‹ Œuvres choises de Desportes, Bertaut (volume 2)Chapitre 9 sur 66 · RIMES TIERCES · texte numérisé non relu

RIMES TIERCES

Si jamais plus ma liberté j'engage Au faux Amour, jadis roi de mon cœur, Que je languisse en éternel servage.

Si jamais plus son feu brûle mon ame , Que je n'éprouve en aimant que rigueur, Et que mes pleurs fassent croître ma flamme,

Si jamais plus une beauté mortelle Tient mon esprit en la terre arrêté , Que mon mal serve à la rendre plus belle. Si jamais plus pour ses yeux je soupire, Que mes soupirs croissent sa cruauté , Et de mes cris ne se fasse que rire.

Que les cheveux, dont mon ame fut prise , Laissent son chef, après avoir changé Leur couleur d'or en une couleur grise.

Que de ses mains son miroir elle rompe Voyant sa face , et que je sois vengé De ce cristal qui maintenant la trompe.

Qu'elle ait regret a sa jeunesse folle , Et qu'elle apprenne hélas ! trop chèrement^ Que la beauté comme le vent s'envole.

Lors sans danger, sans douleur et sans crainte -Je me rirai d'avoir si longuement A la servir ma liberté contrainte.

Puis je prendrai la vaine repentance , Et ses soupirs pour heureux payement De mes douleurs et de son arrogance.

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