‹ Œuvres choisiesChapitre 10 sur 135 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

sa Lé(jende des siècles. Eloa, c'est déjà la Chute d\in ange, — en 1824, — c'est la réalisation charmante et touchante de l'œuvre dont Lamartine, avec la facilité et l'abondance de son génie, ne donnera que des ébauches — puissantes, colossales, mais imparfaites — quatorze ans après. Il avait « atteint au sommet de l'art », et, apprécié « d'une noble et chère élite », il souffrait un peu dans son cœur chatouilleux et triste de poëte de lancer sous le pavillon du romancier le nouveau recueil de ses poèmes, expression pure de sa pensée ^. Aussi revendiquait-il son mérite de novateur, sans ambages, fort nettement, envers et contre tous.

Collaborateur d'Emile Deschamps pour une traduction de Roméo et Juliette (début de 1828), Vigny traduisait seul cette fois, avec assez de hardiesse dans la versification, Othello et la comédie du Marchand de Venise, qui ne fut pas représentée. Le 24 octobre 1829, il faisait « monter le More de V^enzse sur la scène française ». Ayant lui-même « un amour de l'art asses généreux pour faire abnégation, pour un jour, de sa propre renommée », il rêvait, — tout en s'attachant surtout à une question de formes (voir la Lettre à Lord ***) — d'ajouter au « magnifique trésor national )>,que « nous ont laissé nos grands maîtres », les impérissables chefs-d'œuvre étrangers, «comme à l'Ecole française nos musées ont joint les chefs-d'œuvre des Ecoles italiennes, flamandes et espagnoles». Vrai disciple de M™e de Staël;, partisan du cosmopolitisme littéraire, il écrivait, le 18 août 1839 : « Les exclusions étroites ne sont pas dans le génie de notre glorieuse nation, et lorsque, aux applaudissements universels, on a construit une salle, j'ai presque dit une sainte chapelle, pour une copie de Michel Ange, on saura bien ouvrir les anciennes aux copies de Shakspeare, de Calderon, de Lope de Vega, de Gœthe, de Schiller, ou de tel autre poëte adoré par les nations civilisées -. »

Ces émotions d'auteur dramatique, les luttes qu'il fallut soutenir pour (( arborer le drapeau de l'art aux armoiries de Shakspeare » sur « la citadelle du Théâtre-Français » vinrent

^ La 3e édition des Poèmes, qui paraissait en 1829 chez Ch. Gosselin, Urbain Canel et Levavasseur, ne comprenait plus Héléna ni l'Ode an Malheur, mais offrait au lecteur trois pièces nouvelles : M^^ de Soubise, Le bain d'une dame romaine, et La Frégate « la Sérieuse ».

'■^ Avant-propos du More de Venise, écrit dix ans après la première représentation.

DE VIGNY h

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