DERNIÈRES AMOURS
CHANSON
ZXïviour oy an t tant renommer La Vénus qui me fait aimer , Entreprit yers elle un voyage , Tant il est désireux du beau !
Et se fit ôter son bandeau , Pour mieux voir si parfait ouvrage.
Alors ravi de tant d'attraits , Et navré de ses propres traits:
Sus, sus, dit-il, qu'on me rebande , Aussi bien revolant aux cieux , Il ne faut pas que je m'attende De voir rien d'égal à ses yeux.
ÉPIGRAMME
Vous m'avez fait jeter au plus vif de la flamme Un sonnet que du cœur l'Amour m'a fait sortir : Si c'est pour appaiser les courroux de votre ame, La vengeance est petite, il n'en peut rien sentir. Ah ! non, vous l'avez fait pour sauver votregloire,
Qui couroit grand péril sans cet embrasement : Car en brûlant mes vers, je brûle aussi l'histoire De votre tyrannie et de mon long tourment.
STANCES
Enfin les dieux bénins ont exaucé mes cris , La beauté qui me blesse , et qui tient mes esprits
En langueur continue , Languit dedans un lit d'un mal plein de rigueur, Son beau teint devient pâle , et sa jeune vigueur
Peu à peu diminue.
Pour le moins tant de jours qu'au lit elle sera Nonchalante de soi , ma frayeur cessera :
Car ceux qui me font crainte , D'approcher de son lit n auront pas le pouvoir Et peut-être le temps qu'ils seront sans lavoir
Rendra leur flamme éteinte.
Sitôt que son beau corps sera froid et transi , Sur le point de sa mort je veux mourir aussi ,
La sentence est donnée :
Car ma vie à l'instant de regret finira , Ou par glaive ou poison du corps se bannira
Mon ame infortunée.
Avec ce dernier acte à tous je ferai voir Que moi seul en vivant meritois de l'avoir Pour mon amour fidelle :
4o PHILIPPE DESPORTES.
Car de tant de muguets qui l'aiment feintement, Je suis sûr que pas un , fors que moi seulement Ne se t uera pour elle.
O Dieux! qui d'ici-bas les destins gouvernez, Et qui des suppliants les malheurs détournez ,
Oyez ce que je prie !
Rendez saine ma dame avec un prompt secours , Et s'il en est besoin , retranchez de mes jours
'Pour allonger sa vie.