‹ Œuvres choises de BalzacChapitre 32 sur 38 · T^S'JI · texte numérisé non relu

T^S'JI

En dépit de la fortune, Pasquin se moque de | l'indigne, et le poursuit par ses rimes , bonnes | ou mauvaises. Elle a beau mettre des barrières, i et poset des corps -de -garde devant la porté du palais qu'elle a bâti à l'esclave qu'elle a cou- ' ronué, la Vérité force tout cela pour aller découvrir, dans le cabinet, ses inclinations ser- TÏles, elles venir exposer à la vue du monde. Quoiqu'il soit redoutable, il ne laisse pas d'être , ridicule. On tremble devant lui, et on lui fera la moue quand il aura tourné le dos; on lui re- j prochera toujours la misère de sa premièpe cou- ; ditiou et les ordures de sa naissance ; on oppo- | sera toujours son ancien collier, à sa nouvelle ' couronne. La fortune ne sçauroit obtenir grâce , pour lui, ni des orateurs, ni des poètes , ni du , peuple, etc. 1

La comparaison des reines hypocondriaques, ; qui ont eu de l'amour pour un nain et pour un Maure, est assez heureusement conçue; mais elle n'est pas telle que s'imagine M. Mainard, qui la préfère à toutes nos autres comparaisons. Quoi qu'il en soit, elle est mienne, et je ne la veux pas désavouer; mais elle n'est pas ma grande, ni mon unique inclination. Le philosophe Epictète, dans ses réponses à l'empereur Adrien , avoit dit auparavant , que la Fortune étoit une femme de bonne maison , qtii se prostituoit à des valtis.

Quelques-uns appellent cela des jeux de la F^oftune. Epictète, plus sévère qu'eux, dit que ce sont des pédiés et des débauches de la Fortune. Le bonhorame Heinsius, pour le distinguer du jeune, parlant d'elle en quelques-unes de ses Oraisons, s'est servi du mot de meretricula.

Après cela, qu'on trouve étrange que Cléopâtre soit appelée par un ancien poëte,

.... Incesti meretrix ngina Canopi.

La Fortune, que Heinsius traite de femme de mauvaise vie, est bien plus grande dame que Clëopâtre; elle est bien plus véritablement la reine des rois que n'étoit cette superbe Égyptienne, qui prenoit une si insolente qualité, et la mettoit dans ses titres, du consentement de Marc-Antoine. C'étoit, à mon avis, pour disputer de la grandeur avec le roi de Perse, qui se laisoit appeler le roi des rois, aussi-bien que le géant des géans, et le &ère du soleil et de la lune.

Quand il vous plaira, je vous ferai voir cette vanité de Cléopâtre, dans une vieille inscription trouvée en Levant, et alléguée par Letinclaïus, sur l'histoire d'Auguste, Mais il faut sçavoir finir, ' et se garder d'être importun , à force d'étreobéissant.

BS

L'UTILITÉ DE L'm&TOmE AUX GENS DE GOOH

Je pensois avoir fini, et j'allob fermer la cassette où sbnt mes papiers , quand celiïi-ci s'est fortaitement trouvé entre mes mains. Je ne ly ai pas voulu remettre sans vous le communiquer, mV maginant qu'il pourra être de votre goût* Ce que je vous envoie est tiré d'un plus grand discours, qui fut fait , il y a long-temps , pour détoimier un homme de qualité du mauvais chemin qu'il prenoit pour l'instruction de ses enfans. Il cherchoit un maître , pour leur enseigner les règles de la politique^ et il l'avoit trouvé. Le maître et leséco* liers eussent passé toute leur vie à ne rien faire^ si le père n'eût été désabusé par ce peu que vous allez voir; et si ce peu vous fait désirer le reste, il faudra contenter votre désir.

Dans les livres que les anciens ont écrits de w prudence civile, il faut avouer qu'il y a bien ou galimathias de l'école et de la chicane philosophique. En ce pays-là, que de terres vagues et de déserts! que de lieux incultes et sauvages, éloi-

gnés de l'usd^ et du commun des hommes ! La République de Platon, les Politiques d'Aristote, tant qu'il vous plaira; mais surtout je recommande l'histoire à nos jeunes gens.

' Sans l'histoire, la politique n'est qu'un spectre creux et plein de vide, qu'on remue par je ne sçais quelles petites distinctions et divisions de l'école, pour jouer et amuser les enfant. Celte belle politique*, étant séparée de l'action et de l'exemple, ne s'entend pas elle-même. Il lui faut un guide dans le monde; elle a besoin d'interprètes dans les assemblées des hommes. Il n'y a donc que l'histoire qui informe et organise la politique, qui lui donne corps et subsistance; il n'j a qu'elle qui SiOit digne du loisir d'un homme extrêmement occupé, et de la spéculation d'une âme agissante.

Par-li , le bon courtisan , ne se contentant paà de sçavoir les pensées et les desseins des rois d'aujourd'hui , il entrera dans le conseil et dans la confidence de tous les princes qui furent jamais. Il pénétrera dans' les premières causes de leur conduite; il fera, pour ainsi dire, K dissection de leur âme et de leur esprit, dont les plus secrètes parties lui sei'ont découvertes. S'étant enrichi de la succession de tous les siècles, il «jouxtera à son expérience celle de toute l'antiquité.

Ce n'est point un paradoxe, ce que je dis. Par

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pour établir leur puissance, et ceux qu'il falloit tenir pour s'y opposer. Il apprendra de quelle façon l'empire est passé d'une nation à l'autre , par quelle fortune les maîtres ont eu leurs valets , et non pas leurs enfans pour leurs successeiu^, en quelle part on n'a pu supporter la monarchie, et où l'on n'a pas sçu user de la liberté. Enfin, ne s'étant rien £ût d'important , depuis le commencement du monde, jusques à cette heure qui lui soit inconnu, et voyant presque pourquoi et comment les choses ont été entreprises et exécutées , il ne sera pas étrange si, par une application ju^ dicieuse du temps passé au présent et de la spéculation à la pratique , il s'aquitte très-dignement, non*seulemç^t des actions civiles , mais aussi des actions militaires. Ses essais seront des chefsd'œuvre. Un tel apprenti sera maître dans une profession à laquelle il viendra avec de si excellens préparatifs , avec un si bon guide et tant de science.

CoÎQme vous voyez , le courtisan tire de grands avantages de la connoissance de l'histoire; mais il me semble qu'elle est encore plus utile au Prince qu'au courtisan^ et nous le ferons voir une autre fois dans un chapitre particulier. Disons cependant que le Prince doit quelquefois consulter les morts , qui sont de sûrs et de fidèles conseillers. ,

( 44» ) Nous avons aj^ris de nos amis de SloddwIiB que la reine de Suède, qui n'a guère plus de dishuit ans. Ut Polybe et Tliucydide en leur langue; qu'elle les explique en la sienne et en la nôtre admirablement; qu'elle fait d'exceUeus commentaires de TÏve voix sur ces «xcellenshistorietis. Je n'en demande pas tant de nos princes; et, sans rien entreprendre sur ces messiears qui font des livres pour l'instruction de Monseigneur le Dauphin , qui traiteront cette madère à fond , je dirai seulement que les miracles ne doivent point être tirés en exemple. Mais eu vérité , dès leur enfance, on leur doit dire des nouvelles de leurs prédécesseurs, et leur lire leflf Philippe de Commines, qui n'est inconnu en sucun lieu du monde , qui a été traduit en toutes h langues , et reçu en toutes les Cours de l'Europe.

À. HOnSBIONSDR

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