‹ Œuvres choisiesChapitre 9 sur 33 · LETTRES • XXIX · texte numérisé non relu

LETTRES • XXIX

rhiver dans le Midi. C'est un grand malheur pour moi de voir ainsi tous mes travaux suspendus, ma carrière interrompue, au moment où j'avais à poursuivre une candidature académique; mais il faut savoir faire ces sacrifices quand la Providence les exige, et lui demander d'accomplir sa volonté comme elle est accomplie nu ciel, c'est-à-dire avec joie et avec amour.

Qu'est-ce, en effet, que mes chagrins en comparaison des afflictions de notre malheureux L..., devenu aveugle quand il semblait le seul soutien de sa vieille mère? Hélas! je n'ai pu revoir ce pauvre camarade ; mais depuis vous mon frère est allé à l'hospice Necker, il a causé avec la sœur Adélaïde, et il a acquis la triste conviction qu'il fallait le laisser entrer à l'hospice des Incurables, seul asile pour une situation si désespérée. Vous avez été bien bon , cher ami , pour cet ancien condisciple, il en sera reconnaissant et il priera pour vous.

Et moi aussi, tout indigue que je suis, je prierai pour vous, puisque vous le voulez ! Ah ! que vous me rappelez de touchants souvenirs ! ^on, je n'ai pas ou blié la douceur de celte nuit de Noël, non plus que tant de bons entretiens avec vous et Lalher, lorsque, jeune et amoureux de la vérité seule, nous conversions ensemble des choses éternelles. Laissez-moi vous le dire, cher ami, dès lors nous apercevions avec une certaine tristesse que le doute s'introduisait dans vos pensées; mais nous vous savions le cœur si droit, le caractère si élevé, que nous étions sûrs de voir un jour ou Vautre

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l'épreuve se tourner à votre bien, et votre âme revenir à la tranquillité de la foi. Qui sait si le moment n'est pas venu ! Vous avez cherclié, dans la sincérité de votre cœur, à résoudre vos difficultés, et vous n'êtes pas arrivé au but. Mais, mon cher ami, les difficultés de la religion sont comme celles de la science : il y en a toujours. C'est beaucoup d'en éclaircir quelques-unes; mais aucune vie ne suffirait à les épuiser. Pour résoudre toutes les questions qui peuvent s'élever sur l'Ecriture sainte, il faudrait savoir à fond les langues orienlales. Pour répondre à toutes les objections des protestants, il faudrait pouvoir étudier dans ses derniers détails l'histoire de l'Eglise, ou plutôt, l'histoire universelle des temps modernes. Vous ne pourrez donc jamais, occupé comme vous l'êtes, répondre à tous les doutes que votre imagination active et ingénieuse ne cessera de déterrer pour le tourment de votre cœur et de votre esprit. Heureusement Dieu ne met pas la certitude à ce prix. Que faire donc? Faire en matière de rehgion ce qu'on fait en matière de science ; s'assurer d'un certain nombre de vérités prouvées, et ensuite abandonner les objections à l'étude des savants. Je crois fermement que la terre tourne, je sais pourtant que cette doctrine a ses difficultés ; mais les astronomes les expliquent, et, s'ils ne les expliquent pas toutes, l'avenir fera le reste. Ainsi de la Bible ; elle est hérissée de questions difficiles ; mais les unes sont résolues depuis longtemps; d'autres, jusqu'ici considérées comme insolubles, ont trouvé leur réponse de nos jours ; il en

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