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INTRODUCTION XIX

charges et des emplois, et consentir ainsi ù demeurer chez soi à ne rien faire. Personne, presque, n'a assez de mérite pour jouer ce rôle avec dignité, ni assez de fonds pour remplir le vide du temps, sans ce que le vulgaire appelle les affaires.

« Il ne manque cependant à l'oisiveté du sage qu un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille, s'appelât travailler. »

Alors commença l'époque « la plus philosophique )) de sa vie. A une première (.(élévation. », Les Amants de Montmorency ^ , écrite le 27 avril 1830, mais publiée seulement le l*"" janvier 1832, dans la Revue des Deux Mondes, succédait Pans -, où le poëte penseur méditait sur la religion de l'avenir, sur le bouillonnement tumultueux des idées neuves, après la Révolution de 1830. Il partage son admiration entre l'abbé de Lamennais, les disciples de Benjamin Constant et les novateurs qui rêvent de réaliser l'Age d'or industriel de Saint-Simon. Loin de railler les tentatives hardies, il s'y intéresse passionnément, car il sait que chercher la vérité, c'est déjà l'avoir trouvée. « De toutes les échelles qui vont de l'ombre à la lumière, la plus méritoire et la plus difficile à gravir, certes, c'est celle-ci : être né aristocrate et royaliste et devenir démocrate. » Hugo l'écrira à Jersey, en juillet 1853 ' ; en 1830-1831 déjà, gagné par ïhumanitarisme, Vigny allait vers la démocratie, résolument ^*. Toutefois, partisande l'ordre et delà discipline, il réprouvait la démagogie, n'attendant rien que des moyens légaux et du pouvoir des idées, enfermées par le poGte dans de graves symboles.

Vers le même temps, « l'ouvrier en livres » publiait dans la Revue des Deux Mondes les Consultations du Docteur Noir : les trois épisodes, Gilbert, Chatterton, André CAénzer, formeront le livre intitulé Stello. Œuvre étrange, qui fait pensera Sterne et à Hoffmann le fantastique, où le poète confesse ses peines de penseur. Ces Nouvelles poignantes arrachèrent au lecteur des larmes de commisération pour le sort lamentable des

^ Voir sur ce sujet, dans la Rcviic Bleue du 27 mai 1911, Les Amanls de Montmorency, d'A. de Vignj'. Nous montrons comment d'un banal fait divers, le poëte tira une Elévation.

2 Daté du 16 janvier 1831, parut in-8" chez Gh. Gosselin, au printemps de cette année.

3 Nouvelle préface des Odes et Ballades.

'* Cf. Dorison, A. de V., poëte philosophe. — Sur le revirement littéraire de l'art pur à l'humanitarisme, de l'art pour l'art au i-omautisme sj-mbolique, à tendances sociales, voir Sainte-Beuve, Premiers lundis, II, 322.

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