LETTRES XXVII
« les deux en paradis. » Je Fai trouvée comme ma mère me l'avait décrite, partagée, hélas ! entre les deux cultes : le sanctuaire, réservé aux catholiques et fermé par une grille de bois ; la nef, commune aux catholiques et aux protestants ; d'un côté la chaire du curé et le baptistère, de l'autre la chaire du pasteur et la table de la cène. Cette chère église est bien misérable : cependant j'y ai prié avec plus d'émotion que de coutume; j'y ai remercié Dieu des grâces qu'il avait faites en ce lieu même à la petite exilée ; j'ai prié pour ma bonne mère, parce que c'est un devoir de prier pour les morts ; mais, comme je la crois heureuse et puissante dans le ciel, je lui ai demandé de veiller sur nous, de nous aider à finir heureusement ce voyage trop long, et surtout d'obtenir à ses enfants quelques-unes de ses douces vertus.
Ma femme et ma belie-mère priaient avec moi, et ma petite Marie s'agenouillait bien sagement devant la grille du sanctuaire. Améhe a voulu cueillir quelques fleurs sur la petite éminence où s'élève l'église : ces fleurs ne sont pas celles que notre bonne mère foulait en allant à la messe, mais elles leur ressemblent, et plaise à Dieu que nous lui ressemblions autant !
vxvTîT LETTRES
Paris, lo 10 juin 1852
Mon cher ami,
Pardonnez-moi d'abord de vous avoir laissé si lon^jtemps sans réponse. Votre amitié ne me trouvera que trop excusable. Quand vous me vîntes serrer la main, j'étais déjà très-souffrant ; mais je ne faisais que commencer une grave maladie. Quinze jours après, et à la suite d'une fièvre opiniâtre, se déclara une pleurésie d'un caractère dangereux, qui pouvait me faire un mauvais parti, si l'habileté et la tendresse de mon frère, les soins de toute ma famille, les prières de mes amis et enfin la miséricorde de Dieu n'avaient arrêté les progrès du mal et sauvé ma poitrine d'une inflammation générale. A cette violente crise a succédé une longue convalescence, et je suis encore si peu rétabli, qu'on va me faire partir pour les eaux des Pyrénées ; ensuite je passerai l'automne au bord de la mer, puis peut-être
* Trcs-dangereusemenl malade , accablé par une fièvre violente, Ozanam trouva dans son amour de la vérité la force décrire cette longue lettre.