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INTRODUCTION XXIII

Retiré dans sa gentilhommière du Maine-Giraud, il reçoit la nouvelle de la mort de son beau-père, le 7 novembre 1838. Pour défendre les intérêts de sa chère Lydia, il dut bientôt partir pour l'Angleterre (novembre 1838-fin avril 1839). Le séjour lui laissa d'excellents souvenirs * : un médiocre accommodement allait terminer les affaires dont il avait posé les jalons.

De retour à Paris, le poète y devait rester jusqu'à la Révolution de 1848. Rêvant, caressant bien des projets, rajoutant quelques touches légères de couleur locale à Cinq-Mars, il n'avait guère donné au public, en dehors de Tédition de sesœuvres complètes (1837) qu'une lettre : De M^'e Sedaine et de la propriété littéraire, et qu'une petite page de vers médiocres : La Poésie des nombres (1841). Aussi, malgré les six échecs qu'elle lui réservaitj, sa candidature à l'Académie posée en janvier 1842, futelle une heureuse initiative. Elle l'obligea, pour confirmer ses titres, à rompre son silence. Lentement, gravement, le cortège des Poèmes philosophiques allait quitter le seuil de la tour d'ivoire. Du 15 janvier 1843 au 15 juillet 1844, paraissaient La Sauvage — discret hommage à Tocqueville et à Chateaubriand — , La Mort du Loup — chef-d'œuvre puissant — , La Flûte, Le Mont des Oliviers, La Maison du Berger ~.

<( J'ignore entièrement l'art d'intriguer, écrivait, le 9 avril 1842, le poète, qui replaçait son espoir dans sa Muse, mais celui d'écrire me tient fort au cœur, et j'y passe une partie de chaque nuit. Des Poèmes nouveaux et d'autres livres de moi ne tarderont pas à paraître. J'espère qu'ils mériteront encore l'estime ^..- » Sans doute fut-il un peu déçu de voir passer inaperçues des œuvres dont il espérait beaucoup. Après avoir lu La Sauvage, Sainte-Beuve écrivait à Juste Olivier : (( De Vigny a reparu dans la Revue des Deux Mondes par des vers tirés et figés : cela réussit peu, on aime peu les vers pour le quart d'heure, que quelques-uns de Musset.. . » Et Musset se plaignait amèrement de l'indifférence du public...

Ses derniers vers suscitèrent si peu d'enthousiasme que Vigny vit entrer avant lui sous la coupole Patin, Ballanche, Pasquier, Saint-Marc Girardin, Sainte-Beuve et Prosper Méri-

* C'est à Londres que Vigny fit connaissance de sa cousine puritaine M"« Caniilla Maunoir, avec laquelle il devait entretenir une correspondance d'un rare intérêt.

'^ Toujours dans la Revue des Deux Mondes.

3 Cf. E. Dupuy, A. de V. Il, 110.

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