Jupiter menteur, puisque »Rome païenne, de laquelle...., et que Téter » nité de celle qui fut appelée l'éternelle, a fin » il y a long-temps. » Ce sont toujours ou les ter mes, ou l'intention de notre homme quiprenoi les choses à cœur, comme vous voyez , et s*inl« ressoit dans sa matière.

(a37) AVERTISSEMENT.

iprès ceci il n'y a pas seulement des lacunes ians le manuscrit, il y a on pays pei^n, c'est-à-dire un cahier entier tout efiàcé, et un autre qui étoit le dernier de la relation, dn(|nelîl ne s'est sauvé que ce qui s'ensuit

Il y en a qui sont tombés de leur trône , et d'autres qui en sont descendus. La nécessité fait d'uQ prince un courtisan ; elle apprend la complaisance et la oajol^ie aux âmes les plus libres et les plus altières. Le barbon fut avec le grand sacrificateur près de quatre mois , et fut durant ce temps-là son unique favari. Jamais deux personnes ne parurent plus satisfaites Tune de l'autre. Ils s'admiroient , ils se louoient depuis le inatin jusqu'au soir. Le sacrificateur parloit du barbon, comme Tibère faisoit de Séjan; c'étoit l^ compagnon de ses peines et de ses soucis; c'étoit celui que Dieu lui avoit envoyé pour le sou- '^ger en ses grands travaux. En revanche, à chaque mot qui sortoit de la bouche du sacrificateur, le barbon crioit à pleine tête; vwat^ belle, beatèf Sophôs , et nunquam sic locutus est homo. U ne lui applaudissoit pas seulement, mais il se 'ompoit les mains à lui applaudir. Admirable ^ ^^table^ incomparable y lui sembloient trop peu de chose. Il voulut le traiter à la grecque ^

il lui donna du Chrysostôme , du Trismégiste et du Thaumaturge

Mais cette complaisance ne dura pas. Une si belle amitié, quis'étoit sauvée des écueils et de la tempête, qui avoit passé Scylle et Charybde, se vint briser un jour contre un grain de sable. S'étant séparés fort bons amis, après la conférence qu'ils eurent ensemble sur la Grâce et sur les autres points contestés qui partagent aujourd'hui notice théologie, ils se brouillèrent pour deux syllabes qùi^ ne' sigriifîoiébt- rien , et pour la transposition d'ut in'ot, qui étoit aussi-bien où il étoit qu'où le prétfendoit mettre le barbon. Il ne put souffrir au sacrificateur de dire ffïrgiley jéule-Gelle et Sidùnius ApùUmbris, Il vonloit absôlument qu'il dît : Férgile^Agellè et Apollinaris Sidonius, Et comme le sacrificateur prorionçoit anathème contre' ceux qui ii- étoietit' pas de son avis, le barbon condamnoit à boire de Fencre, où à quelque autre pareil supplice, quiconque osoit parler autrement que lui. 'La dispute s'échauffa peu à peu en ma présence , et inonta à tel excès de fureur, qu'il se iSt entre eux une rupture avec éclat et scandale, dans laquelle on vit voler en l'air livres, écritoires et portefeuilles....

Sur quoi je m'imaginai, que si uti jour la langue Françoise devenoil langue classique, et qu'elle s'enseignât au collège , il pourroit aussi y avoir

(^39) Jivers partis pour le gros Guillaume et pour GuillauraeJe-Gros , et qu'il se trouveroit peutêtre quelqu'autre barbon et quelqu'autre sacrificateur qui prendroient une senîbkble querelle, quand il s'agiroit des acteurs illustres qui ont paru sur notre théâtre yetc.

Quelle volupté d'esprit , quelle débauche inlïoceute pour les religieux mettes les plus austeres et les plus tristes ! Quel spectacle seroit-ce devoir disputer le barbon avec le Erti,de les voir t'^aiter ensemble des choses dé l'autre monde , «es secrets dé la nature, de lasubètance de l'âme, ^e la métempsycose de Pythagore , des généra- ™s, des éternités ,- des destinées , etc. ! Quel plars»rde lire les actes d'une conférence tenue entre «eux hommes si rares, -qui ont des opinions si particulières , qui proposent des dogmes si nou- ^eaux, qui sont si persuadés de l'infaillibilité de ^eiir doctrine ? Pourvu qu'un greffiei? conscieû- ^^ux écrivît fidèlement ce qui se diroit de part et

^^tre, je m^assure que l'avanlage de la confusion et du galimathias ne demeureroit poiAt du ^^i des Petites-Maisons; je crois que l'unique héritier de l'antiquité, quoiqu'il ne soit point eri- ^^^é,et que la police et les lois le laissent cou- % parleroit encore moins raisonnablement et ^o»fts intelligiblenie'nt que le grànd-prévôt divin.

Son anti-raison est si vague et si ditïuse; elle

embrasse tant de sujets, et paroît sous tant d

formes .... ; parbns franchement , sa folie est ï

universelle , qu'il y a quelque apparence que 1

Ciel l'a réservée en ces derniers temps pou

l'opposer à la sagesse de Salomon , et à la gloiiv

du premier âge. S'il en faut croire le poète Ma

rin , qui avoit coiimencé une Barbonéide peu A

jours avant sa n^ort, c'est une des marques de

la décadence des choses, de la vieillesse du

monde, de l'infirmité de la nature. C'est un faux

germe, c'est un avorton de cette bonne mère,

qui n'en peut plus. ]^ais si le poëte Marin va trop

haut, comme d'ordnaire il se laissoit ejnipotttv

à l'enthousiasme , s'il est vrai que le monde ne

s'empire point en vieilUssant, et que son dédÎD

ait encore de la force «t de la vigueur, regardons

ce monstre par un autre endroit, et cherchons

le véritable dessein du Ciel dans une si vilaine

j production. Ne seroit^ce point. . . ? ne seroit-ce

point.. ..? Sans doute, le barbon est né afin que

sa naissance rabattit l'orgueil de notre siècle, ^"' eut été trop glorieux de celle du grand président de Thou, du grand cardinal du Pci-Fon, de notre

mcomp

Il ne mérite pourtant ni le zèle et les exclamations dçs prédicateurs, ni la colère et les m' vectives des avocats. Le sujet n'est pas assez sérieux pour cela. Ce doit être la matière éter-

nelle des épigrammes et des satires ; mais des satires du style d'Horace , qui étoit un bon compagnon, et qui entendoit raillerie, et non pas de celui de Juvénal , qui étoit un fâcheux , el qui prenoit toutes choses au criminel. 11 peut fournir de contes et de bons mots l'abbé de... pour les conversations de tout un hiver. Théophraste en eût fait le plus divertissant de ses caractères , et Bernia le plus agréable de ses chapitres. Pour moi, j'en fais un des remèdes de mon chagrin. Par son moyen, je me donne moi-même la comédie; je l'ai choisi tout exprès pour rire; et si j y eusse songé de meilleure heure, j'eusse beaucoup mieux passé mon temps. Mais c'est une faute faite; il faut pourvoir à la joie de l'avenir. Toutes les fois que je dormirai plus mal , et que je serai plus triste qu'à l'ordinaire, j'espère que le barbon me consolera de la longueur de mes nuits , et m'aidera à chasser ma mauvaise humeur.

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