‹ Œuvres choisiesChapitre 26 sur 135 · INTRODUCTION XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIX

Les mythes de Platon, comme les comparaisons épiques dont la tradition allait d'Homère à Byron, en passant par Virgile et Dante, avaient pu montrer à Vigny la voie où il s'était résolument engagé. Mais c'est à son initiative qu'est due la renaissance au xixe siècle de la poésie symbolique.

Hien de plus instructif pour qui veut se représenter l'activité intellectuelle de Vigny que les projets de poèmes publiés dans le Journal dCunpocle par Louis Ratisbonne. «Plusieurs des pièces esquissées dans ses albums sont certainement plus belles àl'état de projet qu'elles ne l'eussent été après exécution ; elles laissent d'elles une plus grande idée. )) Ce jugement un peu surprenant de Sainte-Beuve vient confirmer une indication de Vigny sur lui-même : <( La seule faculté que j'estime en moi est mon besoin éternel d'organisation. A peine une idée m'est venue, je lui donne dans la même minute sa forme et sa composition, son organisation complète. » Au fil de sa méditation, au cours de ses lectures, le poète, qui a (( résolu d'exprimer en vers » telles idées qui le hantent, trouve une image qui lui semble bonne pour porter la pensée, susceptible d'une saisissante signification morale. Immédiatement il la note.

Rien ne naît de rien. « Inventer, n'est-ce pas trouver, muenire.y> (Journal). Le don de déceler l'image, la métaphore, qui, soigneusement suivie, patiemment filée, se transfigurera en symbole révélateur d'une idée morale importante ou salutaire, n'est-il pas déjà comme une faculté de création ? « Ce n'est là, dirait Vigny de cette chasse aux images, qu'un pauvre mérite d'attention, de patience et de mémoire ; mais ensuite il faut choisir et grouper autour d'un centre inventé : c'est là l'œuvre de l'imagination et de ce grand bon sens qui est le génie luimême *. »

Si la chrysalide de l'image prend par degré les ailes du symbole, c'est grâce à la magie de l'artiste. Rien ne remplace le coup de pouce du génie pour faire d'un fait une fiction, \igny ne l'a pas assez dit : « Formé à demi par les nécessités du temps, un fait est enfoui tout obscur et embarrassé, tout naïf, tout rude, quelquefois mal construit, comme un bloc de marbre non dégrossi ; les premiers qui le déterrent et le prennent en main le voudraient autrement tourné, et le passent à d'autres mains déjà un peu arrondi ; d'autres le polissent en le faisant circuler ; eu moins de rien, il arrive au grand jour transformé

^ Réflexions sur la vérité dans l'art (en tête de Cinq-Mars).

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