‹ Œuvres choises de Desportes, Bertaut (volume 2)Chapitre 26 sur 66 · CANTIQUE · texte numérisé non relu

CANTIQUE

Bienheureux est celui qui ? parmi les délices Dont le monde a sucré le poison de ses vices ? Et parmi tant d'appas à mal faire alléchants , Régit si prudemment les désirs dé son ame , Que nul secret remords son courage n'entame , Pour avoir augmenté lé nombre des méchants !

Qui , 1 isant jour et nuit 7 des yeux de la pensée , 1 1& Joi du Tout-Puissant en son ame tracée , Coneoii.de beaux désirs, produit de beaux effets; Jm. de qui le courage abhorrant la vengeance , D'un volontaire oubli , noyé en sa souvenance Les torts qu'il a reçus et les biens qu'il a faits.

Cet homme-là ressemble à ces belles olives Qui, du fameux Jourdain , bordent les vertes

rives , Et de qui uni hiver la beauté ne détruit : Les ruisselets d'eau vive autour d'elles gazouillent ;

POESIES DIVERSES. lo3

Jamais leurs rameaux verts leur printemps ne

dépouillent , Et toujours il s'y trouve ou des fleurs ou du fruit.

Nul effroi , nulle peur en sursaut ne l'éveille : Endormi , Dieu le garde ; éveillé , le conseille ; Conduit tous ses desseins au port de son désir ; Puis fait qu en terminant son heureuse vieillesse, Ce qu il semoit en terre avec peine et tristesse , Il le recueille au Ciel en repos et plaisir.

Il n'en va pas ainsi de celui qui méprise Et la loi du Seigneur , et la voix de l'Eglise , Soi-même étant son Dieu , son Eglise et sa loi : Sa plus parfaite joie en douleurs est féconde , Et bien qu'il semble avoir son Paradis au monde , Si porte-il malheureux son enfer quant et soi.

Ni pompe, ni grandeur , ni gloire , ni puissance Ne sauroient détourner le glaive de vengeance Pendant dessus son chef des mains de l'Éternel, De qui l'inévitable et sévère justice Fait qu'il est à toute heure , en un même supplice , Témoin, juge et bourreau, non moins que criminel.

Non , les fiers aquilons , de leur venteuse ha*» leine ,

Ï04 J T'A IV It EUT ATT T.

Ne promènent pas mieux , sur Je dos d'un*

plaine , La paille rencontrée au champ <lu laboureur ,

Que Dieu le poursuivra sur Le Iront de la lerre ,

Si jamais son pouvoir , Jui déclarant Ja guerre , Change sa patience en ardente fureur*

Puis quand yiendra le jour , le jour épouvantable

Où les peuples jugés par sa bouche équitable ,

Seront de leurs forfaits eux-mêmes décéleurs z Alors Je misérable , envoyé pour pâture Au feu « 1 1 1 ■ sert là-bas aux âmes de torture , Paiera ses courts plaisirs d éternelles douleurs.

Car le Seigneur est juste autant que débonnaire.

Kl sa saiiile équité paye à tous le salaire

Que méritent leurs laits , soit connus 7 soit

cachés :

En COI que inoins enclin aux peines qu à Ja

grâce ,

Tous les jours sa bonté nos inéi îles surpasse ? El jamais sa rigueur n'égale nos péchés.

I> Ali AIMI RASE

du PSEAUME <:x LVII.

Heureux hôtes (\u Ciel , saintes légions d'anges, Guerriers qui triomphez du vice surmonté 7

Célébrez à jamais du Seigneur les louanges , Et d'un hymne éternel honorez sa honte.

Soleil , dont la chaleur rend la terre féconde , Lune , qui de ses rais empruntes ta splendeur , Lumière , l'ornement et la beauté du monde , Louez , bien que muets , sa gloire et sa grandeur.

Chantez-la donc aussi , vous enfants delà terre Qui , composés de cendre, en cendre retournez , Soit vous que l'océan dans ses vagues enserre , Soit vous qui librement par l'air vous promenez.

Faites la dire aux bois dont vos fronts se couronnent ,

Grands monts , qui , comme Rois , les plaines maîtrisez ;

Et vous , humbles coteaux , où les pampres foisonnent ,

Et vous , ombreux vallons , de sources arrosés.

Féconds arbres fruitiers , l'ornement des collines , Cèdres , qu'on peut nommer géans entre les bois, Sapins , dont le sommet fuit loin de ses racines , Chantez-la sur les vents qui vous servent de voix.

Animaux , qui paissez la plaine verdoyante ,

ÏOi> - JEAN B EUT A UT.

Et vous que l'air supporte , et vous qui serpentant Vous traînez après vous d'une échine ondoyante, Naissez , vivez , mourez 3 sa louange exaltant.

Vous , que la fleur de l'âge aux voluptés convie , Vous qui , chassés du monde , et jà prêts d'en

sortir , Touchez d'un pied tremblant les bornes de la

vie , Faites son nom sans cesse en vos chants retentir.

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