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XX ALFRED DE VIGNY : ŒUVRES CHOISIES

« parias intelligents », également oubliés ou sacrifiés sous tous les régimes.

Le 25 juin 1831, Vigny faisait représenter sur le second Théâtre-Français (Odéon), un drame, sorti de la même veine historique que le roman de Cinq-Mars : La Maréchale d'Ancre, sa première œuvre originale sur la scène. Partout on devait y voir la main de la Destinée. Drame inégal, — dont le V« acte paraît un des plus beaux fragments que l'on puisse citer de notre théâtre, — drame lent et compassé, qui fait regretter la fougue lyrique et la fantaisie des meilleures pièces de V. Hugo, drame qu'il faut avoir lu, et de près, si l'on veut connaître l'âme de Vigny ; on y retrouve les idées maîtresses de sa politique et de sa philosophie. La Maréchale d'Ancre ne fut pas un succès ; l'auteur eut, en outre, le regret d'en voir tenir le premier rôle par une autre que M™e Marie Dorval, cette grande actrice, passionnée et tragique, qu'il admirait tant et qu'il devait aimer. Ce fut elle du moins qui jouera un charmant proverbe en un acte, audacieux comme un conte du xviii^ siècle, Quitte pour la peur (30 mai 1833). C'est pour elle encore qu'il composera l'admirable rôle de Kitty Bell dans Chatterton. On sait assez combien Vigny souffrit de sa passion, dans cette liaison, oii il avait eu la faiblesse de chercher « le charme romanesque absent de son morne foyer. » (E. Dupuy.)

Mais une douleur autrement poignante et profonde — combien plus avouable et plus noble ! — allait faire saigner son cœur — son cœur de fils. Au début de 1832, M'"e Léon de Vigny avait été frappée de paralysie ; le 6 mars 1833, le mal la terrassait de nouveau. (( Aujourd'hui, lit-on dans le Journal dun poète, elle a une seconde attaque d'apoplexie que deux saignées suspendent ; mais on ne peut parvenir à dégager le cerveau, qui s'égare et reste perdu peut-être pour toujours. »

Après la nuit d'angoisses du 17 au 18 mars, que Vigny passa debout, près du lit de sa mère, il trouve effrayant, au jour, le visage de celle qu'il vénérait et admirait plus que personne au monde. « Dans la journée, ma mère me reconnaît. Elle me pénètre de douleur et de reconnaissance en me parlant avec amour ; elle est charmée de me voir près d'elle.. J'ai réussi avec ma voix à la calmer en lui parlant. » La nuit affreuse du 19 mars nécessite une nouvelle saignée : « Quand son sang coule, mon sang souffre; quand elle parle et se plaint, mon cœur se serre horriblement ; cette raison froide et calme comme celle d'un magistrat, brisée par le coup de massue de l'apoplexie,

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