DISCOURS AU ROI
JT uissant roi des François, astre vivant de
Mars(t), Dont le juste labeur, surmontant les hasards , Fait voir par sa vertu que la grandeur de France Ne pouvoit succomber sous une autre vaillance : Vrai fils de la valeur de tes pères, qui sont Ombragés des lauriers qui couronnent leur front, Et qui, depuis mille ans indomptables en guerre, Furent transmis du ciel pour gouverner la terre ; Pu isses-tu,comme Auguste, admirable en tes faits, Rouler tes jours heureux en une heureuse paix !
(i) Ce discours fut compost', et adressé à Henri IV, après l'entière extinction de la ligue.
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< )res que la justice ici-bas descendue
Aux petits comme aux grands par tes mains est
rendue j Que, sans peur <'«« lai ion, trafique le marchand , (Juc l'innocent ne tombe aux aguets du méchant. Aujourd hui que ton ûls(i), imitant ton courage, Nous rend de sa valeur un si grand témoignage , Que , jeune , do ses mains la rage il déconfil 7 Étouffanl le s serpents ainsi qu Hercule ut; Ki T domptaul la Discorde à la gueule sanglante, D'impiété, d horreur , encore frémissante,
Il lui (rousse les bras de ineui 1res cnlaclies , De ce ni cl la nies d'an ci sur le dos al lai lies; Sous des monceaux de 1er dans ses armes l'enterre, Kl renne pour jamais Je temple de la guerre , l'ai sa ni voîrclaircnienl, par ses lails I riompliaiils, (Juc les rois et 'es dieux ne sonl jamais enlanls :
Si bien ques'élevant sous ta grandeur prospère, Généreux héritier d un si généreux père, Comblanl les lions d'amour et les méchants d'effroi ,
Il se ic\n\ au herceau dejadi^nede toi.
IMais c èsl mal contenter mon humeur frénétique,
Passer de la satire (2) en un panégyrique,
,( i ) Lr© dauphin,, qui fut depuis le roi Louis XIII. (•>.) Ce vers prouve «pie Régnier avob composé <1< satires avant ce discours,
SATIRES. IIO,
Où mollement disert , sous un sujet si grand , Dès le premier essai mon courage se rend. Et quand j'égalcrois ma muse à ton mérite , Toute extrême louange est pour toi trop petite ; Où tout le monde entier ne bruit que tes projets; Où ta bonté discourt au bien de tes sujets ; Où notre aise , et la paix , ta vaillance publie; Où le discord éteint, et la loi rétablie , Annoncent ta justice; où le vice abattu Semble , en ses pleurs , ebanter un hymne à ta
vertu.
De tout bois , comme on dit , Mercure on ne façonne.
Et toute médecine à tout mal n'est pas bonne. De même le laurier , et la palme des rois , N'est un arbre où chacun puisse mettre les doigts; Joint que ta vertu passe, en louange féconde , Tous les rois qui seront, et qui lurent au monde.
Il se faut reconnoître , il se faut essayer, Se sonder , s'exercer , avant que s'employer , Comme fait un luiteur entrant dedans l'arène , Qui , se tordant les bras , tout en soi se démène , S'alonge, s'accourcit, ses muscles étendant, Et , ferme sur ses pieds , s'exerce en attendant Que son ennemi vienne , estimant que la gloire Jà riante en son cœur lui don'ra la victoire. Il faut faire de même un œuvre entreprenant , Juger comme au sujet l'esprit est convenant;
1 Jt O M V T 11 U R I N R E G NIEIl.
Et quand on se sent ferme , et d'une aile assez
forte, Laisser aller Ja plume où la verve l'emporte. J'imite les Romains encore jeunes d'ans, A qui l'on permettait d'accuser, impudents , Les plus vieux de l'état , de reprendre , et de dire Ce qu'ils pensoient servir pour le bien de l'empire* Et comme la jeunesse est vive et sans repos , Sans peur , sans fiction, et libre en ses propos , Il semble qu'on lui doit permettre davantage : Aussi que les vertus fleurissent en cet âge , Qu'on doit laisser mûrir sans beaucoup de rigueur , Afin que tout à Taise elles prennent vigueur. C'est ce qui m'a contraint de librement écrire , Et sans piquer au vil me mettre à la satire; Où, poussé du caprice, ainsi que d'un grand vent, J e vais haut dedans l'air quelquefois m'élevant ; Et quelquefois aussi, quand la fougue me quitte, Du plus haut au plus bas mon vers se précipite , Selon que , du sujet touché diversement , Les vers à mon discours s'offrent facilement.
Or, grand roi , dont la gloire en la terre épandue Dans un dessein si haut rend ma muse éperdue, Ainsi que l'œil humain le soleil ne peut voir , L'éclat de tes vertus offusque tout savoir; Si bien que je ne sais qui me rend plus coupable ,
Ou de dire si peu d'un sujet si capable, Ou Ja bonté que j'ai d'être si mal appris , Ou la témérité de l'avoir entrepris.
Mais quoi ! par ta bonté, qui toute autre surpasse, T'espère du pardon , avecque cette grâce , Que tu liras ces vers, où jeune je m'ébats Pour égayer ma force ; ainsi qu'en ces combats De fleurets on s'exerce , et, dans une barrière , Aux pages l'on réveille une adresse guerrière Follement courageuse, afin qu'en passe-temps Un labeur vertueux anime leur printemps ; Que leur corps se dénoue, et se désangourdisse , Pour être plus adroit à te faire service. Aussi je fais de même en ces caprices fous : Je sonde ma portée , et me ta te le pouls , Afin que s'il advient, comme un jour je l'espère, Que Parnasse m'adopte, et se dise mon père , Emporté de ta gloire et de tes faits guerriers , Je plante mon lierre au pied de tes lauriers.
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A M. LE COMTEDE GARAMAIN.