‹ Œuvres choises de BalzacChapitre 23 sur 38 · IL Q · texte numérisé non relu

IL Q

d'action, nourrie' au sbleil et à k lui^ièt*e dû grand monde ,' plus forte sans comparaison* que la rhétorique des sophistes ^ quoiqu'elle dçache mieux cacher et dissimuler sa force. '

Il n'y a point de doute qtre le bien dire né* doit ' absolument nécessaire pour agir avec les pinces, qui d'ordinaire ne peuvetit ^ûter lata^on, si elle ne leur est très*délicatemetfl: ;ap^êtée. Ce' n'est pas assez qiie les remèdes qùlls doivent prendre aient de la v^rtu , ils Veulent qu^ils n'aient point d'amertume ; il ne suffit pa^ c[ne les choses<]u'oa' leiir présente soient b'éhhes , si elles ne sont bcmnes' aussi-bien en la forme qu'en la matière. •

Mais ce ne sont pàs> seulement les princes qui deiàaadeiit des paf^leÀ âgtéàbles , et qui se cabrent oôntÉ:ei là raison qui ïe's gourmande. Gé^ néraleraent pariant, n'y ayant rien de si franc et de S) re\6vé que l'âme de l'homme , elle veut êtrp traitée selon la noblesse de sa natui^e, je veux dire avec douceur, inéthode et adresse. Par là, ICadame , on emporté la volonté sans beaucoup de résistance , et de la volonté un passe à l'entendemetit, qui est si ennemi de la contrainte, que, pouT l'éviter, il s'éloigne même de son propre objet et rejette la vérité, quand on la lui ^eut £aiire l^ecevoir par- forcée.

Il est certain <|ue l'm«étt%ehce d'un ait si né-

cesssubre au gouvemement , a été souyeraine en la personne de Mécénas. Comme il étoit trèsclairvoyant au discernement des esprits , il étoit t^ès-adroit en Içur conduite» et n'avoit pas moios de sou|>lesse à les manier, que de lumière pour les connoître. A^vec cette éloquence efficace , qui n'est autije chose que le droit usage de la pradençe, qui se oominuoique aux hommes parla parole, il fit à Ai^guste une infinité de serviteurs 9 et après lui avoir persuadé la modérsttioiiy il persuada aux autiises l'obéissance'.

Toutes les conféreiaices. qui se £sdsoient en son palais, étoiçnt. des sajcrifices de louapge et àt gloire pour Auguste : tous les jours il y étoit adoré en prose et en vers. On commença' là de* dans à réformer l'anci^i langage de la république, et à jurer par le,géme et par la fortune dtt prince. Les temples q[ui lui furent bâiis en Espagne et en Asie au commencement, et depuis dans les autres provinces du monde rcunain , forent désignés en ce lieu-là. Et, à prendre la chose dans son principe, on peut dire, Madame, que Mécénas, avec ses orateurs et ses poètes, fut le fondateui:de tous» ces temples, fiit l'instituteur de cette nouvelle religion qui consaora u^ei homme vivant.

Croyez-moi, et toute l'antiquité plutôt que Senèque , cetincomparaJ>iie ùiyovi laissoit toujoms

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dans le càsùr je iie sçais qad sûgnillon qui éxcîtoit les eotirages' tes plus durs à l^amour du prince et de la patrie, à l'étude de ta vertu et de la sagesse. Oa ne partoit point d'toptès de lui sans en r^iipiSiler susé •douce émotïon , capable de réveiller TassoiipissraQent de^ ceux qui ne sentoient pas la félicité du- règne d'Auguste, et qui ipi'ayaîent jamais songé àlàbeafutéâescboses; h€«métes., L'air de son visage, le soiî de sa v6ix^ et oe que les rhétoriciens ont compris sous Téloquenoe du corps,, gagnoicnit les sens. extérieurs. ep un ii3istant, et doanetent passage jusqu'à l'âstne, p^.l4 &cilité de ses gardés, qui d'abord se laissoient prendre; .

Il persuadoit même avec la négligence âé l'entretien le plus &mi)ier«£n sa plus libre conversation, qùandilsedépouilloitieblapiompede la Cour et dé la gravité du ministère, quand il quittxùt'ce qui ébloîiit le peuple, il lui Tcstèit encore beaucoup d'omémens qu'il ne potf^ôit pas quitter : il avoit sur' lui des* charmes ihvo- Icmimes , efc anxqueb il ne prenoit pas garde ^ qpiiraccoinpagnoient partout Ces charmés, Ma. dame ^inspiraient particulièrement tout ce qu'il âisoit^as suppléoient au défaut de sa Êiveur , et sans qu'jl accordât les demandes , ne latssoient pas de donner satisfaction; car vous sçavez bien que boutes choses ne sont pas toujours possibles ^

de n'entendre pa^. raillerie; il est sansdcute di? ces hypocrites chagrins qui voudroient <|ue Içs jeux fussent aussi .sérieux que lei^ .afËur^ , . et les co« médies: aussi tristes quç les oraisons /funèbres, RqcusoQS-le en tQUtes les causes deMécénas : l'ayersion qu'il a pouir lui est tiM>p !visil>ie et trop déc4Hiyertç; et aj^rès avoir ^ratigné ses écrits» il se jette sqr s<çs mesura avec t$u^t de. passion, qu'il.est ai$f$4^ojir ^que l'esprit de sa secte le ppsr $ède, et qu'il .a» dessein de &ii?er;le j^^oîqu^réfartqé» aux 4^^ du ff/^ honnête ^çupeq qui fût jamais. i , .. . >

Je ne dispoint» pour affoiblir le témoignsige de Sénèque , que c'étoitiun docteur de^Cour qui phi* losophoit dau^ la pou|*pre et caïusoit .à sou ai^^ de la vertu } que peut-être même. il décnoit.la volupjté a&n qu'elle fut toute pour lui et que persQuue n'en eilit envie; je di3 seulement,.f la jil^çtit jion de Méçénas , qu'il .n'est pas impossible que rame se' relâcha sans s'jénerver et que^ coBijime il y a une folie composée et mélancolique, il peut y avoir une sagesse libre et joyeuse.

J'ai oui dire, Madame,. à notre sçavant M(m- ^eup«.., luais il le dispit bf^ucoup ipieux que je ne sçaurois vous le dire, qu'il y a un art d'user innocemment de la volupté; que cet art avoit été enseigné en Grèce par Aristippe ; que depuis il fut corrompu à Rome par Pétrone et par Ti-

(344) gîllin qui en abusèrent comme les empwsonneurs ont abjisé de la médecine. Il ajoutoit qne la pratique de oet art n'étoit point défendue pat les lois de vot^ y>ays , qu'au.cuntraire elles avoient créé des magistrats tout exprès, pour avoir soin des plaisirs du peuple; qu'outre les édiles delà répoMique , il étoit parlé , sons les emperairs , d'un tribun ides voluptés, et qu'il avoit m une sdence et unti discipline des votiiptés àsm les formules <}e €as8iod(»e. !1 concltlott , Madame, qu'il n'^iit pas juste d'accuser la [mreté des choses de Vintempérancedes hommes, et qu'il n'est {)as croyable que les biens de cette vie ttspA été fats qiie pour les médians.

' Il n'est pas croyable , j« suis de l'avis de ce rare es|Hritf que Dieu ait envoyé la vertu an m<»ide pour la punition des pauvres hoœiHes, et qu'elle ne soit point verta, si eHe ne combat contre la doiileur, si elle ne marche sur lésines , » elle ne loge à l'h^ital , si elle n'bMe Dftéifte dans ies sépulcres. Mécénas vouloit atteiv dre qu'il fnt tn6rt pour prendre possession d'une demeure si mal plaisante; et, s'il étoit ea vie, et qu'il eût changé Rome pour Paris, jp suis <«^ tain-qtfofi té ttowveroit plus souvent en quelque lieu que je sçais, où il n'y a rien qui ne^onteote les yeux et l'esprit, qu'ea d'autres lieux que j^

t pas nommer , où il n'y a irien qui ne les .e.

^ue votos auriez de plaisir d'apprendre de luiiiéme son histoire ! Qu'il recevroit de gloire d'avoir quelques-unes de vos audiences ! Que votre modeste conversation lui toucheroit l'esprit! Vous avez beau vous cacher, Madame^ il découvriroit cette souveraine intelligence que vous couvrez de toute la retenue et de toute la douceur de votre sexe. Il vous admireroit en dépit de vous : nous réconcilierions son ennemi avec lui à la première prière que vous lui en feriez, et sans même que vous lui en fissiez de prière , tant je suis assuré de la douceur et de la facilité de ses mœurs. La sérénité de son âme ne seroit point troublée par les fumées et par les boutades des sophistes violens; il ne feroit que rire du cha« grin et des paradoxes de Sénèque.

Il vous diroit seulement , Madame , qu'il faut tout souffrir de la race de Zenon et de la nation des Stoïques; que tout doit être permis à un philosophe qui a appelé Alexandre sot , qui a cru être roi des rois , à meilleur titre que le roi de Perse ; etf ce qui 'fait particulièrement à notre sujet, qui a été si ennemi de la vie, qu'il a conseillé aux hommes de s'aller pendre , pour peu qu'ils s'en* nuyassent ou qu'ils fussent en mauvaise humeur.

DE

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