‹ Œuvres choises de BalzacChapitre 31 sur 38 · DUC DE GUISE · texte numérisé non relu

DUC DE GUISE

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A FiiQiK>s de la Ligue, dont nous venons de pai> 1er, et le duq de Guise dont le monde parlera toujours, il n'y aura point de mal que je vous communique quelques lignes qui en ont été écrites, il y a déjà assez long-temps, et que j'ai trou* vées depuis peu dans mes magasins.

Les éloges, aussi-bien que les harangues , sont les écueils. des historiens modernes. Au lieu de faire de. bonnes harangues, ils font d'ordinaire de mauvais sermons; et, dans les éloges, ils déclament au lieu de juger. Celui du duc de Guise participe des deux genres ; il tient êe l'historir que et de l'oratoire : et avant que de passeitr outre dans nos matières , vous me feres l'hon*neur de me dire, s'il vous plait, si vous goùtei: ces sortes d'éloges ; car il s'en pourra trouver d'autres dans mes magasins.

La fVance étmt folle de cet hamme*là ; car c'est trop pdu dç dire amourenise. Il ^e faub pa& ji'ié*

tonner si eQe s*élo^a de son devoir, comme elle fit. Une telle passion alloit bien près de l'idolâtrie : il y avoit dei gens qui l'inToquoient dans leurs prières; d'autres mettoient sa taille-douœ dans leurs heuret. Pour son portrait, il étoit partout; quelques-uns coûtaient après lui dans les rues , poui* faire toucher leur chapelet à son manteau, et un joa' qu'il revenoit d'un voyage de Champagne , entrant à Paris par la pK)rte Salât- Antoine, non-seulenent on lui cria: P^it^ Guise! mais plusieurs penonnes lui chantèrent : Hosannajiîio David.

On a vu des assemblées, qui n'étoient pas petites, se rendre en ua iistant à sa bonne mine. 11 n'y avoit point de cœur qui pût tenir contre Ée visage ; il persuadoit avant que d'ouvrir la bouche ; il étoit impossible de lui vouloir mal en sa présence.

Le premier regard qu'il jetoit sur ses ennemis ôtoit d'abord de leur esprit toute l'aigreur qu'ils avoient portée contre lui, et Ëiisoit une telle émotion en leur sang , et un si étrange changement en leurs humeurs, qu'après cela ils avoient besoin de s'exciter long-temps eux-mêmes, pour reprendre la haine qu'ils n'avoient i plus. De sorte que ce que j'ai ouï dire à un courtisaudecerègae là ne me aemblepasmali^: j

que les huguenots étoient de la Ligue quand Us regardaient le duc de Guise.

Je laisse à Thistoire à compter les choses qu'il a faites, et à porter même sa curiosité sur celles qu'il a pensées. Je ne me hasarde point de déchiffrer ces énigmes de la Cour, et ne suis pas spéculatif jusque-là. Il me suffit de croire, sans deviner, qu'il falloit bien que ce fut un homme fort * extraordinaire , puisque son seul nom , après sa mort, a été capable de continuer la guerre à deux puissans rois, et que le premier capitaine de l'Europe, le second fondateur de cet Etat, Henri le Grand, de iglorieuse mémoire, n'a pris des villes, ni n'a gagné des batailles, que^pour faire perdre le crédit à un homme qui n'étoit plus.

Je ne veux pas oublier un mot que vous ne serez pas fâché de sçavoir; il est détaché de l'éloge , et on l'attribue à madame là maréchale de Retz. Ils avaient si banne mine , disoit-elle , ces princes LarrainSj qu^ auprès deux les autres princes paraissaient peuple. Cette façon de parler est un peu hardie, et un grammairien scrupuleux diroit , paroissoient bourgeois ; mais la Cour est au-dessus de l'école, et ne reconnoît point, non plus que l'Eglise, la jurisdiction de IsL grammaire.

QUE LES DONS DU CORPS. ET DE L ESPRIT ISTE SOVT, Hfl DE LA PUISSANCE, ICI DE LA JURISDIGTIOlf DE LA FORTUNE.

En continuant de vous entretenir de mes vieilles nouveautés, en voici une qui ne sera peut-être pas indigne de votre curiosité; et je serai bien aise si elle en demeure satisfaite* Ce qui vous fut dit hier, après la lecture du second discours d'Âristippe , ne me semble pas mal plaisant: que le temps n^avoit pas rendu sage la fortune; que p'étoit une folle incorrigible, et que les dei^ nières de ses. folies étoient toujours les plus grandes et les plus considérables.

iPour confirmer ce qui vous fut dît, nous ne manquerions pas d'exemples si nous en Aet' chions. Toute la terre en est pleine, parce que cette folle se trouve partout, et qu*il n y a point d'endroit où elle ne règne. Mais , sans descendre de la thèse à l'hypothèse, méprisons aujourd'hui, en ce petit coin du monde, celle' qui règne de tous côtés. Yengeons-nous de la fortune, nous autres malheureux , à tout le moins par ce petit

mot de v^rUé, e); disons d'abord , pour fondement de ce que nous dirons ensuite , que quelque peu borné que soit son pouvoir, que quelque vaste que soit son empire, nous devons avoir cette consolatjLon, qu'il y a beaucoup de choses qui lui sont impossibles, et beaucoup d'autres qui ne sont pas de sa jurisdiction.

loL fortune peut tirer un faquin de la cuisine, ou de l'écurie, pour le loger dans le plus bel appartemei^t du palais; elle peut mettre lUie couronne sur la tête d'un esclave ; elle peut faire triompher les méchans de l'innocence des gens de bien; elle peut quantité de semblables choses, et touf cela se voit dans les histoires passées ; mais avec toute sa puissance, elle n'a pu, ni ne pourra jamais embellir un laid , et refaire un visage qui fait peur, apprivoiser un brutal et polir la rudesse de ses moeurs^ donner de l'esprit à un sot , ni faire d'un poltron un vaillant homme*

Ydilà des choses qui sont impossibles à la fortune; en voici qui sont hors de sa jurisdiction. Elle peut ôter le bien, les dignités et la vie; mais eUe ne sçauroit ôter la réputation , l'honneur, ni la gloire. Elle ne sçauroit imposer ^ilence à la voix publique, qui a toujours justifié les innocens opprimés, ni empêcher que la vertu qu'elle persécute ne soit estimée , et que ceux qu'elle aime ne soient haïs. -^

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