ADIEU A LA POLOGNE
Adieu, Pologne, adieu , plaines désertes , f Toujours de neige ou de glaces couvertes , Adieu , pays d'un éternel adieu :
Ton air, tes mœurs m'ont si fort su déplaire, Qu'il faudra bien que tout me soit contraire, Si jamais plus je retourne en ce lieu.
Adieu, maisons d'agréable structure, Poêles , adieu , qui dans votre clôture Mille animaux pêle-mêle entassez ,
Filles, garçons, veaux et bœufs tout ensemble* Un tel ménage à l'âge d'or ressemble , Tant regretté par les siècles passés.
Barbare peuple, arrogant et volage, Vanteur, causeur, n'ayant rien que langage; Qui jour et nuit dans un poêle enfermé Pour tout plaisir se joue avec un verre , Ronfle à la table , ou s'endort sur la terre , Puis comme un Mars veut être renommé.
Ce ne sont pas vos grands lances creusées , Vos peaux de loup , vos armes déguisées Où maint plumage et mainte aile s'étend , Vos bras charnus, ni vos traits redoutables , Lourds Polonois, qui vous font indomptables: La pauvreté seulement vous défend.
Si votre terre étoit mieux cultivée , Que l'air fût doux , qu'elle fût abreuvée De clairs ruisseaux , riche en bonnes cités , En marchandise , en profondes rivières , Qu' elle eût des vins, des ports et des minières, Vous ne seriez si long- temps indomptés.
Neuf mois entiers, pour complaire à mon maître, Le grand Henri , que le ciel a fait naître Comme un bel astre aux humains flamboyant, Pour ce désert j'ai la France laissée ,
Y consumant ma pauvre arae blessée , Sans nul confort, sinon qu'en le voyant.
ÉPIGRAMME
Je voulus baiser ma rebelle , Riant elle m'a refusé :
Puis soudain , sans penser à elle, Toute en pleurs elle m'a baisé.
De son deuil vint ma jouissance , Son ris me rendit malheureux.
Voilà que c'est ! un amoureux A du bien , quand moins il y pense.