VILLANELLE
Je m'assurois, plein d'amoureuse flamme , Sur des serments qui souvent m'ont déçu : Mais quel serment peut jurer une femme? Hélas trop tard pour mon bien je l'ai su ! O que mon cœur est pressé de furie !
Il est aisé de tromper qui se fie.
Jamais ton nom en mes vers ne se lise , Afin qu'au moins on ne puisse avérer Qui fut l'esprit si rempli de feintise : Je t'aimois trop pour te déshonorer.
En ma douleur il suffit que je die :
Il est aisé de tromper qui se fie.
Rends-moi mon cœur, déloyale maîtresse , Ce n'est raison que tu l'ayes à toi : Pour sa bonté trop grande est ta finesse , Il est fidelle , et tu n'as point de foi ; Assez as-tu sa franchise asservie !
Il est aisé de tromper qui se fie.
Heureux amant , goûtant la jouissance .
Du fruit que j'ai tant de fois savouré , Serments , soupirs , faveurs en abondance , De son amour ne te rende assuré.
A tels appas elle arrêta ma vie :
J'en fus trompé , jamais je ne m'y fie.
POÉSIES DIVERSES. 5j
ÉPIGRAMME
Je t'apporte, 6 Sommeil, du vin de quatre années , Du lait, des pavots noirs aux têtes couronnées ; Veuille tes ailerons en ce lieu déployer, Tant qu'Alizonla vieille accroupie au foyer, ( Qui d'un pouce retors, et d'une dent mouillée, Sa quenouille chargée a quasi dépouillée) Laisse cheoir le fuseau , cesse de babiller , Et de toute la nuit ne se puisse éveiller : Afin qu'à mon plaisir j'embrasse ma rebelle , L'amoureuse Isabeau, qui soupire auprès d'elle.