‹ Œuvres choises de BalzacChapitre 26 sur 38 · DISCOURS PREMIER · texte numérisé non relu

DISCOURS PREMIER

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DB lAua LioirniB awucatiov, etc.

J E ferai aujourd'hui une chose bien nouvelle : }^ commencerai ma défense, en excusant mon accusateur.

Ces messieurs ne trompent pas toujours ; ils sont quelquefois trompés , et s'efforcent seulement de donner aux autres les impressions qu'ils ont reçues. Il est certain que le plus souyent leur zèle est artificiel, et lorsqu'on pense qu'ils soient fort émus , ils n'ont que des exclamations feintes et une colère de théâtre ; mais aussi en certains lieux , comme en celui-ci, leurs ressentimens sont

naturels, et viennent de Tabondance du cœur. Il n'y a plus d'imitation ni de masque , et c'est tout de bon que s'écrie le docteur de la Franche- Comté, copiste du grand Phylarque : Qui est-ce qui ne frémira point jt horreur (T entendre cette impie comparaison ^ (Tune simple parole de compliment^ ai^ec tout ce qui a jamais été jure sur la sainte(é des autels et sur la vérité des Éi^angiles? Qui est-ce qui pourra souffrir qu^on diè de la parole dun particulier y qu^elle est plus assurée que la foi publique ^ et qvCelle demeurera^ quoique le ciel et la terre passent?

Sans doute ces grands mots de foi publique, de jurer, d'autels et d'Évangiles, lui ont fait peur; il a été frappé, de cette subite frayeur qui saisit les âmes les moins religieuses à l'entrée d'un lieu de dévotion ; il s'est scandalisé de voif la parole d'un homme si près des autels et des Évangiles. Mais ne nous étonnons pas, comme lui, à la rencontre de ces termes illustres et spécieux ; soutenons un peu l'éclat extérieur qui en rejaillit , nous trouverons que, quoiqu'ils sonnent, ils ne signifient rien d'extraordinaire , et que ni Dieu n'est offensé en ma comparaison , ni les choses Saintes profanées.

La foi publique devroit être inviolable, je Tavoue : c'est le fondement sur'kqûel le monde se repose; c'est elle qui ôte la cruauté. à la guerre

et la foiblesse à ia paix ; elle est gardienne de ce qui ne pet^t se défendre, ni par la prudence, ni par la force ; et sans elle les États, qui doivent avoir. pour fin une durée étemelle, né pourroient s'assurer d'une seule heure de l'avenir. Néanmoins , cette foi publique , si nécessaire à la conservation du moade, n'est souvent autre chose qu'une publique infidélité. D'ordinaire on n'emploie Tentremise de l'Église , dans les négo^ ciations civiles, que pour prendre avantage de la piété d'autrui, en donnant le scrupule qu'on n'a pa^. On met en œuvre les anciens sermens; on en forge de nouveaux , quand il est question de mentir efficacement et de faire les grandes injustices. Il faut être bien écolier en politique , et bien étranger dans le monde , pour ne sçavoir pas cela.

Toutes les histoires sont pleines de ces dangereux exemples; et, sans sortir de la notre, ni toucher aussi à l'honneur de notre siècle , que j'épargne toujours le plus que je puis, qu'on jette les yeux sur les fatales divisions qui travailloient la France sous le règne de Charles VI; on verraque les chefs des deux partis ^ les Orléanois et les Bourguignons , jurèrent dix fois une même paix sur les mêmes Évangiles, et que dix fois ils se moquèrent da nom de Dieu , en rompant cette paix, si souvent et si solennellement jurée.

(384) ' C'estpà-dire, qu'entre les matas des trompeurs, la Religion est un instruni eut de perfidie, et ncA pas une assurance de fidélité. Il feudroit Toir -notre âme , pour voir des marques certaines de notre intention ; c'est folie que d'en demander de sensibles et de corporelles. Et si nous manquons de bonne foi , ni la présence de cet arbitre terrible que nous af^ielons à témoin , ni la sainteté des autels que nous toucbons, ni la Térité des Evangiles sur lesquels nous faisons nos sermeos, ne les rendent pas nécessairement véritables. Tout cela. n'accomplit pas les choses que nous avons promises. Sans la bonne foi , toutes ces actions pompeuses et solennelles ne sont que des représentations et des spectacles pour amuser le vulgaire.

Ces paroles, qui s'appellent articles de paix, qu'on grave sur' le cuivre et qu'on autorise du nom de Dieu , sont des paroles comme les autres, sont des chansons gravées sur le cuivre , quand elles ne partent pas du cœur et qu'on n'a pas intention de les observer. Ce sont des caractères mieux formés et mieux imprimés que les ordi- , naires; mais Néanmoins des caractères impoissans, des lettres mortes et immobiles, si la probité ne les anime et ne leur donne de l'actioa. Or, quelquefois le citoyen a plus de probité que la république. Des nations entières ont été accu-

sées de trahison par rantiqpiîté. Quia'apaiiàt.oui ]farler des meoteur^ de Candie etde» iflkftdèles Liguriens , de la foi grecque , de la £cii punique; mise en proverbe depuis tant de sièdes? Pourmoi , je me serois plus £é à un billet d'un Ro*main qu'à tous les traités des. Carthaginois, et à ce que Régulus m'auroitipropiis d'un signe de: tête , qu'à ce qu'Annibal pt'aurcHt juré par ^ tous, ses dieux et par toutes ses déesses.

Ce n'est pas de la religion publii^ue^ c'est de la probité des particuliers, dont il est parlédans. ce3 belles lignes, sur lesquelles il se pourvoit faire de longues méditations; encetemps^là anjaisoit. serment par les dieux ^ quoiqu'ils ne fussent que de terre cuite y et ceux qui avaient juré sur telles, images retournaient vers l'ennemi, afin de ne lui rompre pas sa /bi promise. Mais pour un Ré*-, gulus, et pour quelques autres en fort petit, nombre, cofnbien d'infidèles et de parjures en tout temps et en tout pays? Ne nous imaginons pas que ces gens de bien craignissent ces sortes de dieux; jç suis assuré qu'ils ne les estimoient que des marmousets etdes poupées. Mais ils se craignoient eux-mêmes ; mais ils révér oient leur conscience j ils lui rendoient compte de leurs actions , dans, toute la rigueur de leur devoir. Le serment et la foi publique n'avoient ^arde d'être si fermes que la simple parole de ces gens-'là.

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