EPITRES
Ha ! que ces paladins vivants dans mon histoire, Non comme toi touchés d'une bâtarde gloire , Te furent différents, qui, courageux par-tout, Tinrent fidellement mon enseigne debout ; Et qui, se répandant ainsi comme un tonnerre, Le fer dedans la main firent trembler la terre , Et tant de rois payens sous la croix déconfits Asservirent vaincus aux pieds du crucifix , Dont les bras retroussés, et la tête penchée , De fers honteusement au triomphe attachée , Furent de leur valeur témoins si glorieux , Que les noms de ces preux en sont écrits aux ci eux !
Sitôt que cette nymphe, en son dire enflammée, Pour finir son propos eut la bouche fermée , Plus haute s'élevant dans le vague des cieux , Ainsi comme un éclair disparut à nos yeux ; Et se montrant déesse en sa fuite soudaine , La place elle laissa de parfum toute pleine , Qui , tombant en rosée aux lieux les plus prochains , Réconforta le cœur et l'esprit des humains.
Henri, le cher sujet de nos saintes prières , Que le ciel rêseryoit à nos peines dernières , Dans le port de la paix , grand prince , puisses-tu . Malgré tes ennemis , exercer ta vertu !
Attendant que ton fils , instruit par ta vaillance^ Dessous tes étendards sortant de son enfance , Plus fortuné que toi , mais non pas plus vaillant^
Aille les Ottomans jusqu'au Caire assaillant ; Et que , semblable à toi , foudroyant les armées Il cueille avec le fer les palmes idumées. Puis, tout flambant de gloire en France revenant, Le ciel même là-haut de ses faits s' étonnant , Qu'il épande à tes pieds les dépouilles conquises , Et que de leurs drapeaux il pare nos églises.
Alors rajeunissant, au récit de ses faits , Tes désirs et tes vœux en ses œuvres parfaits , Tu ressentes d'ardeur ta vieillesse échauffée , Voyant tout l'univers nous servir de trophée !
É PITRES. 2Gl
A M. DE FORQUEVAUS.