‹ Œuvres choises de Desportes, BertautChapitre 163 sur 193 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Le jugnnent d'tin seul n'est point la loi de tous , Qu'attendre est pour juger la règle la meilleure , Et que l'arrêt public est le seul qui demeure.

VALËRE.

Il est vrai; maiâ enfin Cléon est respecté , Et je vois les rieurs toujours de son côté,

ABIST£.

De si honteux succès ont-ils de quoi vous plaire?

Du rôle de plaisant connoissez la misère :

J'ai rencontré souvent de ces gens à bons mots.

De ces hommes charmants qui n'étoient que des sots;

Malgré tous les efforts de leur petite envie,

Une froide épigramme, une bouffijunerie,

A ce qui vaut mieux qu'eux n'6tera jamais rien ,

Et, malgré les plaisants , le bien est toujours bien.

J'ai vu d'autres méchants d'un grave caractère ,

Gens laconiques , froids , à qui rien ne peut plaire;

Examinez-les bien, un ton sentencieux

Cache leur nullité sous un air dédaigneux:

Cléon souvent aussi prend cet air d'importance;

Il veut être méchant jusque dans son silence :

Mais qu'il se taise ou non , tous les esprits bien faits

Sauront le mépriser jusque dans ses succès.

VALÈRE

Lui refuseriez-vous l'esprit? j'ai peine à croire...

ABISTE.

Mais à l'esprit méchant je ne vois point de gloire : Si TOUS saviez combien cet esprit est aisé ,

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igi LE MÉCHANT.

Combien il en &ut peu , comme il est méprisé!

Le plus atupide obtient la même réussite :

Eb! pourqucn tant de gens ont*ils ce plat mérite?

Stérilité de Tame , et de ce naturel

Agréable, amusant, sans bassesse et sans fiel.

On dit l'esprit commun; par son succès bizarre,

La méchanceté prouve à quel point il est rare :

Ami du \neB , de l'ordre', et de l'humanité ,

Le véritable esprit marche avec la bonté.

Cléon n'offre à nos yeux qu'une fausse lumière :

La réputation des mœurs est la première;

Sans elle , croyez-moi , tout succès est trompeur :

Mon estime toujours commence par le cœur;

Sans lui l'esprit n'est rien; et, malgré vos maxime*.

Il produit seulement des erreiu^ et des crimes.

Fait pour être chéri , ne serez-vous cité

Que pour le complaisant d'un homme détesté?

TALÈRE.

Je vois tout le contraire , on le recherche , on Yaiiae; Je vottdrois que chacun me détestât de même : On se l'arrache au n^çins ; je l'ai vu quelquefois A des soupers divins retenu pour un mois ; Quand il est à Paris il ne peut y suffire :

Me direz-vous qu'on hait un bonune qu'on désire?

ABISTE.

Que dans ses procédés l'homme est inconséquent! On recherche un esprit dont on hait le talent : On applaudit aux traits du méchant qu'on al^orre^

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