‹ Œuvres choises de Desportes, BertautChapitre 2 sur 193 · X SUR GRESSET · texte numérisé non relu

X SUR GRESSET

pièces , et qui aous le montre cette fois fort sup^* rieur aux sujets qu'il traite en se jouant.

• Excepté Ig Méchant, dont nous nous occuperons tout-&4'beure, excepté r£/rf(re à ma tasur, et quelques autres pièces peu nombreuses, nous avons déjà parcouru tous les titres qui assurent à Gresset une renommée aussi durable que la langue. C'est ici le lieu d'examiner rapidement le caractère de sa poésie et de sa versification ; car elles en ont un qui lui appartient et qu'il n'a puisé à aucune école.

ReconnoisBons d'abord qu'avant d'écrire , tout jeune qu'il étoit, il avoit étudié les ressources de sa langue, la diversité des styles poétiques, et jusqu'aux atiance» dont chacun d'eux est susceptible. Aussi le Toit-on, dans un même sujet, s'élever ou •'abaisser à son gré, sans effort comme sans disparate. Dn de ses artifices les plus fréquents est de rehausser la petitesse des objets par l'importance des comparaisons.Ainsi,dans/^er-^erf, voulant dès le défaut nous préparer aux infortunes de son béros, il nous annonce

Ud perroqael oon moins brillant qu'Eues, Noa moins d^ot, plus malheureux que lui.

. Plus loin , a-t-il à peindre l'heureuse promptimde avec laquelle l'oiseau répond à toutes les questions des jeunes sœurs? Tel, nous dit-il,

Tel autrefois César, en mjme temps, INctoit i qnilra en «ylet JifKretit*-

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Jusqu'à Gresset , la poésie, en osant du droit i]n'«lle a de personnifier nos travers , nos passions, nos verras , s'étoit bornée à nous les peindre avecnn attribut , nn signe particulier qui les caractérisât. Roileau nous &it voir la charité qui s'ixvanceitne bourse à la main; J. B. Rousseau, rin^osture aux yeux effrontés ; Voltaire, lenvie à tant timide et louche. Gresset va plus loin : ses tableaux sont des portraits. Il attache au ridicule, au travers qu'il veut peindre, le signalement, et jusqu'à l'habit du personnage qui a irappé ses yeux, dans le monde, par ce même travers, par ce même ridicule. Cest

L'ignorance m petit mantaan, L* bigotsrie en Inoettei, La minauilerie en cartMttei, Et la rëfonne en grand chapeau.

La Chartreuse , d'où ces vers sont tirés, et les autres bonnes pièces de Gresset fournissent plusieurs exemples de cette manière de peindre d'un seul trait, en donnant à ce trait une ressemUance qui saisît.

Noos conviendrons, si l'on veut, que dans les différents morceaux qui viennent de fixer un moment Bob-e attention, l'auteur de ^cr-^er( n'a point élevé la poésie à sa destination la pliis noble, ta plus importante, la plus utile, et que son talent ne s'est déployé que dans un genre étroit et sur des sujets bien légers; mais il taat avouer aussi qu'il a excellé

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dans ce genre, qu'il n'y fut eouteoa par aucun modèle; et ce mérite doit suffire à sa gloire.

Sa versification lui assure également des droits à l'estime des counoisseurs. Ou sait que, sous ce rapport, il est le chef d'une école où l'on est parvenu quelquefois à lui ressembler, sans pourtant jamais réussir à l'égaler dans ce que sa manière à de vraiment louable. C'est nne tâche facile de l'imiter dans ces longues énnmérations par lesquelles il] procède trop souvent, et dans ces accumulations de rimes redoublées , qui deviennent une fatigue pour l'esprit quand elles ne sont qu'un vain plaisir ménagé pour l'oreUIe. Mais personne n'a sn mieux que lui donner du mouvement , de la souplesse , et de l'étendue à la période poétique, toujours en fortiSant l'idée qu'il veut exprimer ou l'image qu'il veut peindre, et sans qu'il paroisse lui en coûter aucun effort, sans qu'il laisse aucun embarras, aucun nuage dans l'esprit du lecteur. Quand il écrit ainsi, sa versiËcation mérite qu'on la loue et même qu'on l'étudié.

Rendu à la société et jeté au milieu du mouvement et des plaisirs de la capitale, le chantre de Va^ P'ert ne pouvoit manquer d'y être accueilli. Il étoit tout simple que les gens du monde, dont il avoit su deviner le ton, du fond de son collège, se montrassent curieux de le voir et jaloux de le posséder. Ses succès lui avoient assuré des partisans, ses qualités dévoient lui feire des amis, et le monde nouveau qui

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s'ouTToit devant lui senibloit ol^r à ses regards .observateurs des scènes d'un ordre plus relevé.

Mais la société qui donnoit alors le ton se précipitoit déjà vers ce travers de l'anglomaniequi, plus tard, menaça de renouveler presque toutes nos vieilles habitudes. Notre littérature dramatique se ressentoit de cette espèce de maladie morale. Melpomène s'étudioit à rembrunir les couleurs de ses tableaux; Tbalie elle-même cherchoit des sujets d'un comique larmoyant. Malgré la Iroide horreur du dénouement, l'Jtrée et Thyestede Grébillon se maintenoitavechonneursurnotre scène. Doué d'un godt plus sàr que l'auteur d'^i^fre'e, mais entraîné par ce travers naissant, et sans doute aussi par sa vocation secrète, La Chaussée faisoit applaudir sur la scène de Molière des infortunes domestiques, des incidents de romans, un dialogue attendrissant, où se mêloient, il est vrai, quelquefois des intentions d'un comique vrai, et que paroit presque toujours un style élégant et facile. Séduit par l'autorité de ces deux exemples, Gresset va s'écarter de la route naturelle de son talent.

Il débuta sur la scène tragicpie, le 2a janvier 1740, par Edouard III; voici le jugement que La Harpe a porté de cette tragédie : ■ Gresset méconnut entière- * ment le caractère de son talent et la mesure de ses •< forces, quand ses succès le conduisirent au point de

■ lui faire entreprendre une tragédie; il n'y a veioe

■ en lui qui tende au tragique. Edouard III est un ro-

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■ mao sans Tnûsemblance , saiis intérêt , sans aocuiis

■ entente du théâtre. On ne sait ce que c'est qu'une

■ Alzonde, reine d'Ecosse, cachée et inconnue à la « cour du roi d'Angleterre, où elle cmispire 'Contre «lui: eela pourroit se supposer dans nne ancienne

■ cour d'Asie ; à Londres, cela-n'est (ju'absurde. Rien

* n'est plus froid que l'amour d'Edouard ponr la fiUe

■ de son ministre, qui s'obstine & la lui refuser, sans

■ qu'on sache trop pourquoi :et ce VoPcestre , le prin-

• cipal personnage de la pièce,; pois que son danger

■ en forme tout l'intérêt, est un philosophe angloîs,

■ nn moraliste diseertateur, c'est-à-dire ce qu'il y a a de moins théâtral. Edouard, grand dans l'histoire,

■ joue pendant cinq actes le rôle le plus plat, celui « d'un roi dope de tout ce qui t'entoure. Un traité sur aie suicide, qui remplit la principale soène.du qua-

■ trièin« acte, n'est pas plus tragique que le reste.

■ C'est pourtant là qu'oii trouve quelques endroits < assez bien écrits , et qui ont une certaine force «d'idées et d'expressions, mais qui esc celle d'une « épttre philosophique, et nullement celle- de la tta-

■ gédie. Le dénouement où Eugénie est empoiscm- «nëe par Alzonde n'est qu'une copie dn beau dé-

■ nouement d'Inès ; le style ne manque pas d'une

■ sorte de noblesse, mais il est sec, coupé, glacé,

■ sentencieux, souvent incorrect et 'mgue. Ce ro- «mandramatique ,où tout est forcé, eut pourtant du « succèS' dans sa nouveauté. Il en fiit redevable suf- « tout à la nouveauté d'un coup de théâtre, le pre-

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■ mier en ce genre qu'on eût hasardé , et qui fut trèi

• applaudi. C'est le coup de poignard dont Arondel

■ frappe sur h scène un scélérat nommé Volfax, le « complice de celte Alzonde et l'ennemi de Voreet*

■ trei II y avoit de la hardiesse dans ce moyen, etû

■ le» ressorts dfc l'intrigue eussent été meiUeim, on

• honmie qui, dans une cour où il est encore ia-

■ Connu, poignarde un coupable et se remet traa-

■ qnillement entre les mains des gardes, prêt à rei^

■ dre compte de ce qu'il vient de faire, poorroit

■ prodnîre un grand effet. Mais, de la manière dont

■ tout est disposé , il n'en résolte rien qu'un éclairai»-

■ tement fecile que toutle monde aprévu; et, au lien •r que ce- coup de théâtre, placé dans un troisiënw « acte et dans un hon plan, pourroit nouer très for*

• tement l'intrigue , il n'a lieu ici à la fin du quatrième

■ que pour la dénouer tout de suite, comme Aleza»-

■ dre coupe le nœud gordien, g

J'ai cité ce jugement de La Harpe sur la tragédie A' Edouard III , parceque, habituellement juste envers Gresset , il le coudanme ici avec une rigueur qui me semble passer la mesure. Cène tragédie, dont il avoue le grand succès dans sa nouveauté, est sans doute dé6ectuense sous plusieurs rapports;nuiis,dana l'examen qu'il en fait, il semble se complaire k en dissimuler les beautés et à en exagérer les dé&ntu Il n'est pas juste de dire que Vorcestra ^'ohstùu à rejitser sa jiUe à Edouard, sans tju on sachtpourquoi.On ne peut igoorer aucun des motif* qui <

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Vorcestreàce refus. Il les dît, îlles répète au roi, et ces motifs sont assez puissants, assez sacrés pour légitimer sa résistance. Cest encore une exagération dans le blâme que d'avancer (ja'Édouard joue pendant cinq actes le rôle U plus plat, celui d'un roi dupe de tout ce qui Fenloure. Edouard n'e^t dupe que de son fol amour. Dans tout le cours de la pièce, il est beaucoup moins trompé par ceu& qui l'entourent que ne l'est Mitbridate , à qui Racine , ce me semble , ne iait pas jouer un rôle trop plat. La Harpe oe persuadera non plus à personne que le dénouement soit une copie de celui dlnès. La différence de situation des deux héroïnes est sensible ; le seul point de rapport qui existe c'est qu'Inès et Eugénie meurent toutes deux empoisonnées, l'une par sa belle-mère, l'autre par sa rivale. Enfin il est permis de s'étonner que le critique n'ait pas rendu assez de jnstice au style , qui , s'il n'a pas la chaleur de la tragédie, en a du moins la dignité; et ce genre de mérite valoit bien qu'on le remarquât chez un écrivain qui jusqu'alors ne s'étoit exercé que dans des compositions d'un ton fort étranger au langage de Melpomène.

La Harpe s'est montré plus indulgent envers le petit drame de Sidney, qui ne put se soutenir ni dans la nouveauté ni à la reprise, et qui a contre lui le plus irrémissible des torts, celui d'ennuyer.

Il faut convenir toutefois que ce double essai dans la carrière dramatique n'ajoutoit rien à la gloire de Gresset; mais te Méchant vint fixer son rang sur la

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stëne cotaîq»« entre l'auteur du Ghrieitx et celai d« la Métronumie. Remarquons en passeat^<jue, pour réussir au théâtre , il lui fallut revenir tiu geDre|(ietalent que la nature lui avoit départi , et qui lui aToit Valu ses premiers succès , & TobserratiOti et à la peinture des ridicules. Ce ne sont plus, il est vrai, de ces ridicules minutieux que la pénétration de ses regards alloit saisir jusqu'au fond d'un clottre ; c'est une portion de la société qui va se montrer à lui dans la nudité de ses vices. La scène est bien plus vaste, les personnages qui s'y agitent ont tine tout autre importance, les travers qui les dominent sont plus tranchants ; mais aussi le peintre a acquis plus de force et d'art , et son tableau va s'en ressentir.

Dans un asses grand nombre de maisons renommées par leur opulence, leur crédit, quelquefois même leur illustration , Pfiris voifoit alors s'insinuer d'abord avec adresse, et peu-à-peu s'établir avec autorité, deshommes doués d'une certaine hardiesse d'esprit et de langage, qui n'avoient d'autre but, d'autre étude, d'autre profession, que de donner le ton à la famille où ils s'introdn isolent, d'y iaire la loi , et d'y régner ensuite avec un empire que personne ne pôt ni méconnoitre ni contester. Le preinier soin de ces hommes audacieux étoit de livrer au ridicule le mattre de la maison, et de s'emparer de l'esprit de la !Bemme. Une fois ainsi mattres du terrain, leur imagination fertile en' intrigues ne s'épargnoit ni épigramtttes, ni tracasseries, hi noirceurs,

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pour aiïermir oa prolonger leur puissance. Cette dépravation de mœurs se couvroît aux yeux vulgaires d'un vernis de grâce et d'élégance, qui, toqt en cachant la di^rmîté du vice, ne eervoit qu'à rendre le mal plus contagieux. Tel est l'odieux travers que Gresset se proposa de flétrir, en le traduisant sur la scène dans U Méchant.

C'est à tort que, dans un accès d'humeur dont nous verrous bientôt le motif, Voltaire prétendit que cette pièce n'étoit pas des mœurs du temps un portrait véritable. Les mémoires de cette époque , et quelques autres d'une publication plus récente , ne permettent pas de douter qu'une partie de la haute société de Paris ne fût alors en proie au genre de fléau que Gresset ne craignit point de signaler. Il se trouva même,aumomentdusuccèsde l'ouvrage, un homme du grand monde, assez dépourvu de toute pudeur pour convenir que , à f exception de quelques traits ipà peignaient la scélératesse plutôt que la méchanceté, il n'aurait pas été fâché de ressembler à Cléon. Je me souviens, dit J. J. Rousseau dans sa Let^e sur les spectacles , qu'on ne trouvait pas que le rôle principal répondu au titre. Cléon ne parut qu'un homme ordinaire. On sait d'ailleurs que plusieurs des mots les plus piquants du Méchant avoient été recueillis par l'auteur lui-même chez madame de Forcalqnier, dans la société du Cabinet^vert, oh il étoit admis. Enfin le prodigieux succès d'aHliience que la pièce obtint suffiroît seul pour prouver qu'elle ne retraçoit point

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des mœura chimériques. S'il eu eût été ainsi , le public n'auivit pas manifesté un empressement aussi marqué, une curiosité aussi vive. La foule ne se précipite guère pour aller observer une peinture qui n'a point de modèle, et qui ne lui offre, dans le monde réel, aucun point de comparaisoD.

Tout a été dit pour et contre le Méchant. Le personilage.priDcipal est tracé de main de maitre. Oo ne-pouyoit mieux peiodce ce mélange de fatuité, d'égoïsme , et d'intrépidité dans le vice , qui doit faire le fond d'un pareil caractère: Le personnage d'Atista mis en opposition avec celui de Cléon est aussi bien conçu que bien exécuté. Il faut rendre la même justice aux rôles de Florùe, de Gérante, et de Valèrt; et l'ouvrage seroit à l'abri de tout reproche, si l'action étoit plus attachante et l'intrigae plus habilement nouée. Quoi qu'il en soit, l'éclatante supériorité du style, réunie aux différents genres de mérite que je viens de remarquer, maintiendra toujours le nom de Gresset au premier rang de nos écrivains comiques, Molière seul mis à part.

Cette comédie lui ouvrit les portes de l'Académie françoise. U y succéda à Danchet le 4 avril 1 748. Le discours qu'il prononça dans cette circonstance, et qui se trouve dans la dernière édition de ses œuvres, ne prouve point que , depuis le Discours sur thànnonie , l'auteur eût fait de grands progrès dans l'art d'ér crire en prose.

. Au commencement de son séjour il Paris, Gresset

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