‹ Œuvres choisiesChapitre 11 sur 135 · XVI ALFRED DE VIGNY : ŒUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

XVI ALFRED DE VIGNY : ŒUVRES CHOISIES

fort à propos le distraire de cruelles déceptions domestiques. La santé précaire de M™<^ Alfred de Vigny anéantissait pour la deuxième fois des espérances de maternité.

« Ce que Dieu a mis de paternel dans les entrailles de tout homme ^ » devait s'émouvoir douloureusement en Vign^-^, seul héritier du nom, destiné à mourir sans postérité.

Sans partir pour de longs voyages, il quittait parfois Paris. C'était pour la Briche en Beauce, chez M'"° de Saint-Pol, sa tante mai 1828) ou au château de Bellefontaine, près deSenlis, chez M. de Malézieu (juillet 1828). Deux fois au moins, il prit la chaise de poste pour Dieppe, mis à la mode par la duchesse de Berry. Au château fort il retrouvait quelque compagnon d'armes de la garde à pied ^ ; sur les galets ou aux bals de la Société des Bains il rencontrait la fleur de la société parisienne : la duchesse de Grillon, la marquise de Castries, la princesse de Béthune, la famille de Courson, etc. En 1827, il avait pu suivre des yeux les évolutions en rade du cutter royal le Rôdeur. Il admira dans les vitrines des artistes dieppois les (( vaisseaux d'ivoire habilement sculptés ». De Dieppe, 1828, il data La Frégate « la Sérieuse ».

A Paris, il fréquentait surtout le noble faubourg. Il voyait toujours les frères Deschamps, V. Hugo, — le bon Charles Nodier, à l'Arsenal — , Soumet, Guiraud, de Latouche; accueillant pour Sainte-Beuve et Alfred de Musset. Fidèle aux amitiés d'antan, s'il encourageait les jeunes gens qui venaient à lui, c'était sans flatterie calculée. Faut-il rappeler qu'il évita sans peine tels travers romantiques ? Il vivait alors avec les apparences de laisance, sinon de la fortune. M'"e de Vignj^ mère, toute fière qu'elle fût des succès de sou fils, songeait pour lui à la carrière diplomatique. Les journées de juillet vinrent sur ces entrefaites. Le « capitaine réformé » fit préparer son vieil uniforme, mais ni le Roi ni le Dauphin ne s'étant mis à la tête des troupes, et cette « race de Stuarts » laissant mourir pour elle les Suisses et les braves de la garde royale, Vigny « garda sa famille », le cœur saignant de voir couler le sang français dans la capitale. Il frémissait d'admiration devant le courage héroïque des défenseurs du « vieux trône », comme devant celui des soldats improvisés de la loi et de la liberté ^.

1 Servitude et grandeur militaires.

"^ La garnison du château de Dieppe était formée de deux couipa- ^înies du 5*^, puis du 4*^ régiment.

2 Cf. Journal d'un poète.

Page 1