‹ Œuvres choises de Desportes, Bertaut (volume 2)Chapitre 13 sur 66 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

De mes ans la fleur se déteint , J'ai l'œil cave , et pâle le teint , Ma prunelle est toute éblouie :

De gris-blanc ma tête se peint , Et n'ai plus si bonne l'ouïe.

Ma vigueur peu-à-peu se fond ,

Maint sillon replisse mon front,

Le sang ne bout plus dans mes veines ;

Comme un trait mes beaux jours s'en vont

Me laissant foible entre les peines.

Adieu chansons , adieu discours , Adieu nuits que j'appelois jours , En tant de liesses passées , Mon cœur où logeoientles amours N'est ouvert qu'aux tristes pensées.

CLEOTîICE , DEKN IÈRE5 AMOURS. 41

Le printemps les roses produit, L'été plus chaud mûrit le fruit, Des saisons divers est l'empire :

Aux amours la jeunesse duit ; L'autre âge autre chose désire.

Connoissant donc ce que je doi , Faut- ii pas suivre une autre loi Propre à mon âge et ma tristesse ?

Dois -je pas bannir loin de moi Tous noms d'amour et de maîtresse ?

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CHANSON

yj bienheureux qui peut passer sa vie Entre les siens , franc de haine et d'envie , Parmi les champs , les forets et les hois , Loin du tumulte et du bruit populaire : Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux fous désirs des princes et des rois !

Il ne frémit , quand la mer courroucée Enfle ses flots , contrairement poussée Des vents émus soufflants horriblement:

Et quand la nuit à son aise il sommeille , Une trompette en sursaut ne f éveille Pour l'envoyer du lit au monument.

L'ambition son courage n'attise ; D'un fard trompeur son ame il ne déguise ; Il ne se plaît à violer sa foi ; Les grands seigneurs sans cesse il n'importune , Mais en vivant content de sa fortune , Il est sa cour, sa faveur et son roi.

Dedans mes champs ma pensée est enclose , Si mon corps dort mon esprit se repose,

Un soin cruel ne le va dévorant :

Au plus matin , la fraîcheur me soulage ; S'il fait trop chaud , je me mets à l'ombrage , Et s'il fait froid , je m'échauffe en courant.

Dans les palais enflés de vaine pompe , L'ambition, la faveur qui nous trompe, Et les soucis logent communément:

Dedans nos champs se retirent les fées Reines des bois, à tresses décoiffées , Les Jeux , l'Amour, et le Contentement.

Que de plaisir de voir deux colombelles , Bec contre bec, en trémoussant des ailes, Mille baisers se donner tour-à-tour !

Puis tout ravi de leur grâce naïve , Dormir au frais d'une source d'eau vive Dont le doux bruit semble parler d'amour !

Que de plaisir de voir sous la nuit brune , Quand le soleil a fait place à la lune , Au fond des bois les nymphes s'assembler,. Montrer au vent leur gorge découverte , Danser, sauter, se donner cotte-verte , Et sous leurs pas tout l'herbage trembler !

Ainsi la nuit je contente mon ame :

Puis quand Phcebus de ses rais nous enflamme , J'essaie encor mille autres jeux nouveaux :

Diversement mes plaisirs j'entrelace ; Ores je pêche, or je vais à la chasse, Et or je dresse embuscade aux oiseaux.

Je fais l'amour , mais c'est de telle sorte Que seulement du plaisir j'en rapporte , N'engageant point ma chère liberté :

Et quelques lacs que ce Dieu puisse faire Pour m attraper,quand je m'en veux distraire, J'ai le pouvoir, comme la volonté.

Douces brebis , mes fidelles compagnes , Hayes, buissons , forêts , prés et montagnes, Soyez témoins de mon contentement z\ Et vous, ô Dieux ! faites, je vous supplie, Que cependant que durera ma vie , Je ne connoisse un autre changement.

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