INTRODUCTION XXVII
termittcntes ! Trop de soudures patientes et de raccords visibles se distinguent sur ses statues pour les croire fondues d'un seul jet.
<( Si vous aimez mes statues, écrivait Vigny à Ch. Farcinet, soj'ez content en me sachant dans mon atelier, au milieu des bois, le ciseau ù la main. En vérité, depuis que j'ai quitté l'armée, j'ai toujours aimé à mener ainsi la vie d'un sculpteur, v (14 juillet 1851).
Comparaison n'est pas raison, mais c'est ainsi qu'on doit imaginer le poëte des Destinées. Sculpteur de symboles, modeleur de fictions choisies, il se détache de son œuvre pour y revenir, le ciseau et le polissoir en mains. Artiste conscient, réfléchi, dont l'intelligence toujours présente compose et dispose les poèmes, manifestations symboliques de l'idée.
On se rappelle les conseils qu'il donnait à Emile Péhant r « Profitez de ce que vous êtes seul pour donner à vos idées le temps d'éclore, et pour leur trouver une forme qui les représente avec nouveauté. ^) Ainsi procédait, lui tout le premier, ce « moraliste épique ».
« Si l'art est une fable, il doit être une fable pliilosophique. » La poésie n'est point un badinage, c'est (( l'expression pure de la pensée ». Confiant dans la puissance des idées, le penseur doit mener le monde '. Mais comment communiquer les pensées que ses méditations solitaires lui ont fait découvrir, sinon en les incarnant dans l'Ecrit, par la poésie, « art des graves symboles - » ?
Laissant les lyriques épandre dans leurs vers l'effusion de leur cœur, Vigny enveloppe dans un symbole épique ou dramatique les idées trop abstraites pour être comprises sans image, trop hardies pour être exposées à découvert.
Impersonnel, il a plaisir à l'être. Par une pudeur de nature et d'habitude, il « couvre son moi » et préfère le « détour épique » à l'expression directe du lyrisme. Qu'on ne s'y trompe pas ! Il n'est point de confidence plus sincère des sentiments intenses et contenus qui font battre son cœur que tel poëme philosophique. Ecrire et publier La Mort du loup le soulageait comme une « saignée. »
^ Sur le poëte, « honuue éhi..., homme unique, homme nécessaire... » voir une page enthousiaste de Sainte-Beuve, à lu date du 27 décembre 18130. {Premiers lundis. H, 22.)
"^ Le symbole fleurit chez Ijallanche, comme chez Lamennais. (Cf. Paroles d'un croyant, VII : « Un homme voyageait dans la montagne... »)