CONTRE AMOUR
Je connois mon erreur, je commis la folie Qui profonde a tenu mon aine ensevelie, Je connois les flambeaux dont je fus embrasé , Je connois le venin qui troubla ma pensée , Et regrette en pleurant ma jeunesse passée , Maudissant le pipeur qui m'a tant abusé.
Que mon cœur , que ma voix , que mon esprit se
change , Au lieu de tant d'écrits sacrés à sa louange , Cependant qu'un chaud mal me rendoit insensé : Que mon vers désormais déteste sa puissance , Afin que pour le moins chacun ait cônnoissance Que je n ai pas grand peur qu'il en soit offensé.
Celui qui veut conter les douloureuses peines , Les regrets, les soucis, les fureurs inhumaines , Les remords , les frayeurs qu'on supporte en aimant , Qu'il conte du printemps la richesse amassée,
Les vagues de la mer quand elle est courroucée, Et par les longues nuits les yeux du firmament.
Le forçat enchaîné quelquefois se repose , Le pauvre prisonnier dedans sa prison close Clôt quelquefois les yeux et soulage ses maux ; Au soir le laboureur met ses bœufs en Fétable , Et doucement forcé d'un sommeil agréable, Remet jusques au jour sa peine et ses travaux.
Seulement le cliétif qui porte en la pensée Le poignant aiguillon d'une rage insensée , Ne sent point de relâche entre tant de malheurs : Si le jour le fàchoit , la frayeur solitaire Et le silence coi rentament sa misère , Renveniment sa plaie et rouvrent ses douleurs.
Est-il dedans le lit? les pensers qui l'assaillent, Mutins et furieux sans repos le travaillent : L un cà , l'autre delà , chacun à qui mieux mieux. De ses cuisants regrets le Ciel il importune , Il rêve, il se dépite , il maudit sa fortune , Noyant toute espérance au torrent de ses yeux.
S'il s'endort quelquefois , aggravé de tristesse , Hélas ! par le dormir sa douleur ne prend cesse 3 Mais plus fort que devant il se sent travailler ; Car au premier sommeilles songes l'épouvantent, Et mille visions à ses yeux se présentent Qui le font en sursaut rudement éveiller,
20 VUlï-lVPEL DESPORTIÏS.,
Le jour est-il Venu f sa douleur recommence \ Il déteste le bruit , il cherche le silence , La clarté lui déplaît , et la voûte des cieùx ,-, Le murmure des eaux, la fraîcheur des ombrages, Herbes , rives et fleurs , forêts , prés et bocages , Et ne sauroit rien voir qui contente ses yeux A