SECONDE HISTOIRE
DÈS son enfance it â paru dans le monde , et n'a pas déplu aux spectateurs. Il s^est approché des grands, et a été^reçu en leur familiarité. M. te cardinal de la Valette Taima avec chaleur, et cette chaleur eût duré toujours , sans les mauvais offices que lui rendit un bouffon que vous connoissez. Pour l'estime qu'il avoit pour lui , elle s'est conservée entière dans son esprit, jusques à sa mort^ en dépit des mauvais offices et des bouffons.
La présence et l'absence de votre voisin plai* soient également au cardinal, parce que leurs entretiens de vive voix continuoient par écrite et ceci suffira pour vous faire juger du reste» Les lettres qu'il recevoit de lui étoient si agréableSy qu'il en avoit mis en proverbe le mérite. U disoit ordinairement, quand il vouloit louer quelque chose : Je ne fais pas plus détat des let-très dun tel; les lettres d'un tel ne me sont pas plus chèr^ que telle ou que telle chose.
Feu M. le duc d'Épernon, avec lequel il fit le voyage d'Amadis, je veux dire le voyage de Blois, qui tient plus du roman que de l'histoire, le proposa à la Reine, mère du Roi, pour être secré*
taire de ses commandemens, et il est certain que s'il eût voulut s^aider, il pouvoit d*abord remplir cette place. Vous sçave2i qu'elle éfoit vide par Fabsence de M. Ville-Savin , et qu'en ce tempslà M. d'Epemon pouvoit tout auprès de cette princesse, M. de Luçon n'étant pas encore revenu du lieu où M. de Luynes l'avoit relégué.
Ce M. de Luçon avoit vu je ne sçais quoi de votre voisin, qui lui avoit ^ disoit-il, chatouillé V esprit^, et qui -l'obligea de rechercher son amitié. Ayant apporté d'Avignon un désir passionné de le connoître y il lui fit une infinité de caresses à son arrivée à Angoulême. 11 le traita d'illustre, d'homme rare , de personne extraordinaire ; et l'ayant un jour prié à dîner, il dit à force gens de qualité qui étoient à table avec lui : P^oila un homme ( cet homme n'avoit alors que vingtdeux ans) à qui U faudra faire du bieh^ quand nous le pourrons p et il faudra commencer par une abbaye de dix mille livres de rente.
N'est-il pas vrai qu'on ne sçauroit guère voir de pluà beaux commencemens ? A Rome on lui eût, là-dessus , prêté de l'argent; on eût fait des gageures sur ces avances de la fortune. Toutefois, les choses en sont demeurées là. M. le cardinal de Ridielieu ne s'est point souvenu de ce qti'avoit dit M. Tévêque de Luçon ; et votre voisin non plus ne s'est pas mis beaucoup en peine
de Féii foire iiiÙYcrii'r. Véritablement, il lui a écrit trois où quatre lettres feii cinq où dx àWs^ et s'est préisenlé autant dé fois devant luï; mais je vous réponds icju'^il ne Fa jamais ftiit '^ahs se feii'é violehcé/raî Vu le fond de sori àirriè'; il à toujours fui fémptei /avec plus dé soiii que les autres ùé le cherchent. Il n'a adoré la faveur qiié pdùr'ne déisobéii^ p^as à là puissance paternelle, et par coiîsëqùént, s'il a été ambitieui, te n'a pas été de sa propre anlbition, mais de celle de son père. Aujourd'hui soii' père et lui sont du même avis : le bonhomme s'est guéri de la Cour sur ses vieux jours, et son fils fait bien voir qu'il n'en fut jamais malade.
£n l'état où il a mis son esprit, il n'a pas plus de prétention à Paris qu'à Constantinople. Il n'est point des confidens du favori, mais il est encore moins de ses importuns. Il ne demande au Roi que la permission de se promener au soleil, quand il fait froid, et à l'ombre, quand il fait chaud. Il dit qu'il connoît son peu de mérite , et la justice que lui fait la Cour de ne lui faire point de grâce. En cela, il est d'accord avec elle; mais, de plus, il proteste, et il me l'a juré par tout ce qu'il y a de saint et de sacré dans le monde, que s'il prenoit fantaisie à la fortune de lui faire du bien présentement, elle trouveroit im .homme qui ne voudroit point de ses fa-^ veurs.
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