‹ Œuvres choisiesChapitre 18 sur 135 · XXII ALFRED DE VIGNY : ŒUVRES CHOISIES · texte numérisé non relu

XXII ALFRED DE VIGNY : ŒUVRES CHOISIES

neur, et voici que le 7 décembre 1837, M. de Jennison, ambassadeur de Bavière, venait lui demander comme un service de bien vouloir correspondre avec le prince royal de Bavière. (( D'oii vient que l'idée n'est pas venue plutôt à ce jeune homme d'écrire à un des quarante académiciens ? » écrivait avec fierté le poëte dans son Journal. De sa tristesse profonde et de ses soucis, il se divertissait en lisant. Volumes, revues, journaux, il feuilletait tout, méditant longuement sur les pages graves et riches d'idées, notant minutieusement tel détail frappant ou telle pensée suggérée par la lecture. Les fragments édités par Louis Ratisbonne sous le titre de Journal d'un poëte laissent deviner l'intérêt qu'offrirait la publication intégrale des carnets de Vigny. Lentement, dans le silence, se préparaient les poëmes philosophiques.

Parfois un triste pressentiment s'emparait du poëte. Un samedi de décembre 1837, il était auprès de sa mère. « Elle était riante et assise dans son fauteuil favori, les pieds sur son tabouret, me regardant avec son air bienheureux. Elle se mit à dire des vers en cherchant un vieil air et répéta quatre fois ces vers...

Une humble chaumière isolée Cachait l'innocence et la paix.

Là vivait, c'est en Angletei-re, Une mère dont le désir Etait de laisser sur la terre Sa fille heureuse, et puis mourir.

« De qui est donc ceci, maman ? lui dis-je. — De Jean- Jacques, me dit-elle. Sa fille heureuse, et puis mourir ! entendstu ? Je me sauvai, sentant que je pleurais trop, »

Bientôt le poëte pleurait sur un cercueil ^, désolé à jamais, maintenant qu'il avait (( fermé les yeux des premiers amis que nous ayons dans ce triste monde ». Dans une crise profonde de mysticisme et de croyance, après l'agonie et la mort de cette mère bien-aimée, il se tourna vers le Dieu de son enfance : « Si j'ai fait quelque faute, que ce soit mon expiation. » Il terminait l'année funeste sur ces lignes: «Mon Dieu, si les épreuves sont une épuration à vos yeux, recevez-la et qu'elle prie à son tour pour son fils, son pauvre fils qu'elle a nommé en mourant! )) Désormais il se dévouerait sans réserve à « la seule amie )) qui lui restait, à son épouse... Il oublierait Dalila.

1 M™^ Léon de Vigny mourut le 19 décembre 1837.

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